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Une brève tentative d'histoire des Musicals

Chapitre 5 - 1866 1927 - Recherches

5.16. L'Angleterre des années '20: Coward (I)...

Au fur et à mesure que les années 1920 progressaient, il semblait que les théâtres du West End de Londres étaient inondés d'importations américaines. À contrario, le nombre de comédies musicales britanniques dignes d'exportation était infime. La situation s’était inversée en 20 ans… Mais au milieu de cette tendance, deux producteurs ont tenté de résister : André Charlot et Charles B. Cochran. Il est vrai qu’ils avaient à leur disposition une pléiade de talents extraordinaires...

Les producteurs André Charlot et Charles B. Cochran

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Avec plus de 45 comédies musicales à son actif, André Charlot (1882-1956), né à Paris, fut l'un des producteurs les plus prolifiques du West End du XXe siècle. Les revues qu’il a produites dans les années ’20 étaient d’un genre intime, s'appuyant sur une simplicité élégante plutôt que sur le grand-spectacle. Charlot a réalisé des effets éblouissants avec des budgets serrés, mettant en valeur des talents britanniques exceptionnels.

Cochran est né lui dans le Sussex et a fait ses études à Brighton, Hove et Sussex Grammar School. À l'âge de 18 ans, il se rend à New York et apparaît dans une adaptation de Around the World in Eighty Days, puis tourne dans une adaptation de Rip Van Winkle. Pendant trois ans, il a été l’assistant personnel de Richard Mansfield, qui a compris que le talent de Cochran était plus dans la gestion que dans le métier d’acteur. Cochran a alors «tout fait»: producteur de Vaudeville, représentant de la presse, attaché de presse pour un cirque aux puces, un spectacle de médecine, des matchs de boxe, un rodéo, et d'autres divertissements aux États-Unis et plus tard au Royaume-Uni. Il a vendu des stylos-plumes à l'Exposition universelle de Chicago en 1893. C’est ce qu’on appelle «se former sur le tas»… Il commence à produire du théâtre sérieux en 1897, avec John Gabriel Borkman d'Ibsen, à New York. Cochran rentre à Londres en 1902 comme producteur. À partir de 1904, il fait la promotion de spectacles de lutte ainsi que des spectacles mettant en vedette Harry Houdini et Odette Dulac.

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En 1911, Cochran a connu un premier grand succès avec la pièce The Miracle. Un autre spectacle notable a été Houp La! en 1916. Cela lui permet, l’année suivante, de devenir responsable des productions du prestigieux Oxford Music Hall, dont le succès The Better 'Ole (1917) s’est joué plus de 800 représentations. Très vite, Cochran a commencé à manifester un intérêt pour bon nombre de théâtres londoniens connus, que ce soit en tant que futur locataire ou propriétaire potentiels.

À partir des années 1920, après un revers financier majeur, il produit des revues musicales et des spectacles en concurrence directe avec André Charlot, et collabore régulièrement avec Noël Coward dont il produit les plus célèbres pièces et comédies musicales. Il monte également les productions londoniennes de quelques comédies musicales de Cole Porter. Il a également produit les Ballets Russes et a dirigé le Royal Albert Hall pendant 12 ans. Cochran a été fait chevalier en 1948.

Noël Coward

Un véritable OVNI

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Noël Coward (1899-1973) est une personnalité majeure des arts de la scène britannique. Ce n’est pas pour rien d’ailleurs que l’un des théâtres londoniens du West-End porte actuellement son nom.

Mais il s’agit d’un vrai «OVNI»: Noël Coward était à la fois dramaturge, compositeur, metteur en scène, acteur et chanteur, mais il était surtout connu pour son esprit, sa flamboyance et ce que le magazine Time appelait «un sens du style personnel, une combinaison d’impertinence et de chic, de prétention et d'élégance».

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Coward en 1937

Coward a fréquenté une académie de danse à Londres dès l’enfance, faisant ses débuts professionnels sur scène à l'âge de onze ans. Adolescent, il a été introduit dans la haute société, univers dans lequel la plupart de ses pièces se dérouleront. Coward a connu un succès durable en tant que dramaturge, publiant plus de 50 pièces à partir de son adolescence. Plusieurs de ses œuvres sont encore jouées régulièrement de nos jours. Il a composé des centaines de chansons, en plus d'une douzaine d'œuvres de théâtre musical, des scénarios, de la poésie, plusieurs volumes de nouvelles, un roman et une autobiographie en trois volumes. La fascinante carrière de Noël Coward s'étend sur six décennies, au cours desquelles il a joué dans nombreuses de ses propres œuvres.

