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Sarah et le cri de la langouste

de John Murrel - Adaptation E-E Schmitt

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Presse - Article complet


Un petit bijou théâtral


Vingt-quatre ans après son interprétation de Sarah Bernhardt, au Théâtre du Parc, Jacqueline Bir rendosse le costume de La scandaleuse (un des surnoms de la comédienne).
À quelques différences près.
Le roman de John Murell est, cette fois, traduit et adapté par Eric-Emmanuel Schmitt.
Les inconditionnels de Oscar et la dame rose y retrouveront l’humour, la tendresse et la faconde de l’écrivain (désormais) belge.
Cependant, son imagination et sa verve sont quelque peu limitées par le texte original.
L’auteur situe l’action dans le décor statique de la terrasse d’une maison de Belle-Île-en-mer, avec pour seule variation, la lumière du soleil.
Il y place Sarah Bernhardt, quelques années avant sa mort et son secrétaire Georges Pitou.
Elle, qui a mis en scène chaque minute de sa vie, travaille à la rédaction de ses mémoires soucieuse de garder la mainmise jusque sur les traces qu'elle laissera après son décès.

Entre souvenirs et vérités, la femme se dévoile, révélant failles et faiblesses derrière les lubies, les excentricités, les injustices et les mensonges extraordinaires dont elle était coutumière.
Pour l'aider à mieux revivre les instants cruciaux (et souvent douloureux) qui ont jalonné son existence elle oblige Pitou à endosser la personnalité de ceux qui ont l'influencée.
Confident, domestique, protecteur, voire souffre-douleur, l’homme se voit presque forcé de devenir un partenaire de jeu.
Tour à tour, il incarnera, entre autres, sa mère, son mari, son fils, son imprésario américain, un machiniste, Oscar Wilde, etc.
Bribe par bribe, au fil des évocations, elle se dévoile.
Chaque confidence dessine au plus près le tableau d’une femme âgée, amère, déçue, d’une égocentrique excentrique.
Mais qui, près d’un siècle après la mort de Sarah Bernhardt, se souvient encore de ses succès, de son audace et de son mépris des conventions ?
C’est d’ailleurs un peu là que se situe le point faible du spectacle.
Autobiographique, intimiste même, Sarah et le cri de la langouste est le portrait d’une recherche de soi-même au-delà des apparences.
Mais ce genre théâtral et la longueur de la pièce évitent mal le double écueil de la lourdeur et de la longueur malgré l'alternance entre passages pétillants, crises de colère et aveux pathétiques.
Avec le recul, on comprend pourtant aisément qu'il est quasi impossible de raccourcir ou de sabrer dans le texte, car c'est un tout, une progression soigneusement construite qu'il serait dommage de sacrifier sur l'autel du sacro-saint timing.
Pire, cela frôlerait le sacrilège que de détricoter un tel portrait psychologique.
D'autant qu’en offrant à Jacqueline Bir et Alexandre Von Sivers cette merveilleuse partition, le metteur en scène Daniel Hanssens a fait un choix plus que judicieux.
La première, tragédienne et comédienne, se glisse idéalement dans la peau de cette femme en pleine prise de conscience, taraudée par l’idée de mourir.
Mutine, cabotine, pathétique, les yeux pétillants de plaisir, le regard éperdu et douloureux, Jacqueline Bir incarne toute la démesure de la grande Sarah.
On retrouve ici un formidable Alexandre Von Sivers.
Son rôle complexe qui oscille entre humilité feinte, grommellements, tendresse bourrue et qui lui fait endosser des personnalités aussi différentes qu’un rustre américain ou une courtisane néerlandaise lui permet de démontrer une fois de plus son talent.

Sarah et le cri de la langouste, grâce à Jacqueline Bir et Alexandre Von Sivers (mais aussi au travail de Daniel Hanssens et son équipe), devient un petit bijou théâtral et surtout une ode au théâtre en tant qu’art vivant.

Plaisir d'offrir - 5/10/2010 - Muriel Hublet

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