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Une brève tentative d'histoire des Musicals

Chapitre 5 - 1866 1927 - Recherches

5.6. George M. Cohan (2/5)

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Partitions de «The Governor's Son» publiée en 1901

«Give My Regards to Broadway»

George a «agrandi» l'un de ses sketchs de Vaudeville en The Governor's Son (1901, 32 représentations), une comédie musicale complète pour laquelle il a écrit aussi bien les mots que composé la musique. Il a également mis en scène, chorégraphié et joué le rôle principal masculin, avec ses parents et sa sœur comme co-stars. Lorsque le producteur est mort pendant la tournée, Cohan a repris aussi cette lourde tâche. À partir de ce moment et pour le reste de sa carrière, il produira la plupart de ses spectacles.

Il a transformé un autre de ses vieux sketchs en Running for Office (1903, 48 représentations). Les deux spectacles n’ont été joués que de courtes séries à New York, mais ils ont eu beaucoup de succès en tournée pendant un an ou plus pour le plus grand plaisir des fans de longue date à travers le pays.

Certains critiques de Broadway ont refusé d'accepter l'idée qu'un premier rôle masculin puisse danser des claquettes. Les chorégraphies de Cohan étaient pourtant masculines, et sa tendance à sous-jouer le dialogue avec un sourire tordu et à chanter d'un seul côté de sa bouche est devenu une de ses marques personnelles.

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Ethel Levy et George Cohan

Cohan a donné à son écriture un style assez chauvin qui reflétait à merveille l'humeur de l'Amérique au début du vingtième siècle. En 1959, Oscar Hammerstein II a écrit dans un article du New York Times: «Jamais une plante n'a été aussi indigène à une partie particulière de la terre que George M. Cohan aux États-Unis de son temps. Toute la nation était confiante de sa supériorité, de sa vertu morale, de son isolement heureux des intrigues des vieux pays d'où beaucoup de nos pères et grands-pères avaient émigré.»

Pour sa troisième comédie musicale de Broadway, Cohan a conçu le rôle principal pour lui-même, avec un rôle pour sa nouvelle femme, la chanteuse de Vaudeville et danseuse-star Ethel Levy. Josie, la sœur de George, a quitté la troupe familiale pour se lancer dans une carrière solo - l'arrivée d'Ethel ayant sans doute joué un rôle important dans cette décision. À cette même époque, Cohan a formé un partenariat de production avec l'ancien manager de boxe Sam Harris.

George a joué le rôle-titre de Little Johnny Jones (1904, 52 représentations), un jockey américain qui osait monter dans un Derby anglais. Le matin de la course, Jones apparaît devant son hôtel londonien, parlant avec une horde de femmes qui veulent lui manifester leur admiration. Le dialogue et les paroles des chansons sont remplis d'argot contemporain.


JONES: (Breaks away from girls.) Well, by Jove, this is a treat. You know, I didn’t think there were so many Americans in the whole city of London. I suppose you’re all going to the Darby.
1ST GIRL: You bet we are.
JONES: Want a little tip?
ALL: (Interested) You bet we do.
JONES: Pawn your jewelry, go in hock, and play Yankee Doodle straight to win. (American girl exits on run, right.)


(MUSIC CUE. SONG. YANKEE DOODLE BOY)
JONES: I’m the kid that’s all the candy,
I’m a Yankee Doodle Dandy,
I’m glad I am,
So’s Uncle Sam.
I’m a real live Yankee Doodle
Made my name and fame and boodle
Just like Mr. Doodle did,
By riding on a pony.
I love to listen to the Dixie strain
I long to see the girl I left behind me;
That ain’t a josh,
She’s a Yankee, by gosh,
Oh, say can you see
Anything about a Yankee that’s phony?

I’m a Yankee Doodle Dandy,
Yankee doodle do or die;
A real live nephew of my Uncle Sam’s,
Born on the fourth of July.
I’ve got a Yankee Doodle sweetheart,
She’s my Yankee Doodle joy.
Yankee Doodle came to London,
Just to ride the ponies,
I am a Yankee Doodle boy.


Extrait de la chanson «Yankee Doodle Dandy» tirée de «Little Johnny Jones» (1904)

Anthony Anstey (joué par Jerry Cohan), un Américain qui dirige un établissement de jeu chinois à San Francisco, offre de l'argent à Jones pour qu’il perde délibérément la course, mais il refuse. Après que Jones ait perdu, Anstey répand des rumeurs qu'il a perdu la course intentionnellement. Contraint de rester en Angleterre jusqu'à ce que son nom soit blanchi, Jones se rend à la jetée pour dire adieu à un navire rempli d'amis qui part pour New York. Ces paroles ont un schéma de rimes soigneusement construit:


Give my regards to Broadway,
Remember me to Herald square,
Tell all the gang at Forty-second Street
That I will soon be there.
Whisper of how I’m yearning
To mingle with the old-time throng.
Give my regards to old Broadway
And tell them I’ll be there ‘ere long.


