L'avenir dure longtemps
D'après "L'avenir dure longtemps" de Louis Althusser
Adaptation de Michel Bernard
Prix de la Critique 2016 – Meilleur Seul en scène
Ce qui aurait pu être un fait divers se révèle être une tragédie contemporaine…
Le 16 novembre 1980, Louis Althusser, célèbre philosophe marxiste, communiste convaincu, professeur à l'École normale supérieure de Paris, étrangle sa femme, Hélène.
Il est reconnu 'non responsable' de son acte, selon l'article 64 qui permet aux criminels atteints de démence de 'profiter' de soins psychiatriques, plutôt que de suivre le circuit judiciaire et pénitentiaire habituel.
En 1985, Louis Althusser écrit une autobiographie qui sera publiée après sa mort. Son besoin est vital : écrire cet avenir-là, c'est avant tout tenter de redevenir responsable de sa vie. Retrouver une identité.
Pourtant l'interrogation reste totale : pourquoi a-t-il tué Hélène ?
Impossible de ne pas être troublé par cette performance follement habitée. Dès qu’Angelo Bison entre sur scène, qu’il se pose sur son tabouret et pose sur nous ses yeux insensés, bordés d’une inquiétante lueur, nous sommes happés par son récit.
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Une performance follement habitée
Et c’est ainsi que nous embarquons, sur les épaules d’Angelo Bison, sur les traces d’une vie heurtée, amochée, celle d’un homme qui, par la parole, va tenter de retrouver son identité. Suivre l’époustouflant Angelo Bison dans ce parcours, c’est plonger dans la nuit noire, dans les ténèbres de l’âme humaine. C’est retenir son souffle et rester intensément au bord tandis que son personnage saute par-dessus le précipice, au cœur de sa propre folie.
Un homme indéchiffrable
Impossible de ne pas être troublé par cette performance follement habitée. Dès qu’Angelo Bison entre sur scène, qu’il se pose sur son tabouret et pose sur nous ses yeux insensés, bordés d’une inquiétante lueur, nous sommes happés par son récit. Sans ciller, le comédien commence par une description précise, presque clinique, du cou d’Hélène, son épouse, qu’il est en train d’étrangler. Il détaille pour nous ce meurtre tel qu’il l’a vécu, avant son internement à Sainte-Anne, pour confusion mentale et délire onirique. (…)
Adaptée et mise en scène avec brio par Michel Bernard, la pièce retrace les indices d’une catastrophe annoncée : la relation amour-répulsion avec Hélène, les séquelles laissées par une mère abusive, les provocations démentes envers son entourage, la dépression chronique. Précis, sans aucune complaisance, le texte se grave dans les gestes infimes, les expressions tourmentées d’un Angelo Bison époustouflant qui, sans jamais quitter son siège, nous fait passer par toutes les étapes de la folie meurtrière.
Animée de projections discrètes, une fenêtre illustre les humeurs du personnage par des ambiances hivernales ou des images plus abstraites. Décor aussi impénétrable que cet homme indéchiffrable, incapable d’aimer, comme empêtré dans tout ce que la vie comporte de nuit.
Le Soir – 17 janvier 2017 – Catherine Makereel
Le Soir – 17 janvier 2017 – Catherine Makereel
Angelo Bison interprétant Althusser est au sommet de ses capacités scéniques. Il doit " défendre " un personnage peu sympathique, incarner un fou sans tomber dans la caricature ou l’emphase d’un plaidoyer de Cour d’assises. Le metteur en scène Michel Bernard a su le "cadrer" au plus juste de son expressivité : assis sur un petit tabouret, il se raconte sobrement laissant affleurer les grondements sourds de la folie. Son visage, intense, douloureux, inquiétant nous fait passer par toutes les couleurs de l’émotion.
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Angelo Bison hallucinant ****
C’est l’adaptation d’une longue confession d’un philosophe marxiste, une des coqueluches parisiennes des années 70.
Il a tué sa femme dans une crise de folie, en 1980. Aussitôt interné dans un asile, il bénéficie d’un "non-lieu" qui le prive d’un procès. Quand il sort, 2 ans plus tard, il regrette l’absence de procès qui lui aurait permis d’être responsable de sa vie, face à des jurés et de retrouver son identité. La longue confession, 350 pages résumées en 1 H 30 par les soins de Michel Bernard, metteur en scène, n’a jamais été publiée de son vivant.
