Un Air de Famille (2005)

d'Agnèse Jaoui et Jean-Pierre Bacri

Mise en scène de Jonathan Fox
Une production du Festival Bruxellons!
17 représentations ▪ 22 juillet ▸ 27 août 2005

Un grand éclat de rire…
Molière 1995 du meilleur spectacle comique

Une famille. Un soir. Un restaurant.L'anniversaire de Yolande et un chien qui ne chante plus. Cela devait être un dîner comme les autres et pourtant…

Chaque vendredi soir, la famille Ménard se réunit au bar-restau-rant, Au père tranquille, tenu dans une banlieue par l'un des fils, Henri. Ce soir-là est particulier : l'autre fils, Philip-pe, est passé à la télévision régio-nale une heure avant pour parler de l'entreprise dans la hiérarchie de laquelle il est numéro quatre, et son épouse Yolande fête ses trente-cinq ans.

Résumé complet

 


CREATEURS
AuteurAgnes Jaoui 
AuteurJean-Pierre Bacri 
Mise en scèneJonathan Fox 
LumièreLaurent Kaye 
Décor sonoreLaurent Beumier 
ScénographieXavier Rijs 
AVEC
BettyMarie-Hélène Remacle 
DenisMichel Hinderyckx 
HenriMarc De Roy 
MèreLouise Rocco 
PhilippePierre Plume 
YolandeColette Sodoyez 
Une production du Festival Bruxellons!

Une personne pourtant parvient à pousser Denis hors de sa réserve ironique, c'est Betty, la soeur de son patron. Marie-Hélène Remacle donne à cette jeune femme oscillant entre révolte et déprime des contours contrastés, faisant sourdre de ses répliques acerbes des mondes de frustration et de bleus à l'âme.

Colette Sodoyez est épatante en petite bourgeoise bc-bg, entièrement soumise aux caprices de sa belle-mère et à la carrière de son mari. Pierre Plume endosse le costume rayé de ce «numéro quatre» dans son entreprise, obsédé par sa prestation lors d'une interview télévisée deux minutes.

La merveille, c'est que cela ne vire jamais à la caricature. Leur ambivalence confère aux personnages une profondeur face à laquelle le public ne se trompe pas. Croqués sans complaisance dans leur vie étriquée, ils gardent (presque) tous une part de beauté d'âme. D'où, sans doute, cet inimitable «air de famille» qui fait qu'on a toujours plaisir à les retrouver.

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Une famille comme les autres

Réalisation soignée pour la comédie douce-amère d'Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri au Karreveld. Sous le rire, quelques blessures...

Vendredi soir avait lieu la première de «Un air de famille», spectacle tête d'affiche du mini-festival Bruxellons 2005 au château du Karreveld à Molenbeek. Avec ses personnages de la vie de tous les jours, cette chronique familiale à l'humour plombé de mélancolie écrite au début des années 90 par le couple français Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri s'avère décidément une attachante et féconde «machine à jouer».

C'est, en effet, une famille bien ordinaire qui se réunit comme chaque vendredi «Au père tranquille», le bistrot paternel dont Henri, le sous-doué de la tribu, a repris la gestion après la mort de son géniteur. En l'occurrence, la mère, sa fille, ses deux fils et sa belle-fille s'y retrouvent, avant d'aller dîner au restaurant pour fêter l'anniversaire de cette dernière.

Selon une technique éprouvée qui doit beaucoup à Alan Ayckbourn - dont le couple Jaoui-Bacri a adapté «Smoking, No Smoking» pour le film d'Alain Resnais -, les personnages sont pris «en transit» entre deux activités, de sorte qu'ils se révèlent comme par inadvertance. Cela donne l'occasion aux auteurs de travailler une langue familière, rapide et tendue, émaillée de réparties cinglantes, d'actes manqués et de lapsus où les silences et les non-dits comptent autant, sinon plus, que la substance même des paroles.

Pour orchestrer cette petite musique de chambre bien plus subtile qu'il n'y paraît au premier abord, le metteur en scène Jonathan Fox a choisi le dispositif resserré qui lui avait déjà réussi pour «Les Palmes de Monsieur Schutz» l'an dernier. Et son sextuor d'acteurs est à la hauteur de la partition, traversant avec grâce - et en dépit d'une spectaculaire panne de courant le soir de la première - ces deux heures (entracte compris) de représentation.