Extrait de la chanson «Yankee Doodle Dandy» tirée de «Little Johnny Jones» (1904)

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Partitions de «The Yankee Doodle Boy» publiée en 1904

Anstey est lui-même sur ce bateau en partance et espère toujours trouver les preuves qui pourront faire tomber définitivement Jones. Le détective Wilson, qui est aussi à bord, doit lui contacter Jones si son innocence est prouvée. «Faites mes salutations à ce bon vieux Broadway», chantent Jones et le chœur sur le quai. Le navire part, une cloche sonne, la scène s'assombrit… et ensuite, une fusée éclairante est lancée depuis le navire à vapeur, signe que le nom de Jones a été blanchi. Jones chante un dernier refrain exalté avant que le rideau ne tombe. Il s’agit, pour l’époque, d’un énorme effet spécial…

Cohan a mis en scène Little Johnny Jones en lui donnant un rythme effréné, offrant sa définition de la représentation de la comédie musicale: «Vitesse! Vitesse! Et encore et toujours! C'est l'idée de la chose. Un perpétuel mouvement.» Les critiques de New York ont réagi au Little Johnny Jones par un nouvel haussement d'épaules, et la série à Broadway a pris fin après seulement six semaines. Cohan a alors joué le spectacle en tournée pendant trois années très rentables, repassant à Broadway à plusieurs reprises, avec des succès toujours croissants. Finalement, le spectacle a cumulé 205 représentations à New York. Pour la première fois, «la tournée» a expliqué à Broadway ce qui était bien.

L'homme qui «possédait» Broadway?

En tant que producteur et propriétaire de plusieurs théâtres, Cohan a été ouvertement été appelé «l'homme qui possède Broadway». Ce n’est pas du tout exact. Ce titre appartenait vraiment à trois frères dont les carrières théâtrales ont commencé à environ 400km au nord de Manhattan.

Une nuit glaciale d'hiver en 1887, le directeur du Syracuse Grand Opera House (Syracuse est une ville américaine située dans l'État de New York) a eu pitié d’un jeune cireur de souliers des rues et a proposé au gamin de se réchauffer à la dernière rangée du théâtre. Sam Shubert, 9 ans, n'avait jamais vu de spectacle auparavant. Mais en regardant une représentation de The Black Crook, qu’une troupe en tournée jouait ce soir-là, il a vite oublié le froid et a découvert la passion de sa vie: le théâtre.

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(de gauche à droite) Jacob, Sam et Lee Shubert (Shubert Archives)

Sam et ses frères Lee et Jacob ont tous pris des petits boulots à l'Opéra. Et en l'espace d'une décennie, ils possédaient une chaîne de théâtres, dont plusieurs salles de Broadway. Ils ont brisé le monopole de l’industrie théâtrale, représentée par le Theatrical Syndicate avec à leur tête le magnat Abe Erlanger, en exigeant de pouvoir produire leur propres pièces. Ils obtinrent un accord. L'avenir des frères Shubert semblait bien brillant.

Mais le 12 mai 1905, Sam meurt à 30 ans dans un accident de train. Un mois après ce drame, ses frères, le cœur brisé, ont appelé Abe Erlanger pour confirmer leur accord. Selon la légende de la famille Shubert, Erlanger aurait été à la hauteur de sa pathétique réputation, déclarant qu'il ne se sentait pas obligé de respecter un accord conclu avec un mort! Au-delà de l’indécence de ce propos, il est totalement imbécile car les deux frères n’étaient pas certains de vouloir continuer sans Sam. Mais après la réaction d’Erlanger, Lee et Jacob se promirent de, quoi qu'il en soit, détruire l’empire d’Erlanger et de rayer son nom du théâtre américain.

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Au cours des vingt années suivantes, Lee et Jacob ont pris le contrôle d'un théâtre après l'autre, absorbant finalement tous les théâtres de leur vieil ennemi. Il faut dire qu’Erlanger s'était fait beaucoup d'ennemis au fil des ans, de sorte qu'il y avait une sympathie généralisée lorsque les Shubert s’appropriaient ses théâtres. Mais bien vite, tout le monde dans l'industrie théâtrale comprit que c'était un jeu de dupes car les Shubert étaient tout aussi impitoyables qu'Erlanger, sinon bien pire.

En 1932, Lee et Jacob ont pris le contrôle de l’Erlanger Theatre de Broadway et le rebaptisent The St. James. Ils avaient déjà le Shubert Theatre, juste en haut de la rue. À ce moment-là, les Shubert possédaient presque tous les grands théâtres de New York (ils gèrent aujourd’hui encore 18 théâtre à Broadway). Et c'est ainsi que les «Boys from Syracuse» sont devenu les hommes qui possédaient vraiment Broadway... et pas Cohan.



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