L'Hôtel de la dernière chance
De Patrick Chaboud
Un huis clos sur fond de collaboration et des dialogues en forme d’hommage à Audiard
Mai 1944. La guerre touche à sa fin mais Paris est toujours occupé.
L’hôtel de la dernière chance, repaire de canailles en tous genres et de filles perdues, a traversé cette sinistre période sans ennuis grâce à la protection du général Heinrich Von Ludwig , aristocrate teuton. Au cours d’une rafle, il est tombé amoureux de Gigi, une des filles qui y fait commerce de son corps pour survivre. Le jour de la délivrance approche et les masques tombent.
Il est temps de choisir son camp, et le bon, car on sent déjà poindre les premiers règlements de compte. Qui sortira vivant de ce huis clos, le collabo proxénète, le résistant planqué à la cave ou le patron qui mange à tous les râteliers parce qu’il ne faut jamais mettre les deux pieds dans la même pantoufle ?
L’écriture de la pièce révèle encore plus de profondeur scénaristique qu’à l’accoutumée (…) Comme Xa, Bénédicte Phillipon joue plusieurs rôles dans cette pièce. Si on l’aime en rat des champs, son rôle de chienne des villes lui va à merveille. La bergère allemande qui sommeille en elle arrive à captiver le public et à faire rire toute la salle avec un simple battement de langue. Son accent allemand et ses grands yeux de labrador ont probablement fait craquer tous les chiens errants du quartier à n’en pas douter. Mais n’oublions pas non plus la superbe performance de Manon Hanseeuw, dont la voix résonnera dans la salle avec passion tous les soirs jusqu’à la fin des représentations.
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Le public hurle de rire
Le Chant des partisans est l’hymne de la Résistance française. Il date de l’occupation nazie durant la Seconde Guerre mondiale. C’est sur ce chant entonné magistralement bien par les comédiens de la compagnie que débute la pièce:
«Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines,
Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne,
Ohé ! partisans, ouvriers et paysans, c’est l’alarme !
Ce soir l’ennemi connaîtra le prix du sang et des larmes… ».
La scène est répartie entre deux espaces distincts, le bar et la rue. Nous suivrons pendant près de 1h45 les péripéties du tenancier d’un bar parisien. Ce personnage malingre au bon fond est incarné par un Stéphane Stubbé toujours aussi dynamitant sur scène. Il donne avec Philippe Drecq, membre de la résistance, le tempo de la pièce. Ce bar est le lieu de toutes les rencontres. Il accueillera une fille de joie incarnée par Sophie D’Hondt, mais également d’autres membres de la résistance et bien entendu des soldats de la Gestapo. Les costumes et la qualité des décors apportent à nouveau un énorme plus à l’ambiance générale, et nous ne pouvons qu’acclamer la sympathique Isis Hauben pour le travail accompli.
L’écriture de la pièce révèle encore plus de profondeur scénaristique qu’à l’accoutumée. Si les spectacles du Magic sont toujours très aboutis, les enchaînements entre séquences sont parfois un peu confus et il arrive qu’on perde légèrement le fil conducteur de l’intrigue principale. En effet, l’absurde d’inspiration Monthy Pythonesque prend parfois le pas sur la trame. Pour ce polar humoristique de Patrick Chaboud, l’accent a davantage été mis sur la fluidité des scènes. Et les jeux de mots restent évidemment légion pour le plus grand bonheur des fans du Magic Land Théâtre.
Comme Xa, Bénédicte Phillipon joue plusieurs rôles dans cette pièce. Si on l’aime en rat des champs, son rôle de chienne des villes lui va à merveille. La bergère allemande qui sommeille en elle arrive à captiver le public et à faire rire toute la salle avec un simple battement de langue. Son accent allemand et ses grands yeux de labrador ont probablement fait craquer tous les chiens errants du quartier à n’en pas douter. Mais n’oublions pas non plus la superbe performance de Manon Hanseeuw, dont la voix résonnera dans la salle avec passion tous les soirs jusqu’à la fin des représentations.
Si cette pièce est une réussite et que je vous invite à sauter sur les quelques places encore disponibles, attardons-nous encore un peu sur les thèmes abordés.
Les thèmes des dangers de l’extrême-droite et de la délation sur le devant de la scène!
Si Chaboud n’a probablement pas créé cette pièce par anticipation du premier tour des élections en France, il ne faut pas être devin pour comprendre que nos sociétés démocratiques sont mises à mal par un climat anxiogène et délétère de plus en plus affirmé. Si cette pièce divertit avant tout, elle aborde également le thème important du danger des partis xénophobes et de la perte des libertés fondamentales.
