3.
Une aventure
humaine

 4.1.
Premiers habitants

 

 4.2.2.
XVème et XVIème siècles:
Colonies de pêche:
les Portugais

 4.3.
XVIIème siècle:
Français et Anglais,
chacun chez soi

 

 

A) Découverte de l'Amérique centrale par Christophe Colomb

Au XVème siècle, les pays européens veulent trouver un nouveau passage vers les Indes pour s’approvisionner en épices, soie et pierres précieuses. En effet, la chute de Constantinople (1453), qui passe aux mains de l’Empire ottoman, bloque les traditionnelles routes commerciales vers l’Orient.

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L'arrivée de Christophe Colomb en Amérique avec deux bannières blanches blasonnées d'une croix verte et une bannière jaune frappée des initiales F et Y des souverains Ferdinand II d'Aragon et Ysabel de Castille.

Munis des toutes dernières nouveautés (compas de route, astrolabe, cadran et tables de déclinaison), les marins embarquent sur des caravelles, navires conçus pour la haute mer. Il est faux de croire que les populations du XVème siècle pensaient encore que la Terre est plate. En réalité, la science de la cartographie est déjà bien évoluée. Les plus importants intellectuels de l'époque et les gens instruits reconnaissaient que la Terre est ronde.

Selon Christophe Colomb, un océan unique sépare l’Europe de l’Asie. Il veut donc partir à l’ouest pour atteindre les Indes, par un chemin plus court que celui qui contourne l'Afrique. Le but est évidemment de faciliter le commerce des épices.

Grâce à l’avancée de ces techniques de navigation, les explorateurs européens dirigent donc leurs navires à l’ouest pour espérer gagner l’Orient, en passant de l’autre côté…

C’est dans ce contexte que le 3 août 1492, Christophe Colomb et ses 3 navires, la Pinta, la Niña et la Santa María, quittent Palos de la Frontera, un port d’Andalousie, dans le Sud de l’Espagne. Après un arrêt aux îles Canaries, ils reprennent la mer vers l’ouest le 9 septembre. 36 jours plus tard, le 12 octobre 1492, ils accostent sur des terres inconnues des Européens. Christophe Colomb pense être en Asie. En réalité, il a débarqué sur une île des Bahamas, au large de la Floride, dans le Sud des États-Unis actuels. Il découvre ensuite l’île de Cuba, puis celle d’Haïti.

Six mois plus tard, Christophe Colomb revient en Espagne. Il raconte ses découvertes et devient un héros. Il sera même anobli. À plusieurs reprises, Christophe Colomb refera le voyage, découvrant à chaque fois de nouvelles terres: la Guadeloupe, Porto Rico, ….

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Les voyages d'explorateurs européens aux XVème et XVIème siècles
© d'après «Par ici la démocratie» - Assemblée Nationale du Québec - www.paricilademocratie.com

 

B) Giovanni Caboto, devenu John Cabot, découvre l'Amérique du Nord

B.1) Un aventurier opportuniste

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Giovanni Caboto en costume vénitien traditionnel par Giustino Menescardi (1762) - peinture murale dans la «Sala dello Scudo» du Palazzo Ducale.
© Reproduction dans «History of Maritime maps» - Donald Wigal

Nous disposons de peu de renseignements sur John Cabot. Nous ne connaissons même pas l'endroit et la date de sa naissance. Il a probablement vu le jour vers 1455 à Gaeta près de Naples. Son père est marchand. Son nom est également associé à la ville de Gênes. Il y a peut-être vécu quelques années dans sa jeunesse.

Giovanni Caboto habite Venise à partir de 1461 et en devient citoyen. Marchand comme son père, Giovanni Caboto fait le commerce des épices dans les ports de la Méditerranée orientale. C'est donc un marin d'expérience. Les marchandises de grande valeur comme les épices, les soies, les pierres et métaux précieux sont transportés par voie terrestre ou par la mer Rouge et vendus en Europe. Les Vénitiens sont passés maîtres dans ce commerce.

Vers 1490, Giovanni Caboto et sa famille s'installent à Valence en Espagne. Pourquoi? Probablement désire-t-il lui aussi se consacrer à la conquête de l'océan Atlantique comme son compatriote Christophe Colomb. Les souverains de l’Espagne et du Portugal aspirent à découvrir de nouvelles voies maritimes vers l'Asie et ses richesses. Ils souhaitent contourner la Méditerranée et échapper au monopole des Italiens sur le commerce des épices.

Mais Giovanni Caboto n'intéresse nullement les rois du Portugal et de l'Espagne. Au retour de sa première expédition transatlantique en 1493, Christophe Colomb connaît un succès retentissant, l'Espagne croit enfin détenir son passage vers l'Orient.

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John Cabot à Londres
© Illustration de Percival Skelton
«Newfoundland, the Oldest British Colony»
Joseph Hatton et M. Harvey
, Chapman and Hall, Londres, 1883

En 1494 ou 1495, Giovanni Caboto et sa famille s'installent à Bristol en Angleterre, et il devient John Cabot. Il fait une requête auprès des marchands du port de Bristol et du roi d’Angleterre, Henri VII. Il a l'intention de gagner l'Asie en traversant l'Atlantique Nord par un passage plus au Nord. À son avis, ce passage l'amènera plus rapidement à destination que la route de Christophe Colomb qui se trouve plus au sud. John Cabot veut faire mieux que lui.

En Angleterre, il reçoit l'appui que le Portugal et l'Espagne lui avaient refusé. Des banquiers et des marchands de Bristol acceptent d'investir dans cette entreprise.

