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Une brève tentative d'histoire des Musicals

Chapitre 5 - 1866 1927 - Recherches

5.15. Rodgers & Hart (I)

Une jeunesse musicale

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Richard Rodgers & Lorenz Hart

Le 28 mars 1917, Richard Rodgers (1902-1979), âgé de quatorze ans, est emmené par son frère aîné William à la salle de bal de l'hôtel Astor pour le spectacle universitaire annuel de l'Université Columbia. La soirée a été presque volée par l'étudiant en journalisme Lorenz Hart (1895-1943), qui s’est accaparé la scène pour se faire passer pour Mary Pickford. Après le spectacle, William a permis à son frère de rencontrer le jeune homme qui avait écrit les paroles du spectacle, étudiant en droit, Oscar Hammerstein II. Rodgers est tellement impressionné qu’il n’ose presque rien dire à Hammerstein. Mais Richard Rodgers a décidé ce jour-là qu'il irait à Columbia afin qu'il puisse composer de futurs spectacles universitaires. Ce jour-là , il n’a pas discuté avec Hart. Pour souligner le côté à la fois exceptionnel et paradoxal de cette rencontre, rappelons que Rodgers s’associera à Hart pendant 24 ans (1919-1943) avant de lui préférer Oscar Hammerstein II comme parolier pour produire certains des plus grands chefs-d’œuvre du XXème siècle (1943-1960).

Deux ans plus tard, un ami commun s'arrangea pour que Rodgers rencontre Hart, qui avait obtenu son diplôme, mais continuait tout de même à s’occuper des productions universitaires. Rodgers et Hart étaient de gentils garçons juifs de classe moyenne, élevés dans l'Upper West Side de Manhattan, et tous deux partageaient une passion pour l'écriture de Kern et Wodehouse. En dehors de cela, ils étaient totalement opposés.

Richard Rodgers venait d'une famille où les disputes explosives étaient suivies de semaines de silence glacial. Le seul endroit où l'émotion pouvait être exprimée en toute sécurité était derrière un piano. Dès sa plus tendre enfance, Richard pouvait rejouer des airs à l'oreille après une seule audition, gagnant l'adulation de ses parents querelleurs et amoureux du théâtre. Au moment où il a fait équipe avec Hart, Rodgers était attrayant, bien ordonné, émotionnellement isolé, et totalement consacré à la musique populaire.

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A Lonely Romeo

Lorenz Hart avait été élevé dans une maison aimante, mais émotionnellement libre, où sa propension à écrire des vers légers a été encouragée. Relativement petit, il avait un peu moins d’un mètre cinquante, il était désorganisé, impulsif et totalement irréfléchi. Il était constamment en mouvement, se frottant les mains en permanence. Lorenz était aussi un homosexuel refoulé et même coupable. Un gros buveur, il était souvent totalement inefficace dès midi.

Chaque fois que Rodgers a réussi à «coincer» Hart pour travailler assez longtemps, les résultats furent impressionnants. Lew Fields inséra leur chanson Any Old Place with You dans sa production de Broadway A Lonely Romeo () (1919, 215 représentations) juste après la grève de 1919. Cette chanson a été un vrai succès et Rodgers a eu son premier crédit de Broadway à l'âge de dix-sept ans, Hart à vingt-quatre ans.

Pas mal, mais…

La dernière chance

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The Garrick Gaieties (Opus 1925)

Comme la fille de Fields, Dorothy l'écrirait plus tard: «Si vous commencez au sommet, vous êtes certain de tomber.» Au cours des six années suivantes, Rodgers et Hart ont lutté, écrivant des partitions pour des productions amateurs ou des galas de charité. Rodgers envisageait même d'abandonner l'écriture de chansons pour vendre des sous-vêtements pour enfants quand il a reçu une offre de la Theatre Guild. Une de plus mais ... Cette association était en train de construire un théâtre, le Guild Theatre (l’actuel August Wilson Theatre) et avait besoin d’un complément de fonds. Ils proposèrent à Rodgers et Hart d’écrire les chansons d’un gala de charité, un de plus. Ils acceptèrent. Le spectacle allait être The Garrick Gaieties (), une revue destinée à être jouée au Garrick Theatre deux soirs, pour collecter l'argent nécessaire pour payer les tapisseries décoratives.

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The Guild Theatre (1925)
L'actuel August Wilson Theatre

Lorsque The Garrick Gaieties () a joué ses représentations caritatives prévues le 17 mai 1925, la réponse a été euphorique, dans le décor du spectacle du soir. Le point culminant musical du spectacle a été Manhattan, une chanson qui saluait avec légèreté cette «île de joie new-yorkaise». Pour cause de succès, des matinées ont été rajoutées, mais elles ont été sold-out immédiatement. Il n'y avait plus qu'une seukl solution: la Guild a fermé la production officielle du Garrick Theatre, The Guardsman (qui avait quand même à l'affiche les stars Lunt et Fontanne) pour le remplacer par le vrai triomphe, The Garrick Gaieties () (1925, 311 représentations) qui tint l’affiche fort longtemps. Le spectacle sera transféré au Guild Theatre, au financement duquel ils avaient «participé». Selon Rodgers, lui et Hart ont assisté, bien des années plus tard, à un spectacle au Guild Theatre. Hart a dit: «Regarde ces tapisseries. Elles sont là grâce à nous.» Rodgers a répondu: «Non, Larry. Nous sommes là grâce à elles

La notoriété du duo Rodgers & Hart

Au cours des cinq années suivantes, Rodgers et Hart ont créé 13 spectacles à Broadway, et un à Londres. Neuf de ces comédies musicales étaient écrites sur livret d’Herbert Fields (1897-1958), le fils de Lew qui avait accepté leur première chanson en 1919. Les livrets d’Herbert étaient très différents de ce que l’on pouvait voir dans les autres théâtres et offraient de nouvelles alternatives.