Pourquoi est-il précisé ironiquement dans le pitch que l’on rend hommage à Audiard? Michel Audiard s’est inspiré de la façon dont le peuple parisien s’exprimait pour écrire ses dialogues qui constituent l’un des meilleurs témoignages de l’irrévérence détachée propre aux années 1960, selon Wikipédia. Les mêmes sources stipulent qu’ il écrit au printemps 1944 dans » l’Appel « , un des hebdomadaires parisiens les plus engagés dans la collaboration avec l’occupant allemand. Michel Audiard aurait réussi à faire oublier à la libération sa participation à ce journal malgré la teneur des articles. Pour moi, toute la subtilité de Chaboud et son premier coup de maître dans cette pièce réside ici. L’hommage est double: un pour l’accent et l’autre pour son passé de collabo.
L’Hôtel de la dernière chance traite ainsi du thème complexe de la collaboration avec l’ennemi et de la dénonciation, et ce principalement durant la Deuxième guerre mondiale. Sujet vieillot et dépassé? Lorsque l’on sait que les dénonciations de chômeurs et/ou de fraudes fiscales par des particuliers n’ont jamais été aussi importantes que depuis quelques années. Que la plupart du temps, ces dénonciations sont le fait d’amis, de la famille et/ou de voisins. Que les services publics vont même jusqu’à valoriser à demi-mot l’action de dénoncer le fraudeur, quel qu’il soit. Que des franges de population entière sont parfois pointées du doigt comme les représentants du mal ou comme étant des terroristes sans distinction autre que le délit de faciès ou l’appartenance religieuse. Que les services de traitement des plaintes sont submergés par des plaintes basées uniquement sur des critères peu objectifs. On peut affirmer que, même si des allusions directes à notre société contemporaine ne sont pas incluses dans le récit, la création de cette pièce n’est pas anodine. Elle témoigne d’une connaissance des enjeux sociétaux actuels et d’une volonté de remémorer les erreurs du passé aux générations plus jeunes. Et quand bien même ce ne serait pas le cas, ça l’est dans les faits. C’est bien souvent en se plongeant dans l’Histoire que l’on trouve les solutions et les erreurs à éviter dans le présent…
Mon analyse pourrait être plus poussée mais le but n’est pas d’intellectualiser outre mesure cette critique de la pièce. Gardons à l’esprit que L’Hôtel de la dernière chance reste avant tout un divertissement sans prise de tête et que le rire est garanti à partir du moment où vous arrivez devant la porte du Magic Land Théâtre.
Culture remains - 3 mai 2017
Culture remains - 3 mai 2017
Comme d’habitude, le rire est au programme du Magic Land. Cette fois cependant, la troupe se dirige également un peu plus vers une émotion qui n’est pas sans risque pour le rythme de la pièce. Difficulté habilement surpassée, puisque le soufflé ne retombe pas. L’énergie des comédiens soutient habilement le texte et ses nombreuses extravagances. Citons à ce titre deux perles du spectacle, à mourir de rire : Bénédicte Phillipon en soldat allemand, et Philippe Drecq préparant l’attentat.
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Rire pour résister
Dans le Paris occupé, un bistrot voit passer occupants et occupés, des résistants aux collabos en passant par les gens simples qui tentent simplement de s’en sortir. La fin de la guerre approchant, la tension monte, les situations s’emballent et les masques tombent.
Sur un fond légèrement mélodramatique, la troupe du Magic Land incarne encore une fois une palette de personnages surprenants : Marcel, tenancier de l’hôtel, ne fait pas de politique. Il fait ce qu’il faut pour s’assurer de survivre et de traverser la guerre, ce qui a le don d’irriter le colonel qui se voit comme un grand résistant. Gigi, elle aussi dans le commerce, a ses principes : pas de tractation avec l’ennemi. Mais quand un général de la Wehrmacht la sort in extremis d’une arrestation par la brigade canine, elle n’hésite pas à jouer sur la corde sensible pour se donner des armes. Ce qui n’est pas du goût de Tino, son souteneur. Lui non plus ne fait pas de politique, et fait de l’excès de zèle pour assurer ses arrières. Albert, terroriste de la résistance, aide Mathilde à fuir Paris et Louise, jeune bretonne fraîchement arrivée, à y trouver un refuge. C’est sans compter sur un officier de Wafen-SS bien décidé à mériter ses gallons.
