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L'événement culturel de l'été à Bruxelles!    

L'hôtel du libre-échange

de Georges Feydeau

- - 5 représentations ▪ 14 juillet ▸ 12 août 2012

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Un énorme succès


La première a lieu le 5 décembre 1894. Le succès est énorme: «Pendant trois heures de suite, écrit le chroniqueur du Gaulois, les auteurs peuvent se vanter d’avoir infligé à leurs compatriotes le supplice du rire ininterrompu... Un observateur qui, à neuf heures du soir, se serait arrêté devant les Nouveautés aurait vu entrer des femmes dumonde, des actrices, des financiers, des critiques et des membres de plusieurs cercles. À minuit le même observateur n’aurait vu sortir que des tire-bouchons ! »
Et il exagère à peine le journaliste du Gil Blas qui écrit : « Les ouvreuses rient dans les couloirs, les municipaux devant la porte. Les ouvreurs de portières se tordent, les cochers de fiacre s’esclaffent et leurs chevaux se tiennent les côtes. »
Naturellement, le critique du Temps, Francisque Sarcey, le grand défenseur du vaudeville, est comblé par la nouvelle pièce de Feydeau. Quant aux journalistes qui n’aiment pas le genre cultivé par l’auteur, ils s’avouent complètement « désarmés » par cette « effrénée bouffonnerie » et sont contraints d’applaudir.
Le public est en plein accord avec la critique : la pièce bénéficiera de trois cent soixante-quinze représentations, prolongeant son succès jusqu’à la fin de 1895. Les spectateurs d’Un fil à la patte avaient déjà pu apprécier au deuxième acte une scène coupée verticalement en deux, comportant à gauche un cabinet de toilette et à droite le vaste escalier dans lequel Bouzin était poursuivi par le rastaquouère. Cette fois-ci, ils sont encore plus gâtés. Le décor est divisé en trois : à droite, une grande chambre à cinq lits, à gauche une petite chambre à un lit, aumilieu, le palier du premier étage de l’hôtel avec son escalier.
Il n’en fallait pas moins pour que pût se dérouler l’action épileptique de cette pièce où foisonnent rencontres intempestives, poursuites et galopades de toutes sortes.
La scène évoque une fourmilière bouleversée par un coup de pied et dont les hôtes fuient en tous sens.
Le théâtre des Nouveautés n’a pas été choisi au hasard. Il comporte une troupe jeune, agile, nerveuse, qui a été remarquablement entraînée par Feydeau. C’est d’ailleurs ce qui frappe le critique : « On frémit, écrit un journaliste, quand on pense au travail indispensable pour combiner ces deux clowneries du dialogue et de l’action, sans que jamais l’une pût nuire à l’autre. » Que de répétitions, que d’essais infructueux pour régler avec une telle précision unemachinerie aussi compliquée ! Que de scènes recommencées dix fois, vingt fois, avant de parvenir à un résultat aussi parfait !
En effet, au deuxième acte, l’auteur a dû organiser les déplacements simultanés de neuf acteurs : les portes s’ouvrent et se ferment, les personnages vont et viennent, se croisent, s’évitent, se
rencontrent finalement et doivent inventer d’urgence des explications saugrenues, se lancer dans des fuites éperdues au moment où ils se croyaient sauvés, trembler devant des revenants,
voir surgir un pseudo-ramoneur d’une cheminée, jusqu’à ce que l’invasion de l’établissement par les policiers vienne mettre le comble à leurs tribulations.
Ainsi, comme l’année 1892, l’année 1894 se révèle particulièrement faste pour Feydeau puisque, si l’on excepte l’échec du Ruban, elle lui a permis, avec Un fil à la patte en janvier et la présente pièce en décembre, d’ajouter deux chefs-d’œuvre à la liste de ses succès antérieurs.
L’Hôtel du Libre-Échange, cependant, va marquer la fin de la collaboration de Georges avec Desvallières. Très méthodique, ce dernier ne supportait plus les faux bonds que lui infligeait son ami.
Il lui faisait perdre son temps, se plaignait-il. De son côté, Feydeau prétextait qu’il n’était pas toujours en train, qu’il aurait fait dumauvais travail s’il était venu et que la séance prévue n’aurait servi à rien…

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