Mais nous parlions d’OVNI? Au début de la Seconde Guerre mondiale, Coward se porte volontaire pour le travail de guerre, à la tête du bureau de propagande britannique à Paris - avant que les allemands n'y arrivent! Il a également travaillé pour les services secrets, cherchant à utiliser son influence pour persuader le public et le gouvernement américains d'aider la Grande-Bretagne. Coward a remporté un Oscar d’honneur en 1943 pour son drame naval In Which We Serve et a été fait Chevalier en 1969, devenant Sir Noël Coward...

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Dans les années ‘50, il a connu un nouveau succès en tant qu'interprète de cabaret, chantant ses propres chansons. Ses pièces et chansons ont atteint une nouvelle popularité dans les années ‘60 et 1970, et son travail et son style continuent d'influencer la culture populaire d’aujourd’hui. Il n'a jamais reconnu publiquement son homosexualité, mais elle a été abordée franchement après sa mort par des biographes, y compris Graham Payn, son partenaire de longue date, et dans les journaux intimes de Coward et ses lettres publiées à titre posthume. L'ancien Albery Theatre (à l'origine le New Theatre) de Londres a été rebaptisé le Noël Coward Theatre en son honneur en 2006.

Jeunesse

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Coward à 16 ans

Encouragé par une mère ambitieuse et totalement dévouée à son fils, qui l'avait dès son plus jeune âge envoyé dans une académie de danse à Londres, le premier engagement professionnel de Coward fut en janvier 1911 dans la pièce pour enfants The Goldfish. Dans Present Indicative, le premier volume de ses volumineuses mémoires, Noël Coward écrit: «One day ... a little advertisement appeared in the Daily Mirror.... It stated that a talented boy of attractive appearance was required by a Miss Lila Field to appear in her production of an all-children fairy play: The Goldfish. This seemed to dispose of all argument. I was a talented boy, God knows, and, when washed and smarmed down a bit, passably attractive. There appeared to be no earthly reason why Miss Lila Field shouldn't jump at me, and we both believed that she would be a fool indeed to miss such a magnificent opportunity

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Noel Coward dans «Peter Pan»
Rôle de Slightly, le lost Boy
1913

L'acteur-manager Charles Hawtrey, que le jeune Coward idolâtrait et dont il a beaucoup appris en matière de théâtre, le lança dans la pièce pour enfants Where the Rainbow Ends, en 1911 et 1912 au Garrick Theatre dans le West End de Londres. En 1912, Coward (12 ans) se produisit également au Savoy Theatre dans An Autumn Idyll (en tant que danseur dans le ballet) et au London Coliseum dans A Little Fowl Play, de Harold Owen, dans lequel son protecteur Charles Hawtrey joue également. Italia Conti engagea Coward pour se produire au Liverpool Repertory Theatre en 1913, et la même année, il a joué le rôle de Lost Boy Slightly dans Peter Pan. Il réapparaît à nouveau dans Peter Pan l'année suivante, et en 1915 il est de nouveau dans Where the Rainbow Ends. Il a travaillé avec d'autres enfants-acteurs dans cette période, y compris Hermione Gingold (dont la mère le traitait de «mauvais garçon»), Fabia Drake, Esmé Wynne, Alfred Willmore et surtout Gertrude Lawrence qui, comme l’écrit Coward dans ses mémoires, «m'a donné une orange et m'a raconté quelques histoires légèrement salaces, et je l'ai aimée à partir de ce moment-là

En 1914, alors que Coward avait à peine 14 ans, il devint le protégé et probablement l'amant de Philip Streatfeild, un peintre de la haute société. Streatfeild le présente à Mme Astley Cooper et à ses amis de cette High Society. Streatfeild mourut de tuberculose en 1915, mais Mme Astley Cooper continua d'encourager le protégé de son ami défunt, l'invitant fréquemment dans sa propriété Hambleton Hall. Coward a continué à se produire pendant la majeure partie de la Première Guerre mondiale, jouant au Prince of Wales Theatre en 1916 dans The Happy Family puis en tournée avec la Compagnie d'Amy Brandon Thomas dans Charley's Aunt. En 1917, il apparaît dans The Saving Grace, une comédie produite par Charles Hawtrey. Coward se souvient dans ses mémoires: «Mon rôle était assez grand et ce fut très agréable en raison de la gentillesse de Charles Hawtrey. Il a eu des ennuis sans fin avec moi ... mais il m'a appris au cours de ces deux courtes semaines de nombreuses techniques de comédie, que j'utilise encore aujourd’hui.»