Comme d’habitude, le rire est au programme du Magic Land. Cette fois cependant, la troupe se dirige également un peu plus vers une émotion qui n’est pas sans risque pour le rythme de la pièce. Difficulté habilement surpassée, puisque le soufflé ne retombe pas. L’énergie des comédiens soutient habilement le texte et ses nombreuses extravagances. Citons à ce titre deux perles du spectacle, à mourir de rire : Bénédicte Phillipon en soldat allemand, et Philippe Drecq préparant l’attentat.
La scénographie en nuance de gris fait un effet merveilleux. Le peu de couleur sur le plateau se trouvant brutalement rehaussée, les comédiens sont immédiatement mis en valeur. Ambiance cinématographique assurée, entre films noirs et comédies françaises à la Oury ou Lamoureux. Le texte, reprenant de vieilles chansons française et construit comme "un hommage à Audiard", y fait d’ailleurs écho.
Le spectacle signe d’ailleurs déjà complet pour la majeure partie de ses dates. Pour y assister, il ne faut pas tarder à réserver.
Yuri Didion - 2 mai 2017 - Demandez le programme
Yuri Didion - 2 mai 2017 - Demandez le programme
Cette réussite est due au risque pris par Patrick Chaboud et ses acteurs qui, en plus d’une écriture bien plus fine que d’habitude, se permettent d’aller loin dans l’imagerie et la gravité de l’époque tout en prenant le parti d’en rire. Les nazis en uniformes sont présents, les résistants préparent un attentat, les collaborateurs dénoncent et/ou changent de camps, des personnes sont maltraitées ou mêmes torturées, etc. Tout en réussisant à garder la folie, l’absurdité et l’hilarité propres aux précédentes créations. Chapeau!
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Une nouvelle réussite du Magic Land Théâtre
Cette année, le Magic Land théâtre nous gâte ! Nous avons droit à deux nouvelles créations (non contemporaines). Et après l’époque victorienne des hortensias de Miss Grolich, la joyeuse troupe du Magic Land va explorer la période noire de la fin de la Seconde Guerre mondiale à Paris : les nazis, la résistance et les collabos.
Tout commence par la découverte du troquet Le Colibri, tenu par Maurice, ni tout à fait résistant, ni tout à fait collabo, qui tente juste de survivre au milieu de tout ce foutoir. Ces rares clients ? Un ancien colonel à la retraite et une prostituée. Et au milieu de ce trio, vont se rencontrer une faune hétéroclite : le macro milicien, le terroriste résistant, le général de la Wermarcht, l’ex-femme qui se rêve héroïne, la campagnarde qui débarque à Paris, le commandant SS et son sous-fifre, etc.
La réussite de ce nouvel opus est multiple. Tout d’abord c’est la parfaite symbiose entre l’humour caractéristique au théâtre, la cinématographie (on retrouve pêle-mêle La Traversée de Paris, La Grande Vadrouille, les dialogues d’Audiard, etc.) de C’est loin l’Eldorado ou encore la gravité et l’émotion de Mélopolis (mais cette fois sans qu’elles pénalisent l’action ou l’humour). Mais aussi, cette réussite est due au risque pris par Patrick Chaboud et ses acteurs qui, en plus d’une écriture bien plus fine que d’habitude, se permettent d’aller loin dans l’imagerie et la gravité de l’époque tout en prenant le parti d’en rire. Les nazis en uniformes sont présents, les résistants préparent un attentat, les collaborateurs dénoncent et/ou changent de camps, des personnes sont maltraitées ou mêmes torturées, etc. Tout en réussisant à garder la folie, l’absurdité et l’hilarité propres aux précédentes créations. Chapeau !
Les décors, impeccables, se jouent cette fois sur deux tableaux (le troquet et la rue). Si cela soulage notre cou, cela joue parfois légèrement en défaveur de la pièce qui suit parfois un peu le rythme d’une fois à l’intérieur, une fois à l’extérieur, sans variante. Cela a pour effet de retarder le démarrage de l’intrigue.
L’interprétation contribue aussi au succès de L’Hotel de la dernière chance : Juan Marquez Garcia interprète cette fois une belle crapule ; Stéphane Stubbé est parfait en français moyen qui ne se mouille pas et retrouve son rôle marquant de L’oracle de Delphes ; Loïc Comans et Philippe Drecq sont impeccables respectivement dans leur habituel rôle de gars sympathique pour l’un et de vieux sage parfois maladroit pour l’autre ; Thomas Linkx est jouissif en commandant nazi sadique, Sophie D’Hondt a une gouaille et un accent parisien des plus réalistes ; Manon Hanseeuw nous charme de sa voix et Xavier Doyen et Bénédicte Philippon enchaîne deux rôles (attention à la tornade Philippon dans un des rôles les plus marquant de la pièce !) avec un naturel confondant.
