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L'événement culturel de l'été à Bruxelles!    

Le jeu de l'amour et du hasard

de Marivaux

- - 2 représentations ▪ 28 juillet ▸ 28 août 2012

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Eternelle jeunesse…


Sans doute qu’il serait de bon ton de commencer par parler de la magnifique langue de Marivaux. Une langue d’une richesse infinie, où chaque mot est essentiel. Mais voilà, ce n’est pas ma motivation première.

J’ai envie de monter Marivaux pour travailler avec de jeunes comédiens. J’ai envie d’attaquer avec eux cette partition délicate et cruelle à la fois.

Les jeunes gens d’aujourd’hui valent bien ceux d’autrefois. Ils sont sans doute aussi peu préparés à la vie en couple, ils sont sans doute aussi maladroits et brusques, ils ont sans doute autant envie de savoir de quoi sera fait leur avenir. Et si pour ça, il fallait tricher un peu… c’est bien de ça dont il est question ici. Une histoire de masque, et le masque ne sert pas qu’au carnaval. Il peut aussi servir à tromper, voir duper. Est-ce que c’est pour une bonne cause que cela est plus tolérable ?

Le jeu de l’amour et du hasard est fondé sur un principe de déguisements et de dédoublement. Le déguisement est partout, au propre comme au figuré. Chacun porte un masque, d’où l’importance et la fréquence des apartés dans le spectacle. Il y a du vertige dans ce Jeu, on est parfois soi-même, parfois un autre… il y a à profiter de ce tournoiement des identités…
Pour jouer Marivaux, il faut travailler une langue et un univers. L'auteur délicat est un "scripte" qui essaie de reproduire avec précision et proximité le rapport à l'improvisation du discours parlé. Les longues tirades de Marivaux, très compliquées dans leurs structures, sont la transcription directe de quelqu'un qui essaye d'expliquer quelque chose à quelqu'un d'autre.
Marivaux nous montre des gens qui sont confrontés aux problèmes de s'exprimer et qui essayent de communiquer en cherchant toujours le mot le plus juste. Il faut donc obtenir du comédien qu’il soit naturel et lui laisser le temps de la recherche du terme exact.

Il y a une évidence : x est amoureux de y mais x ne veut pas s'avouer cet amour. A partir de là le mensonge est double; il y a le mensonge social, extérieur et il y a l'auto-mensonge, la manière de se cacher l'évidence. C'est l'histoire d'un coup de foudre basique, irrationnel. Mais Silvia ne veut pas admettre qu'elle puisse être amoureuse d'un valet. On retrouve chez Marivaux tout ce qui correspond aux pulsions, à l'homme naturel, aux théories de Rousseau mais placé dans une gangue sociale qui est le rapport à la lutte des classes et à l'émergence de la bourgeoisie. La pyramide sociale est tronquée par une pulsion primitive.

Dans ce trouble qui existe entre la hiérarchie et l'animalité se place le problème du langage. C'est une manière de nier l'animalité. Tout est basé sur le mensonge, les situations se nient par le mot. Sans le mensonge social chez Marivaux, les personnages se battraient entre eux. Dans Le jeu de l'amour et du hasard, tout le monde est masqué et triche.
Tout le combat de la pièce est dans le fait que Silvia et Dorante refusent le coup de foudre. Ils se trouvent des prétextes jusqu'au moment où la fusion se fait inévitablement.

Bien, suite à ça, où faut-il prendre Marivaux ? Mais là où on l’a laissé, à la frontière entre les comédiens français, pour la beauté de la langue, et les comédiens italiens, pour l’improvisation du discours parlé.

Le Jeu est accroché à la réalité de l'époque, on se trouve dans un milieu bourgeois, un milieu de nouveaux riches, en pleine Régence, période où l'aristocratie s'est trouvée ruinée (on peut y trouver un écho contemporain). Mais en même temps, Marivaux écrit pour les comédiens italiens, qui ont une liberté et un naturel énorme par rapport aux comédiens français qui sont "rigidifiés" dans la déclamation de l'alexandrin. Il travaille pour une troupe qui lui permet d'appliquer la spontanéité du discours. Il écrit pour des comédiens qui ont l'habitude d'improviser.
Ça tombe bien. Car figurez-vous que la Tournée des Châteaux est une tournée tout terrain, de plein air, qui connaît un point de chute différent tous les jours de juillet et août et qui nous amène, un soir, à jouer devant 150 personnes venues écouter les mots et, un autre soir, devant 600 personnes qui ne vont qu’une fois au théâtre l’an… sans oublier les conditions météorologiques ‘spéciales’ liées à notre pays… Il est donc nécessaire chaque soir de se réapproprier les lieux et l’espace.

Faut-il donc leur montrer un Marivaux classique ou ‘dévergondé’ ? Mais la réponse est sans doute sur la ligne médiane que nous devons trouver ensemble. Il y a l’intrigue amoureuse, simple au départ, et il y a les complications, par le biais de déguisements successifs. Il y va de l’énergie, de la fougue, de la maladresse, de l’envie de nos premiers (!) émois…
Les masques tomberont, évidemment, mais après bien des tribulations, à nous de nourrir ces épisodes pour que le spectacle ‘tout-terrain’ que nous avons à construire relève la beauté de la langue… tiens, on est revenu à la langue, qui est, il va sans dire, d’une richesse infinie !

Fabrice Gardin - Metteur en scène

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