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Film "Hearts of the World"
de D.W. Griffith (1918)

En 1918, Coward s’est enrôlé dans les Artists Rifles (un régiment de volontaires qui regroupait des artistes de toutes origines, désireux de combattre pour le Royaume-Uni), mais a été jugé inapte au service actif en raison d'une tendance tuberculeuse, et il a été définitivement réformé pour des raisons de santé après neuf mois. Cette année-là, il apparaît dans le film Hearts of the World de D. W. Griffith, mais dans un petit rôle non crédité.

Pour aider financièrement sa famille, il a publié des nouvelles dans plusieurs magazines. Son futur métier principal était en train de naître...

Il commence également à écrire des pièces de théâtre, collaborant sur les deux premières – Ida Collaborates (1917) et Women and Whisky (1918) – avec son amie Esmé Wynne. Sa première œuvre solo en tant qu’auteur est The Rat Trap () (1918) qui sera créée 8 ans plus tard au Everyman Theatre, Hampstead, en octobre 1926. Au cours de ces années, il rencontre Lorn McNaughtan, qui devient son secrétaire privé et occupe ce poste pendant plus de quarante ans, jusqu'à sa mort.

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New Theatre
devenu le "Noel Coward Theatre", aujourd'hui

Succès de l'entre-deux-guerres

En 1920, à l'âge de 20 ans, Coward joue dans sa propre pièce, la comédie légère I'll Leave It to You (). Après un try-out à Manchester, il a ouvert à Londres au New Theatre (rebaptisé 86 ans plus tard le Noël Coward Theatre en 2006). Ce sera sa première pièce jouée dans le West End. La presse est mitigée, mais encourageante. L'Observateur a commenté : «M. Coward ... a un sens de la comédie, et s'il peut surmonter une tendance à l'intelligence, il va probablement produire une bonne pièce un de ces jours.» Le Times, quant à lui, s'enthousiasme: «C'est un travail remarquable d'une tête si jeune, spontanée, légère et toujours ‘cérébrale’.» La pièce a tenu l’affiche un mois (et a été la première pièce de Coward jouée en Amérique), après quoi Coward est retourné jouer dans les œuvres d'autres écrivains, dont Ralph dans The Knight of the Burning Pestle (1607) de Francis Beaumont et John Fletcher, à Birmingham puis à Londres. Il n'a pas du tout apprécié son rôle, trouvant que les auteurs sont «deux des écrivains élisabéthains les plus ennuyeux jamais connus... J'ai eu un très, très long rôle, mais j'ai été très, très mauvais». Néanmoins, The Manchester Guardian pensait que Coward tirait le meilleur parti du rôle, et the Times qualifia la pièce de «la chose la plus jolie à Londres

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Coward a alors terminé une satire en un acte, The Better Half (), abordant la relation d'un homme avec deux femmes. Elle a été jouée pour une courte série au Little Theatre de Londres, en 1922. Le critique St John Ervine a écrit à propos de la pièce : «Quand M. Coward aura appris que les bavardages des tables de thé feraient mieux de rester la prérogative des femmes, il écrira des pièces plus intéressantes qu'il semble maintenant susceptible d'écrire.» Un clin d’œil de l’histoire sans doute, la pièce a été perdue pendant très longtemps jusqu'à ce qu'un script soit retrouvé en 2007 dans les archives du Bureau de Lord Chamberlain, le censeur officiel des pièces de théâtre au Royaume-Uni jusqu'en 1968.

