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Une brève tentative d'histoire des Musicals

Chapitre 5 - 1866 1927 - Recherches

5.14. Cole Porter (I)

Jeunesse

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Maison de naissance de Cole Porter (Peru - Indiana)

Le grand-père de Cole Porter avait fait fortune dans la ruée vers l'or en Californie, puis investi dans les terres boisées, qui détenaient de généreux gisements de charbon et de pétrole. Ainsi, Cole Porter (1891-1964) a été élevé dans la petite ville de Peru en Indiana, dans un milieu très confortable, ce qui est une différence avec beaucoup d’artistes de son époque. Son grand-père destinait Cole à une carrière dans le business ou la magistrature. Il l'a envoyé d'abord à l'école préparatoire dans le Massachusetts, puis à Yale pour le travail de premier cycle, et enfin à Harvard pour le droit. Porter, qui a commencé à composer avant son adolescence, a continué à écrire de la musique pendant ses années d'école. Sa mère, totalement amoureuse de son fils, a publié sa première chanson alors qu'il n'avait que onze ans.

En tant que président du Yale University Glee Club et membre de la chorale Wiffenpoofs, Porter a composé plusieurs chansons qui sont toujours jouées à l'école aujourd'hui: Boola, Boola, Bingo Eli Yale et Bull Dog. Il a également découvert deux autres passions: l'habillement et les hommes. Bien que la société américaine condamnait fermement l'homosexualité, les gays et les lesbiennes à condition qu’ils disposent de suffisamment fonds et qu’ils fassent preuve d’une raisonnable discrétion, pouvaient jouer le jeu de la norme en public et ensuite faire ce qu'ils voulaient en privé. C’est ce qu’a choisi de faire Cole Porter.

Les premiers shows

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«See America First»
Le premier musical de Cole Porter, un terrible flop

Porter est paru pour la première fois à Broadway en 1915 avec la revue Hands Up () et Miss Information (), une pièce avec des chansons, dont plusieurs de Jerome Kern.

Après Yale, Porter a fréquenté la Harvard Law School pendant un an jusqu’à ce que le doyen l’encourage à poursuivre plutôt l'écriture de chansons. L'année suivante, Porter a vu son premier musical se créer à Broadway, See America First () (1916, 16 représentations). Un terrible flop – la critique qualifiait le spectacle d’amateurisme à l’exception du critique du New York Press qui trouvait que certaines chansons étaient plaisantes – mais qui prouvait que Cole était capable de composer des chansons mélodieuses.

Pendant la Première Guerre mondiale, sur le front français, il a d’abord servi comme ambulancier pour la Légion étrangère, puis comme chauffeur pour les forces américaines quand ils sont entrés en guerre un an plus tard. Durant sa présence à Paris, Cole a rencontré puis épousé Linda Lee Thomas, une mondaine divorcée.

Rappelons que Cole Porter était homosexuel, mais le premier mariage de Linda l'avait laissée si émotionnellement et physiquement abattue qu'un mari spirituel et sophistiqué qui ne lui ferait aucune demande sexuelle semblait un choix idéal.

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Cole Porter

La fortune de Linda était encore plus grande que celle de Cole. Le couple Porter a donc vécu avec style. Ils faisaient la navette entre un appartement à Paris (où il a fréquenté l’élite artistique), un palais à Venise, des manoirs à Hollywood et au Massachusetts, et un appartement à l'hôtel Waldorf-Astoria de Manhattan. Cole avait des relations homosexuelles, ainsi que d'innombrables rencontres avec des prostitués et des marins masculins. On ne parlait pas de tels agissements, mais de toute façon ils n’étaient pas susceptibles d'être crus.

Lors d'un dîner en 1926, Cole confia à Richard Rodgers qu'il était tombé sur une formule pour les chansons à succès: «J'écrirai des airs juifsRodgers a pris cela pour une blague, mais à la réflexion il a réalisé que ce millionnaire épiscopalien a écrit certains de ses hits les plus durables en utilisant des touches mineures qui étaient «incontestablement de méditerranée orientale». Plus tard, dans des hits de Porter comme Begin the Beguine et My Heart Belongs to Daddy, on peut entendre des mélodies sacrées qui seraient à la maison dans n'importe quelle synagogue.

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«Paris» (1928)
Le premier musical à succès de Cole Porter

Les actes de bonté peuvent avoir des répercussions extraordinaires. Lorsque l'auteur-compositeur juif Irving Berlin s'était enfui avec la mondaine catholique Ellin Mackay, son père furieux (divorcé mais bien-pensant) a dit à tous les membres du Social Register (publication semestrielle aux États-Unis qui répertorie depuis 1880 les membres de la haute société américaine) de mettre sur liste noire les jeunes mariés (plus d’info: ). En réaction, les Porter – qui font bien sûr partie du Social Register – ont organisé un dîner et ont fait du jeune couple Berlin des invités d’honneur, mettant ainsi fin à l'interdiction. Lorsque le producteur Ray Goetz a voulu une nouvelle comédie musicale pour sa femme, la soprano Irene Bordoni, Berlin lui a dit d'embaucher Porter...

Cela donnera Paris () (1928, 195 représentations) qui présente la première chanson à succès de Cole, Let's Do It. À une époque où les chansons d'amour de Broadway étaient innocentes et romantiques, en voici une avec un rythme jazzy et des paroles sur les habitudes sexuelles des oiseaux, des abeilles et des puces instruites.

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«Fifty Million Frenchmen» (1929)

Porter a très vite créé un nouveau musical, le premier pour lequel il a écrit l'entièreté de la partition, un musical plein de tubes, Fifty Million Frenchmen () (1929, 254 représentations), qui a impliqué un riche Américain à Paris essayant de gagner un pari en courtisant une fille sans mentionner ou dépenser un sou de l'argent de sa famille. William Gaxton a1893-1963) a joué le rôle principal, introduisant You Do Something to Me, avec un côté cynique qui a fait de lui une star de la comédie musicale. Jack Thompson et Betty Compton (maîtresse du maire corrompu de New York James Walker) ont chanté You've Got That Thing, plein de second degré. Ce contenu sexuel sophistiqué a ravi le public, et le spectacle a bénéficié d'une course rentable. Dans une critique du New York Times du 28 novembre, J. Brooks Atkinson a fait remarquer que ce show était en accord avec la «mode salace de notre époque».

Avec deux succès en autant d'années, Cole Porter était définitivement arrivé dans la cour des grands.



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