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Une brève tentative d'histoire des Musicals

Chapitre 5 - 1866 1927 - Recherches

5.17. George and Ira Gershwin (I)

Une jeunesse musicale

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Morris et Rose Gershovitz (env 1895)
Library of Congress

En 1910, Morris et Rose Gershovitz achetèrent un piano, s'attendant à ce que leur fils aîné, Israël, apprenne à en jouer. Au lieu de cela, Jacob, leur «pénible» deuxième fils, a monopolisé le clavier. Cela lui a été profitable car, quatre ans plus tard, il gagnait une quinzaine de dollars par semaine pour faire la démonstration de chansons sur Tin Pan Alley. Le monde connaîtra plus tard Jacob comme George Gershwin (1898-1937) et son frère Israël comme Ira Gershwin (1896-1983), la seule équipe fraternelle parmi les auteurs-compositeurs américains importants. Parce qu'Ira s'est toujours placé en réserve derrière son frère, plus glamour, George obtiendra la plus large reconnaissance.

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Au début du XXe siècle, les stars du Vaudeville à la recherche de nouveaux morceaux fréquentaient les éditeurs de musique sur la West 28th Street de Manhattan. Les éditeurs de Tin Pan Alley engageaient des pianistes sur place pour jouer ces chansons. En 1915, George Gershwin tient ce rôle chez Remick's, où il ajoué pour Fred Astaire (1899-1987), âgé alors de 17 ans, qui danse en Vaudeville depuis son enfance avec sa sœur Adèle (1898-1981). Les deux jeunes hommes ont discuté et selon Fred Astaire, George Gershwin lui a déclaré: «Ne serait-ce pas génial si je pouvais écrire un spectacle musical dans lequel vous joueriez?»

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Plus tard, en tant que pianiste de répétition à Broadway, George a pu jeter un coup d'œil sur la façon dont les comédies musicales étaient créées. Sans aucun scrupule, à la moindre occasion, il faisait la promotion de sa propre musique. L’un des meilleurs exemples concerne la chanson Swanee. Irving Caesar et George Gershwin ont affirmé l’avoir écrite en vitesse, en 10 minutes, dans le bus qui les menait chez Al Jolson, où ils allaient jouer lors d’une réception. Elle fut remarquée par Al Jolson et il l’incéra dans le show Sinbad () (1918, 404 représentations) qui était déjà un succès au Winter Garden Theatre. Comme le dira pour plaisanter son ami de longue date Oscar Levant: «Une soirée passée avec George Gershwin est une soirée Gershwin.»

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À ce stade de sa carrière, George travaillait avec divers paroliers. De cette époque date aussi la première partition complète qu’il ait écrit pour une comédie musicale: La, La, Lucille () (1919, 104 représentations), créée au Henry Miller's Theatre de Broadway le 26 mai 1919. Cette oeuvre lui apporta une important notoriété. Avec Ira, il a ensuite contribué à cinq éditions (1920 à 1924) des revues George White's Scandals ().

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Tous les premiers succès de George Gershwin se retrouvent dans ces Revues dont I'll Build a Stairway to Paradise et Somebody Loves Me. George utilisait déjà les rythmes staccato (c'est-à-dire, le phrasé en notes détachées dans lequel les notes des motifs et des phrases musicales doivent être exécutées avec des suspensions entre elles) et les notes bleues (la note bleue est une note jouée ou chantée avec un léger abaissement, d'un demi-ton au maximum, et qui donne sa couleur musicale au blues et plus tard au jazz) qu'Ira a associées à des rimes ludiques.

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La célébrité

Comme nous l’avons vu (), c’est en 1924 que la célébrité va survenir, suite à l’invitation du chef d'orchestre Paul Whiteman faite à George de composer une pièce classique pour une soirée intitulée An Experiment in Modern Music. Un défi similaire avait été proposé pour cette même soirée à Irving Berlin et Victor Herbert. Mais le point culminant du concert a été Rhapsody in Blue de Gershwin. Avec une note d'ouverture qui baladait une clarinette à travers deux octaves et demie, il a permi d’affirmer comme une vérité absolue que dorénavant le jazz et George Gershwin faisaient maintenant partie du courant musical dominant. Malgré des critiques dédaigneuses, cette pièce a été un triomphe populaire.

Alex Aarons (1891-1943), le producteur de La, La, Lucille () s'est associé à Vinton Freedley (1891-1969) pour produire Lady Be Good () (1924, 330 représentations) au Liberty Theatre de Broadway. Il s’agit de la seconde comédie musicale de Gershwin mais la première avec des paroles écrites par son frères Ira. Cette comédie musicale était écrite pour Fred et Adèle Astaire, qui étaient déjà connus à l’époque mais vont devenir des stars. Le livret de Fred Thompson et Guy Bolton suivait l’histoire d’un frère et de sa sœur, chanteurs et danseurs, traversant une mauvaise passe financière jusqu'à ce que la jeune fille s'implique dans un stratagème où elle se fait passer pour une héritière espagnole. La partition imprégnée de jazz comprenait la magnifique chanson-titre Lady Be Good, et un autre joyau. En règle générale, George écrivait d’abord les mélodies, les jouant ensuite plusieurs fois jusqu'à ce qu'Ira ait une idée pour les paroles. Quand George a joué pour la première fois son nouveau morceau, un air saccadé et insistant, Ira lui a demandé: «Pour l'amour de Dieu, George, quel genre de paroles peut-on écrire pour un rythme comme celui-là?» Ira réfléchit un instant avant d'ajouter: «C'est un rythme fascinant» … et «Fascinating Rhythm» est ce que la chanson est devenue. Les Astaire ont triomphé à Broadway et réitèré leur triomphe lors du transfert londonien de Lady Be Good () dans le West End à l’Empire Theatre (Londres 1926, 326 représentations).

