Jalousie en trois mails (2011)
de Esther Vilar
Trois rivales apprennent qu'elles aiment le même homme
Quand Helen, une avocate quinquagénaire, découvre que son mari la trompe avec une architecte trentenaire habitant dans le même immeuble, elle entame une guérilla sans merci avec sa rivale, par mails interposés.
Conseils assassins et messages fielleux forment la teneur d’échanges cinglants où tous les coups sont permis. Jusqu’au jour où une troisième favorite entre en scène…
Il fallait une femme pour écrire au vitriol cette pièce sur les ravages de la jalousie féminine mais aussi sur sa face trouble et l’excitation qu’elle génère.
Alors, voir trois femmes se crêper virtuellement le chignon, c’est un petit régal.
Cependant, loin de la caricature des crêpages de cheveux, morsures, griffures et autres roulades dans la boue généralement typiques des combats féminins, ici tout passe par les mots.
Tragi-comédie épistolaire, si la pièce explore l’amour et la jalousie et leurs impacts psychologiques, tout son sel réside dans la causticité, faussement ouatée, mais férocement vitriolée du propos.
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Garces et fières de l’être
Helen, Yana et Iris habitent à 3 étages différents du même immeuble.
À part peut-être un regard échangé et un hochement poli dans l’ascenseur, elles ne se connaissent pas.
Le destin et les vagabondages d’un mari volage les transformeront en rivales, sortes de concubines d’un sultan en proie au démon de midi.
Telle l’Arlésienne, jamais on ne verra Lazlo, objet de tant de convoitises.
On apprendra ses changements de domicile et l’évolution de ses amours par les mails que vont s’envoyer ses femmes.
Helen (Rosalia Cuevas) l’épouse légitime sera ainsi avertie de son cocufiage par Yana (Cloé Xhauflaire).
Un échange de courriers fielleux s’en suivra jusqu’au jour où la première, la délaissée, aura le délectable plaisir d’annoncer à sa cadette qu’une jeunette, Iris (Carole Weyers) bénéficie dorénavant des faveurs sexuelles du séducteur et que désormais Yana aussi fait partie des abandonnées, des vieilles laissées pour compte.
Tragi-comédie épistolaire, si la pièce explore l’amour et la jalousie et leurs impacts psychologiques, tout son sel réside dans la causticité, faussement ouatée, mais férocement vitriolée du propos.
Même si l’on sait pertinemment que les femmes entre elles ne s’épargnent guère, on ne peut que se délecter de dialogues qui manient tout à la fois l’onctueuse admiration parfaitement mensongère, la compassion sirupeuse totalement simulée et l’insinuation d’une perfidie odieusement cruelle. Écrit, il y a une dizaine d’années, le texte d’Esther Vilar a été légèrement modernisé, le fax a été remplacé par l’e-mail.
Mais le pouvoir insidieux de ces messages, qui viennent subrepticement envahir votre vie privée et la détruire, gagne en réalisme et en ravageuse efficacité par rapport à une machine crachotant son papier.
Portrait de la femme dans toute sa splendeur outragée, Jalousie en trois mails expose ses côtés les plus pervers et revanchards.
La particularité de la pièce est que chacune évolue dans son petit univers et ne croisera jamais ses rivales.
Inévitablement, ce postulat de départ crée une certaine impression de statisme (difficile de faire beaucoup de déplacements dans une surface restreinte & d’instaurer une sensation de renouveau).
Paradoxalement, l’impact des mots s’amplifie et permet de savourer tout le fiel de ces affrontements verbaux et moralement drôlement sanglants tout en laissant sourdre un sentiment de distanciation avec les trois viragos.
Mais dans le même temps, nous faisons une incursion dans l’intimité de ses dulcinées, nous violons leurs secrets, nous lisons leurs pensées, ce qui n’est pas sans titiller notre penchant inné au voyeurisme.
Et ne nous voilons pas la face, on aime ça !
Alors, voir trois femmes se crêper virtuellement le chignon, c’est un petit régal.
Cependant, loin de la caricature des crêpages de cheveux, morsures, griffures et autres roulades dans la boue généralement typiques des combats féminins, ici tout passe par les mots.
La scénographie de Francesco Déléo a conçu trois cocons, trois terrains de chasse, trois arènes où ces dames fourbissent leurs armes verbales, aiguisent les verbes, trempent dans l’acide les pronoms ou empoisonnent à l'arsenic le moindre complément.
L’efficace mise en scène de Daniel Hanssens arbitre habilement cette guerre sans merci.
Tel un dompteur devant des panthères vénéneuses, il les dresse efficacement les unes contre les autres dans une féroce mise à mort des sentiments.
Si les femmes se reconnaitront assez facilement dans ces garces jalouses (même si le trait est parfois légèrement forcé) et en savoureront tout le fiel, la gent masculine y découvrira peut-être tout ce qui peut se cacher derrière un sourire enjôleur.
Plaisir d'offrir - 10/3/2010 - Muriel Hublet
Plaisir d'offrir - 10/3/2010 - Muriel Hublet
La forme épistolaire de la pièce aurait pu manquer de dynamisme mais le jeu des trois venimeuses comédiennes fait galoper ce chassé-croisé. Ingénieux, le décor plante les appartements des rivales sur le même plateau, transformant la correspondance en dialogues. Attention, armes de séduction massive !
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La jalousie, cette drogue dure
Progrès technologique oblige, Jalousie en trois fax d’Esther Vilar est devenu Jalousie en trois mails dans la mise en scène impeccable de Daniel Hanssens. Le courriel a remplacé l’encre mais le venin coule toujours dans cette comédie intelligente et drôle.
