Monsieur chasse
de Georges Feydeau
La trentième tournée des Châteaux
avec la pièce fondatrice du théâtre de Feydeau!
Duchotel, sous prétexte d'une partie de chasse, court rejoindre sa maîtresse dans une garçonnière du 40, rue d'Athènes. Pour se venger, son épouse, Léontine, accepte le rendez-vous galant que lui propose le docteur Moricet à la même adresse !
Résumé complet
Formidable pince-sans-rire, Pierre Pigeolet, en docteur Moricet et dindon de la farce, jette à merveille de l'huile sur le feu de ce vaudeville ardent. Michel Poncelet campe un Duchotel odieux et grossier, mais drôle jusque dans ses dénégations. Les femmes aussi sont épatantes malgré ce qu'en pense la gent masculine. La naïveté feinte de Léontine colle parfaitement à Perrine Delers tandis qu'Angélique Leleux en comtesse de Latour déchue fait exploser la salle en contant ses amours de jeunesse.
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Un chasseur sachant tromper
Feydeau fait mouche avec « Monsieur chasse » et les Galeries
Grand chouchou de l'été, le vaudeville fait souvent les délices du plein air. La saison des amours serait-elle propice à ce genre de frivolités ? Avec ses batifolages et ses cocasseries d'amants, Feydeau figure sans conteste au hit-parade des amuseurs saisonniers. Pourtant, le trio rocambolesque du mari, de la femme et de l'amant, on connaît par coeur. Mais force est de constater que, dans les mains expertes la Compagnie des Galeries, l'amour volage continue de faire rire. Raison de plus pour le prendre au sérieux.
Pour sa trentième « Tournée des châteaux », toute l'équipe de Bernard Lefrancq s'en est allée traquer la comédie classique avec « Monsieur chasse », comédie créée en 1892. Menée tambour battant au château du Karreveld, mardi soir, cette chasse croisée entre faux gibier et vraies cocottes donne lieu à un joyeux chassé-croisé de quiproquos. Costumes pimpants, distribution musclée et mise en scène alerte : Feydeau fait mouche.
Prétextant d'aller « tirer la biche » dans le château de son ami Cassagne, Monsieur Duchotel se rend en fait chez sa maîtresse au 40, rue d'Athènes. Quand sa femme, Léontine, découvre le pot aux roses, elle décide de se venger. Pendant que monsieur pince les cocottes, madame veut pincer son mari. Pour ce faire, elle accepte le rendez-vous galant du docteur Moricet... à la même adresse ! Très vite, la mécanique diabolique se met en marche selon des moyens certes éprouvés mais drôlement efficaces : fauteurs pris sur le fait (ou manqués de peu), amants bloqués dans un placard, cocufieurs s'évertuant pathétiquement à faire diversion. Les portes claquent, les hommes en veston et caleçon traversent la pièce au pas de charge. Tout le talent de Bernard Lefrancq consiste à jouer le jeu en respectant à la lettre les ressorts diaboliquement agencés de l'intrigue. Le metteur en scène jubile à faire courir tout ce beau monde au milieu des décors primesautiers de la cour du château. Dans les costumes de Jean de Vuyst rameutant la Belle Epoque, les comédiens trouvent leur place comme l'ensemble logique d'une incohérence magistralement orchestrée.
Formidable pince-sans-rire, Pierre Pigeolet, en docteur Moricet et dindon de la farce, jette à merveille de l'huile sur le feu de ce vaudeville ardent. Michel Poncelet campe un Duchotel odieux et grossier, mais drôle jusque dans ses dénégations. Les femmes aussi sont épatantes malgré ce qu'en pense la gent masculine. La naïveté feinte de Léontine colle parfaitement à Perrine Delers tandis qu'Angélique Leleux en comtesse de Latour déchue fait exploser la salle en contant ses amours de jeunesse.
De même que les portes, les répliques claquent avec rythme et netteté, même si le rire se heurte parfois au machisme désuet de l'époque, tel un plomb dans la chair tendre du gibier. Si la moitié féminine du public grogne à certains passages (« Ce n'est que lorsque la femme ne sait plus ce qu'elle dit qu'on peut être sûr qu'elle dit ce qu'elle pense »), tous rient de bon coeur.
Le Soir - 18/8/2005 - Catherine Makereel
Le Soir - 18/8/2005 - Catherine Makereel
Créé en 1892 à Paris au théâtre du Palais-Royal, «Monsieur chasse!» fut le premier grand succès commercial de l'auteur. Cette imparable mécanique à faire rire servit de modèle à toute la suite de son oeuvre. Bernard Lefrancq en donne une mise en scène en costumes et mentalités de l'époque, ce qui ne va pas sans certains décalages qui font rire jaune: «Il n'y a même que dans ces courts instants où la femme ne pense plus du tout à ce qu'elle dit qu'on peut être sûr qu'elle dit vraiment ce qu'elle pense...», s'exclame notamment le séducteur face à la créature qui lui résiste, provoquant un sacré remou parmi les spectatrices.
