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L'événement culturel de l'été à Bruxelles!    

Monsieur chasse

de Georges Feydeau

Mise en scène de Bernard Lefrancq - Une production du Théâtre Royal des Galeries, dans le cadre de la Tournée des Châteaux - 3 représentations ▪ 2 août ▸ 24 août 2005

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Georges Feydeau, en plein vertige


Georges Feydeau porte le vaudeville à son point de perfectionnement le plus haut et jouit auprès du public d’un succès énorme et pratiquement ininterrompu, depuis 1892, date de sa première grande pièce Monsieur chasse !. Il emploie tous les procédés classiques du genre qui lui ont valu les qualificatifs "ingénieur du rire" et "horloger de génie" : complications des intrigues, coups de théâtre, quiproquos, lettres remises au mauvais destinataire; les gens qui ne doivent pas se rencontrer sont toujours mis en présence, mais ils ne se reconnaissent qu’au moment de la burlesque catastrophe finale qui entraîne tous les personnages; les mensonges sont de plus en plus énormes, tout le monde se poursuit à un rythme échevelé et le dénouement laisse le spectateur ébaudi.

Le problème du couple, l’absurdité de la condition humaine et le pessimisme sont, chez Feydeau, des caractéristiques modernes. Les thèmes dont il traite, également : ils rappellent assez ceux de Ionesco. Les deux auteurs mettent l’accent sur l’ennui, la platitude, le manque d’initiative et d’imagination ; l’isolement, l’impossibilité et le refus de communiquer, le désespoir, l’inutilité du langage. L’un et l’autre créent un univers absurde, à la fois parfaitement logique et parfaitement fou, à l’image du monde moderne. Naturellement, les moyens employés par Feydeau et par Ionesco pour illustrer ces thèmes sont très différents. Chez Feydeau, les thèmes sont cachés par la technique et l’action Il a choisi d’écrire des vaudevilles dont les procédés artificiels conviennent parfaitement aux fantoches qu’il a mis en scène. Tels des guignols, on peut prévoir leurs mouvements lorsqu’on tire certaines ficelles. Feydeau les jette dans l’action et nous abasourdit en multipliant les incidents qui, selon Robert Kemp, sont un des secrets de son succès.

Tout cela se déroule à un rythme accéléré dans une atmosphère de suspense et de brutalité. Sentiments, désirs, réactions, sont violents : on se poursuit, on s’enfuit, on se met en joue, on se menace, on appelle la police. N’est-ce pas là l’atmosphère d’un film d’espionnage ou d’un western? Le personnage de "la victime au cœur tendre" (Léontine) qu’on exploite et dont on se moque fait penser à Charlie Chaplin ou au Bip du mime Marcel Marceau. Telles gifles tombent sur un innocent, telles poignées de mains entrecroisées rappellent les clowneries du cirque et celles de Charlie Chaplin. Les "gags" annoncent les frères Marx, et les énormes moyens mis en œuvre par Feydeau pour faire rire s’apparentent aux machines ingénieuses des comédies musicales et de certains films américains.


Extrait de "Georges Feydeau, ce méconnu"
par Arlette Shenkan - Editions Robert Davis

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