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La foule devant l'Empire Theatre de Londres lors des représentations de «Lady Be Good»
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Représentations au His Majety's Theatre
de Londres en 1927 (213 représentations)

Quand Alex Aarons et Vinton Freedley, producteurs heureux de Lady Be Good (), voulurent renouveler l’expérience mais cette fois avec un spectacle mettant en vedette Gertrude Lawrence – la célèbre actrice anglaise étant en tournée à Broadway et aux Etats-Unis avec The Charlot's Revue of 1924 () – ils ont engagé à nouveau engagé les Gershwin et l'ancienne équipe du Princess TheatreGuy Bolton et P. G. Wodehouse – pour écrire Oh, Kay! () (1926, 257 représentations).

Gertrude Lawrence jouait Kay, la sœur d'un noble anglais important de l’alcool de contrebande aux États-Unis via le yacht familial. Ils ont caché, avec "Shorty" McGee et Larry Potter, une importante réserve d'alcool dans le sous-sol d'un manoir abandonné sur la plage de Long Island (État de New York). Tout se passe bien jusqu’à ce que Jimmy Winter, après une longue absence, réintègre sa maison, accompagné de sa seconde épouse Constance, fille du juge Appleton. S'ensuivent des manœuvres pour récupérer la cargaison (à cette fin, Shorty se fait embaucher comme maître d'hôtel de Jimmy), contrecarrées par divers incidents, sources de nombreux quiproquos: Jansen, un officier du Bureau de Prohibition, vient enquêter sur les lieux car il a des soupçons; Jimmy retrouve Kay qu'il a sauvée de la noyade l'année précédente et qui tombe amoureuse de lui; Constance apprend que son mariage reste à confirmer, la procédure de divorce de Jimmy d'avec sa première épouse étant toujours en cours; de plus, Jimmy a beaucoup de succès auprès des jeunes femmes, notamment les jumelles Dolly et Phillipa (ou Phyllis) "Phil" Ruxton... Jouant un gangster se faisant passer pour un majordome, le comédien Victor Moore récoltait des torrents de rires quand il affirmait: «La différence entre un contrebandier et un inspecteur fédéral, c'est que l'un d'eux porte un badge.» Avec ce spectacle, Gertrude Lawrence devint la première artiste britannique à jouer un premier rôle dans la création d’une comédie musicale américaine à Broadway.

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Oscar Shaw (Jimmy Winter), Gertrude Lawrence (Lady Kay), Victor Moore (“Shorty” McGee),

La partition comprenait le jazzy Fidgety Feet, le pseudo-spiritual Clap Yo' Hands et le léger Do, Do, Do. Avant le début des répétitions, George, dans un moment de distraction, a commencé à jouer un numéro de danse rapide à un tempo plus lent. Ira a dit que la mélodie sonnait mieux de cette façon, et Someone to Watch Over Me venait de naître. Fait rare pour l’époque, dans ce morceau, au lieu de chanter directement vers le public, Lawrence chantonnait en s’adressant à une poupée Raggedy Ann (poupée de chiffon ayant la forme d'une petite fille) à propos de l'inconnu quelqu'un qu'elle avait "envie de voir."

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Nos deux producteurs, Alex Aarons et Vinton Freedley ont construit leur propre théâtre en 1927, l’Alvin Theatre. Ils l’ont baptisé en combinant les premières syllabes de leurs prénoms. Ce théâtre s’appelle aujourd’hui le Neil Simon Theatre.

Pour leur première production, ils décident de monter une autre comédie musicale de Gershwin mettant en vedette les Astaire, Funny Face () (1927, 250 représentations). La partition était pleine de succès: la chanson-titre Funny Face, My One and Only, He Loves and She Loves, et l'argotique S'Wonderful. Dans The Babbitt and the Bromide, une conversation chantée «virealangue» (caractérisée donc par sa difficulté de prononciation) a donné aux Astaire l'occasion de créer l’une de leur signature chorégraphique, le «Runaround» aussi appelé le «Oompah-Trot». Funny Face () a eu un accueil encore plus chaleureux à Londres au Prince’s Theatre (1928, 263 représentations).

Après les décevants Treasure Girl () (1928, 68 représentations) à l’Alvin Theatre avec Gertrude Lawrence et Show Girl () (1929, 111 représentations) au Ziegfeld Theatre, les Gershwins avaient encore de nombreux projets, même s’il restait à George moins de 7 ans à vivre.



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