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Dearest Enemy (1925)

La première comédie musicale complète de Rodgers et Hart a été Dearest Enemy () (1925, 286 représentations), une histoire se déroulant pendant la Révolution américaine avec un livret d'Herbert Fields. En tant que drame costumé, il a évité les conventions de Broadway de l'époque: une partition sans aucune influence du jazz et aucun chœur de Girls peu vêtues. La ballade à succès Here in My Arms a aidé le spectacle à surmonter les ventes de billets initialement léthargiques pour devenir un succès rentable.

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The Girl Friend (1926)

The Girl Friend () (1926, 301 représentations) met en vedette le duo de Vaudeville de Sam White et Eva Puck en tant qu'athlète et entraîneur pour gagner une course cycliste de six jours. La partition met en vedette la chanson-titre entraînante The Girl FriendShe's knockout, she's royal, her beauty's illegal») et la ballade The Blue Room qui montrait le genre d'invention mélodique inattendue dont Rodgers était capable et qui est devenue une de ses caractéristiques. Dans la seconde édition des The Garrick Gaieties () (1926, 174 représentations), la chanson Mountain Greenery s'est avérée un énorme succès avec son évocation d'une maison de campagne si accueillante que «Beans could get no keener reception in a beanery» («les haricots ne pouvaient obtenir un meilleur accueil dans une gargote»).

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A Connecticut Yankee (1927)

A Connecticut Yankee () (1927, 418 représentations) est basé sur le roman comique classique de Mark Twain «A Connecticut Yankee in King Arthur's Court». Alice (Constance Carpenter) surprend son fiancé Martin (William Gaxton) en train de flirter avec une autre femme à la veille de leur mariage. Elle le frappe sur la tête avec une bouteille de champagne, et il se retrouve de manière inexplicable à la cour médiévale du roi Arthur. Bien que cela semble un peu bizarre, Martin y introduit des inventions du XXe siècle comme les panneaux d'affichage en bordure de route, le téléphone et la radio. Les personnages prononcent des lignes polyglottes telles que: «Methinks yon damsel is a lovely' broad.» Rodgers écrivit plus tard que lorsque Gaxton chanta Thou Swell, la réaction du public fut incroyable. La partition comprenait également un autre gros succès: My Heart Stood Still. Avec ses 418 représentations, A Connecticut Yankee () a été le plus grand succès de Rodgers et Hart.

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Present Arms (1928)

Present Arms () (1928, 155 représentations) est l'histoire d'un marine américain en poste à Pearl Harbor se faisant passer pour un capitaine pour impressionner la fille d'un noble anglais. Busby Berkeley (1895-1976) était le chorégraphe du spectacle, montrant déjà tout le talent et toute la précision qui marqueront plus tard ses films. Le numéro You Took Advantage of Me avec l'ingénue Joyce Barbour était à ce titre un exemple.

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Spring is Here (1929)

Les autres comédies musicales de Rodgers et Hart des années ‘20 n'ont pas recueilli le même succès, et si l'on accepte d'être un peu caricatural, on peut dire qu'elles ne sont connues que pour leurs chansons. Par exemple, Spring is Here () (1929, 104 représentations - créé à l'Alvin Theatre) était une histoire d'amour banale, mais le magnifique With a Song in My Heart est devenue un tube à l'époque, puis un standard. Il en est de même pour Simple Simon () (1930, 135 représentations - créé au Ziegfeld Theatre) avec Ten Cents a Dance, Ever Green () (1930, 254 représentations - créé à l'Adelphi Theatre de Londres) avec Dancing on the Ceiling et America's Sweetheart () (1931, 135 représentations - créé au Broadhurst Theatre) avec I've Got Five Dollars.

L'introduction du son dans les films en 1927 a porté un intérêt du monde cinématographique sur les comédies musicales. Plusieurs spectacles de Rodgers et Hart ont été adaptés en films, même s’ils ont été souvent profondément modifiés à cette occasion. Spring is Here (), Leathernecking (basé sur Present Arms ()), et Heads Up () sont tous devenus des films en 1930. Comme on pouvait s'y attendre, les studios de cinéma ont alors voulu embaucher des auteurs-compositeurs pour écrire des comédies musicales directement pour l'écran. Et comme, dans le même temps, la crise de 1929 a rendu plus difficile de monter des spectacles à Broadway. Bien que la plupart des auteurs-compositeurs aient souvent changé de partenaire, Rodgers et Hart ont été la première équipe à travailler ensemble exclusivement pendant 25 ans. Nous y reviendrons.



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