Son intérêt dépasse l’anecdote historique et nous plonge dans un enfer existentiel : que se passe-t-il dans la tête d’un individu que son intelligence est supposée préserver des tentations du meurtre? Aucun plaidoyer mais une plongée, sans complaisance, dans les gouffres d’un dépressif chronique.
Pourquoi a-t-il tué Hélène, la femme qui l’avait sauvé d’une incapacité à nouer une relation physique avec les femmes? Aucune réponse puisque de son acte il n’aperçoit que le résultat, la mort d’un être aimé sans en expliquer la cause immédiate. Mais les étapes de cette folie meurtrière sont décrites avec une précision clinique, de la mère abusive à la relation ambigüe à Hélène, mélange d’attraction et de répulsion, avec les cruautés répugnantes infligées à la victime et les séjours en hôpital psychiatrique, à une époque où on croyait guérir les dépressifs chroniques par électrochocs.
Angelo Bison interprétant Althusser est au sommet de ses capacités scéniques. Il doit " défendre " un personnage peu sympathique, incarner un fou sans tomber dans la caricature ou l’emphase d’un plaidoyer de Cour d’assises. Le metteur en scène Michel Bernard a su le "cadrer" au plus juste de son expressivité : assis sur un petit tabouret, il se raconte sobrement laissant affleurer les grondements sourds de la folie. Son visage, intense, douloureux, inquiétant nous fait passer par toutes les couleurs de l’émotion.
Christian Jade - RTBF
Christian Jade - RTBF
Dans ce texte exceptionnel, un des plus grands esprits de son temps tente, mais en vain, de comprendre avec une honnêteté effarante un geste à jamais incompréhensible.
C’est peu dire qu’Angelo Bison incarne le philosophe. Seul en scène pendant près d’une heure et demie, quasi tout le temps assis sur un tabouret, il fascine, il frémit, il s’angoisse, comme Althusser. Il joue des yeux, il utilise les silences et les vibrations de sa voix. Une performance qu’on ne quitte pas des yeux et où, comme Althusser, il semble se situer toujours à la frontière entre folie et hyper-conscience. À la place fragile où, en réalité, sont tous les hommes.
Créé en 2016, dans l’adaptation et la mise en scène de Michel Bernard, ce spectacle a reçu de manière méritée le Prix de la critique du meilleur seul en scène.
La Libre Culture – 13 janvier 2017 – Guy Duplat
Le théâtre nous emmène tôt ou tard dans l’insondable. De ces voyages jusqu’au bout de la nuit qui remettent les compteurs à zéro de ce qu’on sait de la vie.
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Du grand art!
Le théâtre nous emmène tôt ou tard dans l’insondable. De ces voyages jusqu’au bout de la nuit qui remettent les compteurs à zéro de ce qu’on sait de la vie.
Accrochez-vous avec le déboussolant L'avenir dure longtemps ou les confessions de Louis Althusser, qui étrangla sa femme sans s’en rendre compte (il pensait lui caresser le cou).
Pas de procès mais un ''non-lieu” et deux ans d’asile. Alors, l’homme-philosophe a écrit...
La mise en scène sobre de Michel Bernard tend brillamment ce solo intense où l’excellent comédien Angelo Bison incarne avec calme et force, presque sans bouger, cette étrange prise de parole d’Althusser pour "redevenir responsable de sa vie".
Du grand art!
Focus Vif – 20 janvier 2017 – Nurten Aka
Focus Vif – 20 janvier 2017 – Nurten Aka
Ce texte adapté à la scène par Michel Bernard, révèle la complexité de la personnalité de cet énorme intellectuel, vedette des tribunes philosophiques dans les années 70.
Posé sur un tabouret dont il ne dévissera pas le temps du spectacle, le comédien Angelo Bison traque la folie qui s’insinue dans l’esprit de son personnage. Par quelques mouvements de la main ou du bras, il signifie pleinement le désarroi, l’inquiétude d’Althusser. A son tour, le public vissé à ses paroles, à son regard égaré, complètement fasciné par le jeu du comédien, ingurgite sans en laisser une goutte, ce témoignage de la virée au bord du précipice d’un grand esprit de son temps. Et même si le sujet d’une extrême gravité ne se prête pas aux adjectifs fleuris, il s’agit bel et bien pour Angelo Bison d’une performance fabuleuse.