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Un vaudeville aux champs
C'est dans la charmante cour de la Ferme du Maïeur, à Blehen (Hannut), «village fleuri d'Europe» et «république libre», que nous avons découvert le nouveau spectacle estival de la Compagnie des Galeries. Par ces temps d'actualité sombre et troublée, voici le prototype du vaudeville à caleçons, avec portes qui claquent, maris volages et épouses vengeresses. Ciel, mon mari!
Créé en 1892 à Paris au théâtre du Palais-Royal, «Monsieur chasse!» fut le premier grand succès commercial de l'auteur. Cette imparable mécanique à faire rire servit de modèle à toute la suite de son œuvre. Bernard Lefrancq en donne une mise en scène en costumes et mentalités de l'époque, ce qui ne va pas sans certains décalages qui font rire jaune: «Il n'y a même que dans ces courts instants où la femme ne pense plus du tout à ce qu'elle dit qu'on peut être sûr qu'elle dit vraiment ce qu'elle pense…», s'exclame notamment le séducteur face à la créature qui lui résiste, provoquant un sacré remou parmi les spectatrices.
Le comique de la sincérité
Parmi les abondantes didascalies de Feydeau, on trouve cette phrase: «Toute cette scène, depuis le commencement, doit être jouée par Moricet avec la conviction la plus absolue et la chaleur la plus grande, tout le comique étant dans la sincérité.» Eh bien, on ne fera certainement pas grief à Pierre Pigeolet d'en manquer. Il se démène sans compter d'un bout à l'autre de ces deux heures de spectacle, imprime le rythme qui se veut vif et primesautier.
Comme tous les héros de comédie, son Dr Moricet est le dindon de la farce. Il ne parviendra pas à ajouter le nom de l'appétissante Mme Duchotel à la liste de ses conquêtes. Perrine Delers a vraiment le physique de l'emploi pour cette Léontine vertueuse et un tantinet naïve. Seule peut la faire basculer la conviction que son propre mari la trompe. Or ce dernier - épatant Michel Poncelet - s'adonne régulièrement à la chasse avec son ami Cassagne, ramenant des trophées qui défient les lois de l'art cynégétique: une pleine bourriche de lapins et de lièvres ensemble, par exemple. «Il n'y a qu'un endroit où ces deux rongeurs se trouvent réunis. C'est chez le marchand de comestibles», ne se fait pas faute de préciser le candidat amant.
Bref, toute la distribution se retrouve bientôt dans un immeuble à garçonnières, avec «eau, gaz et gens mariés à tous les étages». Et le moins qu'on puisse dire est que l'humanité dépeinte par Feydeau n'est guère reluisante. Il y a Gontran (Mychael Parys), lycéen qui passe plus de temps auprès de sa «cocotte» que sur les bancs de son «four-à-bac», l'inénarrable Mme Latour, comtesse déchue dans la conciergerie (Angélique Leleux, en très grande forme, elle aussi), le provençal Cassagne (Bernard Lefrancq), cocu en mal de constat d'adultère pour pouvoir divorcer, le commissaire Bridois (Ronald Beurms) en qui l'homme du monde et le magistrat cohabitent de manière schizophrène.
Les comédiens semblent éprouver un plaisir communicatif à la pratique de cet «art d'être bête avec des couplets» que fut le vaudeville au temps de sa splendeur. Devant ces marionnettes qu'agitent frénétiquement leurs désirs et leurs peurs, on rit d'abondance - même si certains ajouts «maison» au texte viennent parfois en surligner un peu lourdement les intentions. A croire que l'humaine nature n'a pas tant changé que cela…
La ibre Belgique - 28/7/2005 - Philip Tirard
La ibre Belgique - 28/7/2005 - Philip Tirard
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Georges Feydeau porte le vaudeville à son point de perfectionnement le plus haut et jouit auprès du public d’un succès énorme et pratiquement ininterrompu, depuis 1892, date de sa première grande pièce Monsieur chasse !. Il emploie tous les procédés classiques du genre qui lui ont valu les qualificatifs "ingénieur du rire" et "horloger de génie" : complications des intrigues, coups de théâtre, quiproquos, lettres remises au mauvais destinataire; les gens qui ne doivent pas se rencontrer sont toujours mis en présence, mais ils ne se reconnaissent qu’au moment de la burlesque catastrophe finale qui entraîne tous les personnages; les mensonges sont de plus en plus énormes, tout le monde se poursuit à un rythme échevelé et le dénouement laisse le spectateur ébaudi.
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Si Feydeau leur en laissait le temps, les personnages de Monsieur chasse! se rendraient immanquablement compte qu’il y a "anguille sous roche". Bien au contraire, les voici précipités au milieu d’une mer démontée où les quiproquos se bousculent selon une implacable mécanique de glissements de situations. C’est la fuite en avant permanente. Un voyage dans la tourmente et la jubilation ! C’est le monde de Feydeau, avec ses mensonges énormes et ses vérités irréelles.
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