John Cabot qui reçoit des mains d'Henri VII, le 5 mars 1496, des lettres qui l'autorisent, lui et ses fils, à naviguer partout sur l'océan pour explorer et découvrir les îles, les pays, les régions ou les provinces des païens et des infidèles, et ce, dans toutes les parties du monde qui sont jusqu'à présent inconnues des chrétiens !!!! C'est donc au nom de la couronne anglaise que John Cabot effectue ses expéditions. Cela va influencer à jamais l’avenir de l’Amérique du Nord.

Sa première tentative en 1496 est un échec: John Cabot a quitté le port avec un seul navire. Il est très vite entré en conflit avec l'équipage, car il manquait de vivres et ils ont dû affronter des intempéries. Il est donc revenu au port. L'année suivante, l'expédition de Jean Cabot se passe sous de meilleurs auspices.

B.2) John Cabot découvre l'Amérique du Nord en 1497

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«John Cabot Leaving Bristol, May 1497»
© «The Story of Newfoundland» (1938)

En 1497, John Cabot – a effectué sa deuxième expédition ayant pour intention de relier l’Asie en traversant l’Atlantique Nord. Il existe très peu de renseignements précis sur l'expédition de 1497. Si John Cabot a tenu un livre de bord ou dessiné des cartes, il n'en existe nulle trace. Ce que nous savons est sommaire: quelques cartes datant du début du 16e siècle dont certaines données semblent provenir de John Cabot et des lettres de témoins indirects sur le déroulement des événements. Il en découle donc diverses hypothèses et autant d'opinions. Peu importe, le voyage se découpe en quatre étapes: la traversée de l'Atlantique, l'accostage, l'exploration des côtes et le retour. Après son départ du port de Bristol, John Cabot aperçoit la terre ferme après une traversée de l’Atlantique de 35 jours. Jean Cabot accoste le 24 juin, à environ 115km à vol d’oiseau au nord de l’actuelle ville de Gander. En fait, c’est lui qui a surnommé cette île «Newfoundland» (d’où sa traduction Terre-Neuve). Il sera de retour à Bristol le 6 août après 15 jours de navigation. Il a donc consacré environ un mois à explorer la région.

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Réplique à Bristol du
«Matthew», le bateau de Cabot

La plupart des historiens affirment que John Cabot et son équipage n’ont jamais eu de contact direct avec le peuple Béothuk. En fait, la seule vraie rencontre de John Cabot, c’est la morue. Et beaucoup de morue. Il en parlait ainsi : «Des essaims de poissons qui peuvent être pris non seulement avec des filets, mais aussi avec des paniers fixés par une pierre».

Comme nous allons le voir, après la découverte de John Cabot, c'est le poisson qui va amener les Européens à Terre-Neuve. Et c'est aussi le poisson qui a dicté le mode de peuplement de l’île. Ce sont la capture, le salage, le séchage et le commerce du poisson qui ont jeté les bases et les structures de la société qu'ils y ont fondée. Durant deux siècles, la pêche a surtout été pratiquée l'été, à partir de ports de l'autre côté de l'Atlantique, en Europe: France, Angleterre, Portugal ... Pour la plupart, les marins arrivaient à Terre-Neuve en mai ou en juin pour pêcher sur les riches bancs de morue avant de rentrer en Europe à la fin de l'été ou au début de l'automne. Cette forme d'exploitation, appelée «pêche migratoire transatlantique», a prospéré jusqu'au début du XIXème siècle, pour être remplacée par une pêche par les habitants de l'île. La France, l'Espagne et le Portugal ont participé aux premières activités de pêche migratoire, mais après un siècle de domination française, l'Angleterre va finir par dominer cette industrie, envoyant chaque année des bateaux emplis de pêcheurs depuis ses ports du sud-ouest.

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La morue franche, Gadus morhua
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Timbre émis en 1897 par Terre-Neuve
(qui ne faisait pas encore partie du Canada)
en l’honneur du navire de Cabot, le «Matthew»,
pour le 400e anniversaire du voyage de Cabot

L’économie saisonnière de l’île va aussi fortement influencer le type de rapport que les nations européennes vont développer avec cette île. Très longtemps, une vraie colonisation ne va pas être envisagée, au sens classique du terme. Il va plutôt être question d’une exploitation économique du lieu, ou d’un pillage économique si l’on veut. En dépit des risques et des coûts associés à l'envoi chaque année de milliers d'hommes à travers l'Atlantique, les marchands de poisson et les autorités britanniques ont d'abord tenté de décourager l'établissement de colons à l'année longue à Terre-Neuve et au Labrador. Le potentiel agricole limité et le manque de travail hivernal laissaient craindre que leur entretien coûte trop cher à l'État. Les marchands de poisson craignaient aussi qu'une industrie locale ne gruge les profits qu'ils tiraient du commerce lucratif de la morue.

Pour ces raisons, la plupart des pêcheurs actifs à Terre-Neuve jusqu’au XVIIIème siècle n'y vivaient pas en permanence, traversant plutôt chaque été l'Atlantique à bord de grands bateaux océaniques pour passer quelques mois seulement en Amérique et rentrer en Europe à la fin de l'été et au début de l'automne. La grande majorité des pêcheurs étaient séparés de leurs familles et de leurs foyers durant ce voyage. Ils étaient pour la plupart à l'emploi de marchands européens, qui leur fournissaient des denrées et du crédit en retour de leur morue; les marchands revendaient alors ce poisson à des acheteurs locaux et étrangers.

Quoi qu’il en soit, ce rapport aux différentes nationalités présentes à Terre-Neuve va être ancré dans l’ADN de Terre-Neuve à tout jamais.

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Une statue de John Cabot contemplant la baie de Bonavista, dans l’est de Terre-Neuve