Encore une fois, c’est une mission accomplie pour le Magic Land Théâre qui ne cesse d’explorer de nouveaux thèmes, prétextes à leur folie. Mais parfois, il y a ce grain de sel en plus qui, comme pour C’est loin l’Eldorado, permet à un spectacle d’être au-dessus du lot. Ces deux spectacles le possède et la meilleur preuve reste bien sûr l’intensité des applaudissements sans aucune mesure avec les autres spectacles.
Le Surricate Magazine - 5 mai 2017 - Loïc Smars
Le Surricate Magazine - 5 mai 2017 - Loïc Smars
Le Magic Land propose un huis clos très bien maîtrisé avec des personnages haut en couleur. Au cours des deux heures, les comédiens ne lâchent rien et jouent allégrement avec les mots et le public. Une fois de plus, la mise en scène rend le spectacle à la fois dynamique et particulièrement original pour les néophytes.
Cette marque de fabrique, le Magic Land la cultive depuis longtemps, entrêmelant ses spectacles de burlesque, numéros de chant, de danse et autres effets spéciaux. Porté par un public conquis, les moindres maladresses sont d’ores et déjà pardonnées. Un fou rire mémorable des acteurs sur scène a plongé la salle, ce mercredi soir, dans une hilarité générale.
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Véritable réussite du Magic Land
Le Magic Land Théâtre termine sa saison théâtrale en beauté avec l’excellente pièce : « L’hôtel de la dernière chance ». Plongé en plein Paris en 1945, nous suivons les tribulations de plusieurs personnages pendant l’occupation. Et c’est au cœur d’un petit hotel-bistro que les protagonistes se retrouvent pour discuter de leurs tracas et de leurs espoirs.
Le Magic Land propose un huis clos très bien maîtrisé avec des personnages haut en couleur. Au cours des deux heures, les comédiens ne lâchent rien et jouent allégrement avec les mots et le public. Une fois de plus, la mise en scène rend le spectacle à la fois dynamique et particulièrement original pour les néophytes.
Cette marque de fabrique, le Magic Land la cultive depuis longtemps, entrêmelant ses spectacles de burlesque, numéros de chant, de danse et autres effets spéciaux. Porté par un public conquis, les moindres maladresses sont d’ores et déjà pardonnées. Un fou rire mémorable des acteurs sur scène a plongé la salle, ce mercredi soir, dans une hilarité générale.
Ce qu’on retient également parmi cette troupe d’excellents acteurs, c’est l’humilité que ces derniers dégagent et la relation qu’ils ont su créer avec leur public. La palette d’émotions que ces derniers proposent nous fait passer des rires à la surprise et de l’émotion à l’empathie en quelques instants.
Il reste encore des représentations jusqu’au 13 mai alors ne tardez plus et plongez en pleine Seconde Guerre Mondiale, dans les méandres de Paris parmi les « collaboches » et autres filles de joie perdues.
4 Mai 2017 - La Capitale
4 Mai 2017 - La Capitale
Rien encore sur ce spectacle
Version pleine page (seule version disponible monde Apple)
L’histoire du Magic Land Théâtre ressemble à celle des oiseaux migrateurs….
Créée en France en 1974, la compagnie a connu diverses errances avant de s’établir en Belgique en 1976. Si les comédiens du Magic Land Théâtre ont fait leurs premières armes dans le théâtre de marionnettes, ils ont aussi acquis, depuis, une longue expérience professionnelle en matière de théâtre de rue, de café-théâtre et de théâtre « intervention».
La presse les a souvent comparés aux Monty Python ou au grand Magic Circus. Il est vrai qu’au fil du temps, leur humour décapant, leur goût certain pour l’absurde en ont fait des proches parents de Tex Avery et de Groucho Marx. Virtuoses de l’improvisation, incluant le public dans presque tous leurs spectacles, les comédiens du Magic Land Théâtre se sont forgé un style bien éloigné des sentiers battus et du théâtre classique. Cet éclectisme, cette perpétuelle évolution n’ont jamais facilité leur intégration dans un paysage culturel qui semble encore avoir besoin de repères. C’est sans doute pour cela qu’aujourd’hui encore, le Magic Land reste un parent éloigné dans la grande famille du théâtre, mais peut-être aussi parce qu’il ne s’est jamais décidé à puiser dans le grand répertoire. En changeant perpétuellement de forme, il est toujours resté insaisissable et dérangeant. Fidèle à un parcours, il a toujours été une aventure humaine avant d’être une histoire de théâtre.