A tout seigneur, tout honneur, il y a d'abord le bistrotier Henri, dans une interprétation pleine de sensibilité de Marc De Roy. Résigné à sa propre insignifiance - sa mère, son frère et sa soeur n'ont garde de la lui laisser oublier -, il règne avec magnanimité sur un établissement aussi fréquenté que le désert des Tartares, sur son chien paralytique et sur son employé Denis. Michel Hinderyckx campe magistralement ce flemmard invétéré, planqué congénital qui semble préférer la compagnie des livres à celle de ses congénères.

Bleus à l'âme

Une personne pourtant parvient à pousser Denis hors de sa réserve ironique, c'est Betty, la sœur de son patron. Marie-Hélène Remacle donne à cette jeune femme oscillant entre révolte et déprime des contours contrastés, faisant sourdre de ses répliques acerbes des mondes de frustration et de bleus à l'âme. Il faut encore ranger dans le camp des victimes la blonde écervelée Yolande, «Yoyo» pour les intimes, épouse de Philippe, cadre dans une boîte d'informatique.

Colette Sodoyez est épatante en petite bourgeoise bc-bg, entièrement soumise aux caprices de sa belle-mère et à la carrière de son mari. Pierre Plume endosse le costume rayé de ce «numéro quatre» dans son entreprise, obsédé par sa prestation lors d'une interview télévisée deux minutes. Faussement prévenant et foncièrement dominateur, il tremble de trouille devant l'opinion de ses chefs. Il est évidemment le chou-chou de sa mère, marâtre aux opinions bien arrêtées idéalement incarnée par Louise Rocco.

La merveille, c'est que cela ne vire jamais à la caricature. Leur ambivalence confère aux personnages une profondeur face à laquelle le public ne se trompe pas. Croqués sans complaisance dans leur vie étriquée, ils gardent (presque) tous une part de beauté d'âme. D'où, sans doute, cet inimitable «air de famille» qui fait qu'on a toujours plaisir à les retrouver.

La Libre Belgique - 26/7/2005 - Philip Tirard

La Libre Belgique - 26/7/2005 - Philip Tirard

Pour orchestrer cette petite musique de chambre bien plus subtile qu'il n'y paraît au premier abord, le metteur en scène Jonathan Fox a choisi le dispositif resserré qui lui avait déjà réussi pour «Les Palmes de Monsieur Schutz» l'an dernier. Et son sextuor d'acteurs est à la hauteur de la partition, traversant avec grâce - et en dépit d'une spectaculaire panne de courant le soir de la première - ces deux heures (entracte compris) de représentation.

A tout seigneur, tout honneur, il y a d'abord le bistrotier Henri, dans une interprétation pleine de sensibilité de Marc De Roy. Résigné à sa propre insignifiance - sa mère, son frère et sa soeur n'ont garde de la lui laisser oublier -, il règne avec magnanimité sur un établissement aussi fréquenté que le désert des Tartares, sur son chien paralytique et sur son employé Denis. Michel Hinderyckx campe magistralement ce flemmard invétéré, planqué congénital qui semble préférer la compagnie des livres à celle de ses congénères.

Bleus à l'âme
Une personne pourtant parvient à pousser Denis hors de sa réserve ironique, c'est Betty, la soeur de son patron. Marie-Hélène Remacle donne à cette jeune femme oscillant entre révolte et déprime des contours contrastés, faisant sourdre de ses répliques acerbes des mondes de frustration et de bleus à l'âme. Il faut encore ranger dans le camp des victimes la blonde écervelée Yolande, «Yoyo» pour les intimes, épouse de Philippe, cadre dans une boîte d'informatique.

Colette Sodoyez est épatante en petite bourgeoise bc-bg, entièrement soumise aux caprices de sa belle-mère et à la carrière de son mari. Pierre Plume endosse le costume rayé de ce «numéro quatre» dans son entreprise, obsédé par sa prestation lors d'une interview télévisée deux minutes. Faussement prévenant et foncièrement dominateur, il tremble de trouille devant l'opinion de ses chefs. Il est évidemment le chou-chou de sa mère, marâtre aux opinions bien arrêtées idéalement incarnée par Louise Rocco.