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Performance fabuleuse
Il n’est pas trop tard, mais il est temps d’aller voir et écouter Angelo Bison dans la reprise d’un inoubliable « seul en scène ». A priori, le titre du spectacle "L’Avenir dure longtemps" en dit peu sur son contenu exact. Il s’agit de l’intitulé de l’autobiographie de Louis Althusser (1918-1990), célèbre philosophe marxiste, professeur à l’École normale supérieure de Paris et publiée après sa mort. Depuis longtemps sujet à des troubles psychiatriques, le 16 novembre 1980, Louis Althusser étrangle son épouse Hélène. Déclaré irresponsable pour raison de démence au moment des faits, Althusser évitera la condamnation et sera soigné en hôpital.
Dans L’Avenir dure longtemps , Althusser veut récupérer sa responsabilité légale éludée lors du non-lieu. Aussi tente-t-il d’expliquer son geste criminel, essaye-t-il de reprendre la main et sur son esprit et sur son comportement.
Ce texte adapté à la scène par Michel Bernard, révèle la complexité de la personnalité de cet énorme intellectuel, vedette des tribunes philosophiques dans les années 70.
Posé sur un tabouret dont il ne dévissera pas le temps du spectacle, le comédien Angelo Bison traque la folie qui s’insinue dans l’esprit de son personnage. Par quelques mouvements de la main ou du bras, il signifie pleinement le désarroi, l’inquiétude d’Althusser. A son tour, le public vissé à ses paroles, à son regard égaré, complètement fasciné par le jeu du comédien, ingurgite sans en laisser une goutte, ce témoignage de la virée au bord du précipice d’un grand esprit de son temps. Et même si le sujet d’une extrême gravité ne se prête pas aux adjectifs fleuris, il s’agit bel et bien pour Angelo Bison d’une performance fabuleuse.
Entre les lignes – 23 janvier 2017 – Lucie Van de Walle
Entre les lignes – 23 janvier 2017 – Lucie Van de Walle
Il est rare d’être ému au théâtre, au point d’avoir les larmes aux yeux. C’est d’habitude au cinéma qu’on sort son mouchoir… Mais là, dans cette petite salle du théâtre Poème 2, j’ai été complètement emportée par le texte autobiographique bouleversant de Louis Althusser, philosophe majeur de son époque qui, le 16 novembre 1980, a étranglé sa femme Hélène.
Une prestation magnifique d’Angelo Bison qui incarne comme s’il les avait vécus au plus profond de son être les tourments de son personnage. Angelo Bison est un acteur hypnotique, expressif, touchant et inquiétant à la fois. On ne quitte plus son regard, on boit ses paroles et on retient son souffle. On comprend pourquoi ce seul en scène a été primé en 2016 et c’est une chance de pouvoir le revoir.
Déclaré irresponsable au moment des faits – Louis Althusser était régulièrement interné pour des crises maniacodépressives – il ne sera jamais jugé et survivra 10 ans à son geste. Son désespoir étant justement de ne pas avoir eu droit à un procès, d’avoir eu droit à la parole publiquement pour exprimer le cheminement l’ayant mené à cet acte violent. Au lieu de ça, il s’est retrouvé emmuré dans l’espace protégé de l’hôpital psychiatrique, ne pouvant calmer ses angoisses que grâce aux électrochocs.
Pascale Navez - RTBF
Rien encore sur ce spectacle
Version pleine page (seule version disponible monde Apple)
LE 16 NOVEMBRE 1980, VERS NEUF HEURES DU MATIN, UNE FEMME EST ÉTRANGLÉE DANS UN IMMEUBLE DE LA RUE D’ULM À PARIS…
Un fait divers comme tant d’autres s’il ne s’était pas commis dans un des lieux les plus prestigieux de la pensée française et si l’auteur du méfait n’avait pas été un des plus brillants philosophes de sa génération.
L’endroit du crime… Un des appartements de fonction de l’École normale supérieure. L’auteur, un des professeurs de l’établissement : Louis ALTHUSSER. Le mobile… aucun. La volonté de tuer… aucune. La raison… aucune. La justification… aucune. Les circonstances… Un massage matinal, geste habituel de tendresse offert à une compagne à son réveil. Geste qui s’attarde sur une nuque offerte pour devenir geste de mort. Comme si le méfait avait été commis par un homme sorti du temps et entré dans l’inconscience. L’homme ne se souvient que d’une seule chose : l’image d’un visage devenu définitivement immobile. Le massage est devenu étranglement. Il réalise qu’il a, sous ses mains, une morte… Il appelle le secours d’un médecin à qui il peut tout juste dire qu’il vient d’étrangler sa femme avant de tomber dans un état de profonde prostration…