En 1921, Coward fit son premier voyage en Amérique, dans l'espoir d'intéresser les producteurs avec ses pièces. Cela n’a donné aucun résultat concret, mais il a pu observer le théâtre de Broadway, qu’il a trouvé stimulant. Il a absorbé son intelligence et son rythme dans son propre travail, ce qui débouchera sur son premier véritable succès en tant qu’auteur avec The Young Idea (). La pièce a ouvert à Londres en 1923, après une tournée provinciale, avec Coward dans l'un des rôles principaux. Les critiques sont bonnes: «M. Noël Coward appelle sa brillante petite farce une «comédie de jeunesse», et c'est ainsi. Et les jeunes ont envahi le Savoy hier soir, applaudissant tout si bruyamment que vous avez senti, non sans exaltation, que vous étiez au milieu d'un rag». Un critique, qui nota l'influence de Bernard Shaw sur l'écriture de Coward, s’intéressa plus à la pièce qu'aux nouveaux fans de Coward: «J'étais malheureusement coincé au centre d'un groupe de ses amis les plus exubérants qui saluaient chacune de ses boutades par un 'That's a Noëlism!'» La pièce se présente à Londres du 1er février au 24 mars 1923, après quoi Coward se tourne vers la revue, en écrivant certaines chansons – dont Parisian Pierrot pour son amie de longue date Gertrude Lawrence dans la revue André Charlot's London Revue of 1924 qui après Londres finira à Broadway – et jouant dans London Calling d'André Charlot!

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The Vortex

En 1924, Coward a obtenu son premier grand succès critique et financier en tant qu’auteur avec The Vortex (). L'histoire suit une mondaine nymphomane et son fils accro à la cocaïne (joué par Coward). Certains verront la drogue comme un masque de l'homosexualité; Kenneth Tynan décrit la pièce comme «une jérémiade contre les stupéfiants avec un dialogue qui semble aujourd'hui moins guindé que haut-talonné». The Vortex () a été considérée comme choquant à son époque (pourtant très libre) à cause de la dénonciation de la vanité sexuelle et de l'abus de drogue au sein des classes supérieures. Mais, comme souvent, le parfum de scandale, le bouche-à-oreille et des représentations enflammées ont attiré un large public, justifiant le passage d'un petit théâtre de banlieue à un plus grand théâtre dans le West End. Coward, qui a encore du mal à trouver des producteurs, a économisé l'argent gagné avec The Vortex () pour produire ses pièces lui-même. Pendant la série de The Vortex (), Coward a rencontré Jack Wilson, un boursier américain (plus tard réalisateur et producteur), qui est devenu son manager et … son amant. Wilson a utilisé sa position pour voler Coward, mais l’auteur était si amoureux de lui qu’il a toléré à la fois le vol, mais aussi la consommation excessive d'alcool de Wilson.

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Hay Fever
Revival de 2015 au Duke Of York's Theatre - Londres

Le succès de The Vortex () à Londres et en Amérique a provoqué une grande demande pour de nouvelles pièces de Coward. En 1925, il crée Fallen Angels (), une comédie en trois actes qui a amusé et choqué le public avec le spectacle de deux femmes d'âge moyen se saoulant lentement en attendant l'arrivée de leur amant mutuel. Hay Fever (), la première des pièces de Coward à gagner une place durable dans le répertoire théâtral grand public (on compte actuellement une dizaine de reprises majeures à Londres), a également été créée en 1925. Il s'agit d'une comédie sur les quatre membres excentriques de la famille Bliss et leur comportement bizarre quand ils invitent pour le week-end chacun un invité. Le comportement égocentrique des hôtes pousse finalement leurs invités à fuir tandis que les Bliss sont tellement engagés dans une guerre de famille qu'ils ne remarquent pas le départ furtif de leurs invités. Certains ont cru reconnaître des éléments de l'ancien mentor de Coward, Mme Astley Cooper et sa famille. Dans les années 1970, la pièce est reconnue comme un classique, décrite dans le Times comme une «réalisation éblouissante; comme The Importance of Being Earnest, c'est de la comédie pure sans autre mission que de ravir, dépendant uniquement de l'interaction des personnages et non d'une machinerie comique élaborée.» En juin 1925, Coward avait quatre de ses pièces jouées en même temps dans le West End: The Vortex (), Fallen Angels (), Hay Fever () et On with the Dance, une revue du producteur Cochran qui comprenait la chanson Poor Little Rich GirlCocktails and laughter, but what comes after, nobody knows»). Pas totalement absent de second degré! Coward a joué de nombreuses pièces – les siennes comme celles d’autres auteurs. Bientôt, son rythme effréné l’a rattrapé et il s'est effondré sur scène en 1926 tout en jouant dans une adaptation scénique de The Constant Nymph de Margaret Kennedy et Basil Dean. Il a dû prendre un repos prolongé, récupérant à Hawaii. Il était devenu un des auteurs – et artiste au sens large – les plus en vogue de l’époque, même si bon nombre de ses pièces étaient jugées choquantes par les nombreuses connotations sexuelles.