La merveille, c'est que cela ne vire jamais à la caricature. Leur ambivalence confère aux personnages une profondeur face à laquelle le public ne se trompe pas. Croqués sans complaisance dans leur vie étriquée, ils gardent (presque) tous une part de beauté d'âme. D'où, sans doute, cet inimitable «air de famille» qui fait qu'on a toujours plaisir à les retrouver.

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La merveille, c'est que cela ne vire jamais à la caricature

Réalisation soignée pour la comédie douce-amère d'Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri au Karreveld.
Sous le rire, quelques blessures…

Vendredi soir avait lieu la première de «Un air de famille», spectacle tête d'affiche du mini-festival Bruxellons 2005 au château du Karreveld à Molenbeek. Avec ses personnages de la vie de tous les jours, cette chronique familiale à l'humour plombé de mélancolie écrite au début des années 90 par le couple français Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri s'avère décidément une attachante et féconde «machine à jouer».

C'est, en effet, une famille bien ordinaire qui se réunit comme chaque vendredi «Au père tranquille», le bistrot paternel dont Henri, le sous-doué de la tribu, a repris la gestion après la mort de son géniteur. En l'occurrence, la mère, sa fille, ses deux fils et sa belle-fille s'y retrouvent, avant d'aller dîner au restaurant pour fêter l'anniversaire de cette dernière.

Selon une technique éprouvée qui doit beaucoup à Alan Ayckbourn - dont le couple Jaoui-Bacri a adapté «Smoking, No Smoking» pour le film d'Alain Resnais -, les personnages sont pris «en transit» entre deux activités, de sorte qu'ils se révèlent comme par inadvertance. Cela donne l'occasion aux auteurs de travailler une langue familière, rapide et tendue, émaillée de réparties cinglantes, d'actes manqués et de lapsus où les silences et les non-dits comptent autant, sinon plus, que la substance même des paroles.

Pour orchestrer cette petite musique de chambre bien plus subtile qu'il n'y paraît au premier abord, le metteur en scène Jonathan Fox a choisi le dispositif resserré qui lui avait déjà réussi pour «Les Palmes de Monsieur Schutz» l'an dernier. Et son sextuor d'acteurs est à la hauteur de la partition, traversant avec grâce - et en dépit d'une spectaculaire panne de courant le soir de la première - ces deux heures (entracte compris) de représentation.

A tout seigneur, tout honneur, il y a d'abord le bistrotier Henri, dans une interprétation pleine de sensibilité de Marc De Roy. Résigné à sa propre insignifiance - sa mère, son frère et sa soeur n'ont garde de la lui laisser oublier -, il règne avec magnanimité sur un établissement aussi fréquenté que le désert des Tartares, sur son chien paralytique et sur son employé Denis. Michel Hinderyckx campe magistralement ce flemmard invétéré, planqué congénital qui semble préférer la compagnie des livres à celle de ses congénères.

Bleus à l'âme
Une personne pourtant parvient à pousser Denis hors de sa réserve ironique, c'est Betty, la soeur de son patron. Marie-Hélène Remacle donne à cette jeune femme oscillant entre révolte et déprime des contours contrastés, faisant sourdre de ses répliques acerbes des mondes de frustration et de bleus à l'âme. Il faut encore ranger dans le camp des victimes la blonde écervelée Yolande, «Yoyo» pour les intimes, épouse de Philippe, cadre dans une boîte d'informatique.

Colette Sodoyez est épatante en petite bourgeoise bc-bg, entièrement soumise aux caprices de sa belle-mère et à la carrière de son mari. Pierre Plume endosse le costume rayé de ce «numéro quatre» dans son entreprise, obsédé par sa prestation lors d'une interview télévisée deux minutes. Faussement prévenant et foncièrement dominateur, il tremble de trouille devant l'opinion de ses chefs. Il est évidemment le chou-chou de sa mère, marâtre aux opinions bien arrêtées idéalement incarnée par Louise Rocco.

