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L'événement culturel de l'été à Bruxelles!    

Oscar et la Dame Rose

d'Eric-Emmanuel Schmitt

Mise en scène: Danièla BISCONTI - Une production de l'ADAC - 4 représentations en 2007 et 2 représentations en 2008

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Jacquline Bir, la force fragile


La comédienne reprend le spectacle «Oscar et la Dame Rose», d'après le récit d'Eric-Emmanuel Schmitt. Une composition où elle joue tous les protagonistes. Après plus de cent représentations, le public afflue toujours.

Voici trois ans et demi, en septembre 2002, la Ville de Bruxelles rendait un vibrant hommage à Jacqueline Bir pour ses cinquante ans de carrière. Depuis cette belle soirée au Théâtre du Parc, la comédienne a perdu son mari, le comédien et metteur en scène Claude Volter, et, plus tragiquement encore, son fils Philippe Volter, homme de théâtre et acteur de cinéma.

Face à ces rudes épreuves, elle a choisi de vivre et de travailler, non pour oublier, mais pour transcender la souffrance. On l'a vue dans «Le Récit de la servante Zerline» d'après le roman «Les Irresponsables» de Hermann Broch. «J'ai apprécié l'extrême rigueur du travail de mise en scène de Philippe Sireuil sur ce spectacle. Il m'a apporté beaucoup, j'ai été plus loin que je ne pensais pouvoir le faire. C'est quand je peux ainsi me dépasser que ce métier prend tout son sens à mes yeux...» «Peut-être le monologue le plus dur et le plus difficile de sa carrière», écrivait Jacques Franck dans nos colonnes.

Jacqueline Bir a également créé en Belgique «Oscar et la Dame Rose» d'après Eric-Emmanuel Schmitt, une bouleversante composition où elle joue tous les protagonistes du récit, sous l'oeil complice et rigoureux, lui aussi, de Daniela Bisconti. Les Prix du Théâtre 2005 n'ont pas manqué de distinguer ce «seule en scène» mémorable, qui a déjà connu plus de cent représentations. En tournée en Wallonie jusqu'au 26 février, «Oscar» sera à la salle M du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles à partir du 15 mars.

Pourquoi ce spectacle-ci connaît-il de tels prolongements ?
D'abord et tout simplement parce qu'il y a encore beaucoup de gens qui veulent le voir. C'est sans doute dommage, mais il est un fait qu'il n'y a que dans les spectacles privés qu'on peut se permettre une aussi longue exploitation. Dans les théâtres subventionnés, les abonnements obligent à cesser les représentations et à donner le spectacle suivant. J'ai connu une époque où le public était bien plus nombreux : on jouait en matinée et en soirée le samedi et le dimanche. Je suppose qu'aujourd'hui, les spectateurs sont sollicités par tellement de choses: télévision, internet, abondance de l'offre théâtrale elle-même...

Pourquoi dites-vous que c'est un des spectacles où il y a le plus de vous-même ?
Avant ma naissance, ma mère a eu un petit garçon mort-né et on lui a dit qu'elle ne pourrait plus avoir d'enfant. Et pourtant, je suis née... J'ai su très vite qu'elle regrettait cet enfant disparu, qu'elle aurait sans doute préféré un garçon. D'ailleurs, elle m'appelait toujours Jacques... Alors pour moi, Oscar est ce petit garçon que ma mère n'a pas eu : il vit à travers moi et à travers le personnage de Schmitt. En ce sens, c'est un des rôles les plus autobiographiques de ma carrière.
«IL NE S'AGIT PAS DE LIRE OU DE DIRE, MAIS D'INTERPRÉTER DE VRAIS PERSONNAGES»

Un spectacle sur la mort d'un enfant, ce n'est pas exactement accrocheur a priori...
«Oscar» n'est pas un spectacle sur la mort, mais sur la vie dans le regard de la mort. Ce qu'il y a de magnifique chez le petit Oscar, c'est le mélange de force et de fragilité qui se dégage de lui: il puise dans son drame la force de susciter l'espérance chez ses proches... L'espérance est pour moi la vertu fondamentale et c'est précisément de cela que parle Schmitt. Tous les matins, au réveil, je m'émerveille d'être encore là, capable d'affronter le monde et de faire des choses. Les morts vivent encore jusqu'à tant qu'on les ait oubliés. Tant qu'il y a de la mémoire, il y a de la vie. Le bonheur, ce sont des instants fugaces; mais on ne peut pas passer sa vie sur la plage. Il y a la curiosité qui nous pousse à aller vers le monde. Oui, je crois à la destinée, je crois que nous sommes largement programmés. L'important est de bien remplir sa vie, de faire le meilleur, pas nécessairement d'en tirer le meilleur...

Pourquoi avez-vous désiré être dirigée par une femme pour ce rôle?
C'est une écriture très féminine, comme tout ce que produit Schmitt d'ailleurs. J'ai su tout de suite que je voulais être dirigée par une femme pour ce texte - et c'est la première fois que cela se produit dans ma carrière! Certes, ce n'est pas écrit directement pour le théâtre, mais il y pensait très certainement. D'ailleurs, «Oscar» est dédié à Danielle Darrieux... Cela dit, je ne pense pas qu'il ait jamais imaginé que ce serait montré de la manière dont nous l'avons fait. Daniela Bisconti et moi sommes entrées tout de suite en complicité. Nous étions d'emblée d'accord pour bannir toute sensiblerie, sentimentalisme ou pathos. Je joue cela comme j'ai joué «Love Letters» naguère: il ne s'agit pas de lire ou de dire, mais d'interpréter de vrais personnages.

Avez-vous des regrets dans votre carrière?
J'ai peu joué Marivaux, je n'avais pas le physique pour cela. Et peut-être pas l'inclination, au fond. Mais aujourd'hui, je trouve que c'est un théâtre délicieux, très subtil, écrit dans une langue sublime. La pièce que j'aurais vraiment voulu jouer à une époque, c'est «Se trouver» de Pirandello: j'en ai parlé à de nombreux directeurs de théâtre et metteurs en scène, mais personne ne s'intéressait à cela. Maintenant, il est trop tard, je n'ai plus l'âge du rôle.

Que lisez-vous en ce moment?
Le dernier roman de Jacqueline Harpman, «Un manteau de trous», qui est à la fois un panégyrique et un règlement de compte avec la figure de la Mère. J'avais besoin de lire quelque chose comme cela: quand votre enfant prend sa propre vie, vous ne pouvez pas ne pas vous dire que c'est de votre faute.

© La Libre Belgique 2006

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