Tout commence avec un e-mail sur la boîte de Helen, avocate quinquagénaire mariée à Laszlo. Le message vient de Yana, architecte trentenaire qui habite dans le même immeuble et prétend être la maîtresse de Laszlo. Pour la convaincre, Yana lui fait parvenir la clef d’un local technique avec vue sur son petit nid et ses fougueux ébats. La guerre est déclarée ! Entre les deux femmes, les missives se font missiles, les touches de l’ordinateur crépitent sous le feu des conseils assassins et autres coups bas, non sans une distinction toute féminine, même sur le champ de l’humiliation et du chantage. Invoquant les statistiques ou les lois biologiques – un homme, dès la cinquantaine, est attiré par les femelles plus jeunes – elles se livrent une guérilla par e-mails interposés.
La bataille se complique lorsqu’une nouvelle favorite, elle aussi dans le même immeuble, vient ravir l’objet du désir. Iris, vingt ans, est bouddhiste, ce qui ne l’empêche pas de jeter un peu plus de feu sur l’huile internaute. Zen, elle sait aussi se faire fielleuse pour revendiquer sa part du territoire masculin.
On ne verra jamais ce Laszlo qui ne nous attendrit pas sur la nature des hommes avec son papillonnage égoïste à tous les étages. Ce qui compte ici, ce sont les ravages d’un sentiment qui vous ronge autant qu’il vous exalte, la jalousie.
Après quelques coups de théâtre, la triomphatrice fera les frais de cette drogue redoutable, dont les effets excitants surpassent parfois l’amour même.
La forme épistolaire de la pièce aurait pu manquer de dynamisme mais le jeu des trois venimeuses comédiennes fait galoper ce chassé-croisé. Ingénieux, le décor plante les appartements des rivales sur le même plateau, transformant la correspondance en dialogues. Attention, armes de séduction massive !
Le Soir - 20/3/2010 - Catherine Makereel
Le Soir - 20/3/2010 - Catherine Makereel
Une pièce rare . Une idée originale et jamais exploitée de la sorte au théâtre.
Trois ordinateurs « portables » en scène sur lesquels ces trois femmes « tapent » avec venin, amour , fureur ! Cela pète le feu ! D’un dynamisme du tonnerre !
L’enchaînement des mails est prodigieux : celle qui l’écrit le lit puis celle qui le reçoit continue la lecture…à son tour , elle envoie un mail dont elle lit le début et celle qui le reçoit en continue la lecture , et ainsi de suite…
Donc aucun blanc, aucune rupture ! Un rythme continu !
Cinemaniacs - Roger Simons
Comme les sorcières de "Macbeth", elles sont trois à faire bouillir leur marmite infernale -en l’occurrence, modernité oblige, leur boîte à message électronique. Ces modernes harpies se disputent âprement un homme, le "trophée" comme dit élégamment l’une d’elle, non sans se torturer l’une l’autre avec délectation.
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Chasse à l’homme par courriel
Comme les sorcières de "Macbeth", elles sont trois à faire bouillir leur marmite infernale -en l’occurrence, modernité oblige, leur boîte à message électronique. Ces modernes harpies se disputent âprement un homme, le "trophée" comme dit élégamment l’une d’elle, non sans se torturer l’une l’autre avec délectation.
Si un homme avait écrit ça, on l’aurait sans aucun doute taxé de misogynie réactionnaire. Le fait est que le texte est signé Esther Vilar (rien à voir avec le fondateur du Festival d’Avignon), auteur d’expression allemande née en Argentine, célèbre pour avoir commis dans les années 70 "L’Homme manipulé", un essai sur la domination des hommes par les femmes
Trois femmes, trois générations : la doyenne quinquagénaire Helen (Rosalia Cuevas) est aussi l’épouse légitime. Elle reçoit un mail de Yana (Cloé Xhauflaire), 35 ans, annonçant qu’elle est la maîtresse de son mari et qu’il s’apprête à quitter le logis conjugal. Pour prouver ses dires, Yana lui envoie la clé d’un petit local technique de l’immeuble par où Helen pourra observer les ébats adultères.
Ayant dûment constaté les faits, Helen garde la clé par devers elle et continue complaisamment à épier le nouveau "couple", jusqu’à ce qu’elle fasse savoir à sa rivale que le mari volage trompe derechef sa maîtresse avec une femme encore plus jeune, Iris (Carole Weyers). Laquelle des trois emportera le "morceau" ? Vous le saurez, en allant voir "Jalousie en trois mails", mis en scène par Daniel Hanssens.
Force nous est d’avouer que cette nouvelle production d’Argan 42 nous a moins convaincu que ses précédentes réalisations. Si les comédiennes servent loyalement leurs personnages respectifs, ceux-ci ne grandissent guère la gent féminine.
La pièce nous a semblé convenue et laborieuse, et le spectacle en lui-même terriblement statique. Les trois protagonistes restent confinées dans leurs sections respectives du plateau, du début à la fin de la représentation, comme dans une pièce radiophonique qui aurait été mal transposée à la scène.
Sans doute le sujet, la jalousie féminine, a-t-il été peu exploité au théâtre. Encore eût-il fallu y mettre quelque finesse et un peu d’épaisseur humaine, au-delà de la simple charge satirique. Ces trois "bonnes femmes", comme dirait Claude Chabrol, sont passablement hystériques et caricaturales, se résumant tout entières à leur envie de piquer le bonhomme de leur prochaine.
Mercredi, la salle du Centre culturel d’Uccle, où l’on notait la présence d’un taux inhabituellement élevé de femmes, a paru moyennement goûter cette comédie du ressentiment. Personnellement, à deux ou trois brefs instants près, elle nous a laissé de marbre.
La Libre Belgique - 19/3/2010 - Philip Tirard
La Libre Belgique - 19/3/2010 - Philip Tirard
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