La merveille, c'est que cela ne vire jamais à la caricature. Leur ambivalence confère aux personnages une profondeur face à laquelle le public ne se trompe pas. Croqués sans complaisance dans leur vie étriquée, ils gardent (presque) tous une part de beauté d'âme. D'où, sans doute, cet inimitable «air de famille» qui fait qu'on a toujours plaisir à les retrouver.

Philip TIRARD - La Libre Belgique, 25/07/2005

Philip TIRARD - La Libre Belgique, 25/07/2005

Michel Hinderyckx dans le rôle de Denis, le barman. Dès les premières minutes, on est frappé par la ressemblance entre son jeu et celui du fantastique Jean-Pierre Darroussin. On se dit que c'est un peu facile et que l'imitation ne tiendra pas longtemps. Mais au bout d'un moment, l'osmose semble totale et, loin de faire du sous-Darroussin, Michel Hinderyckx se fond si bien dans le personnage que celui-ci devient le vrai pivot de la pièce.

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Un festival de répliques qui tuent

Drôle d'idée que celle de monter « Un air de famille » du duo Jaoui-Bacri, sur la scène en plein air du Karreveld. Drôle d'idée puisque l'intrigue se déroule entièrement dans un café, loin des tragédies et autre féeries qui requièrent habituellement le plein air. Drôle d'idée aussi quand on sait à quel point la pièce originale et surtout le film ont marqué les esprits.

La mise en scène se fait donc discrète, cherchant simplement à rendre les choses aussi justes que possible. Tout repose sur les comédiens. En Betty, Marie-Hélène Remacle trouve le ton juste, proche mais différente d'Agnès Jaoui qui créa le rôle. Face à elle, Marc de Roy a plus de mal avec le personnage de Henri. Fils négligé de la famille, largué le soir même par son épouse, Henri devait beaucoup à la gueule et aux attitudes de Jean-Pierre Bacri. Marc de Roy ne cherche pas à l'imiter mais ne trouve pas vraiment l'épaisseur du personnage. Pierre Plume, dans le rôle du grand frère à qui tout réussit, la joue classique, un peu insipide comme le personnage. Tout l'inverse de Louise Rocco. Énergique, pétulante, elle s'empare du personnage de la mère dominatrice comme s'il avait été écrit pour elle.

Plus complexe, la pauvre Yoyo, dont on « fête » ce soir l'anniversaire, permet à Colette Sodoyez une composition très drôle, proche du modèle de Catherine Frot dans les intonations mais tirant plus vers le rire que vers l'émotion.

Reste enfin Michel Hinderyckx dans le rôle de Denis, le barman. Dès les premières minutes, on est frappé par la ressemblance entre son jeu et celui du fantastique Jean-Pierre Darroussin. On se dit que c'est un peu facile et que l'imitation ne tiendra pas longtemps. Mais au bout d'un moment, l'osmose semble totale et, loin de faire du sous-Darroussin, Michel Hinderyckx se fond si bien dans le personnage que celui-ci devient le vrai pivot de la pièce.

Une pièce qui reste la vraie vedette de la soirée avec ses scènes inoubliables (le collier de chien en cadeau d'anniversaire, le rock de Yoyo et Denis...), ses dialogues irrésistibles et ses répliques fulgurantes permettant à chacun de s'offrir une sympathique soirée de rire sous les étoiles.

Le Soir - 30/7/2005 - Jean-Marie Wynants

Le Soir - 30/7/2005 - Jean-Marie Wynants

En Betty, Marie-Hélène Remacle trouve le ton juste, proche mais différente d'Agnès Jaoui qui créa le rôle. (…)
Reste enfin Michel Hinderyckx dans le rôle de Denis, le barman. Dès les premières minutes, on est frappé par la ressemblance entre son jeu et celui du fantastique Jean-Pierre Darroussin. On se dit que c'est un peu facile et que l'imitation ne tiendra pas longtemps. Mais au bout d'un moment, l'osmose semble totale et, loin de faire du sous-Darroussin, Michel Hinderyckx se fond si bien dans le personnage que celui-ci devient le vrai pivot de la pièce.

Jean-Marie WYNANTS - Le Soir, 30/07/2005


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