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«This Year of Grace» - Broadway

Parmi les autres œuvres de Coward produites entre le milieu et la fin des années ‘20, mentionnons les pièces

  • Easy Virtue () (1926), un drame sur l'affrontement d'une divorcée avec sa belle-famille snob;
  • The Queen Was in the Parlour (), une romance en Ruritanie;
  • This Was a Man () (1926), une comédie sur les aristocrates adultères;
  • The Marquise () (1927, 129 représentations), un drame costumé du XVIIIe siècle;
  • Home Chat () (1927, 38 représentations), une comédie sur la fidélité d'une femme mariée;

Et les revues

  • On with the Dance () (1925, 229 représentations)
  • This Year of Grace! () (1928, 316 représentations) avec Sonnie Hale et Jessie Matthews. Dans la version de Broadway jouée avec succès au Selwyn Theatre (1928, 157 performances), la chanson World Weary chantée par Bea Lillie a été ajoutée.

Aucun de ces spectacles n'est entré dans le répertoire régulier, et ces pièces ne sont que très rarement jouées de nos jours, mais la revue This Year of Grace! () a introduit l'une des chansons les plus connues de Coward, A Room with a View.

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Article du New York Times

Son plus grand échec dans cette période a été la pièce Sirocco () (1927, 28 représentations), qui concerne l'amour libre parmi les riches. Le spectacle avait pourtant une star en tête d’affiche, Ivor Novello, dont Coward a dit : «Les deux plus belles choses au monde sont le profil d'Ivor et mon esprit.» Les spectateurs ont détesté la pièce, la huant lors des saluts le soir de la Première, allant jusqu’à cracher sur Coward alors qu'il quittait le théâtre. Coward dira plus tard de ce flop: «Mon premier instinct fut de quitter l'Angleterre immédiatement, mais cela m’a semblé trop lâche et aussi trop gratifiant pour mes ennemis, dont le nombre avait alors gonflé dans mon esprit à pratiquement toute la population des îles britanniques

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Bitter Sweet

En 1929, Coward était l'un des écrivains les mieux rémunérés au monde, avec un revenu annuel de 50.000£, soit plus de 3 millions d’euros actuels! Coward a continué prospérer pendant la Grande Dépression, écrivant une succession de succès populaires, allant de shows spectaculaires à grande échelle jusqu’à des comédies intimes. Un exemple du premier type est l'opérette Bitter Sweet () (1929, 697 représentations), sur une femme qui s'enfuit à Vienne avec son professeur de musique, où elle le voit mourir, assassiné par un noble jaloux. La soprano américaine Peggy Wood jouait dans la somptueuse production londonienne de Cochran, et la partition comprenait I’ll See You Again, If Love Were All et le trio osé Green Carnation” Quand le show a atteint Broadway (1929, 159 représentations), la soprano anglaise Evelyn Laye (1900-96) a joué le rôle principal et Ziegfeld a produit le spectacle. Il faut aussi citer aussi l'extravagance historique Cavalcade () (1931, 405 représentations) au Drury Lane, suivant environ trente ans de la vie de deux familles, qui a exigé un casting énorme, des ensembles gargantuesques et une scène hydraulique complexe. Son adaptation cinématographique de 1933 a remporté l'Oscar du meilleur film en 1933. Parmi les formes de Coward plus intimes de cette époque on peut citer Private Lives () (1930) au Phoenix Theatre et Design for Living () (1932). Dans Private Lives (), Coward joue aux côtés de sa partenaire de scène la plus célèbre, Gertrude Lawrence, avec le tout jeune Laurence Olivier (dont c’est le premier rôle important). C'était un point culminant de la carrière de Coward et Lawrence, à la fois à Londres et à New York. Coward n'aimait pas les longues séries, et après celle-ci, il se fera une règle de ne jamais jouer dans une pièce de théâtre pour plus de trois mois d’affilée.Design for Living (), écrit pour Alfred Lunt et Lynn Fontanne, était si risqué, avec son thème de la bisexualité et un ménage à trois, que Coward l'a créée à New York, sachant qu'elle ne survivrait pas à la censure à Londres (où la pièce ne sera jouée qu’en 1939).

Mais la carrière de Noël Coward était loin de s’éteindre comme nous le verrons plus loin…



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