Un fou noir au pays des blancs

de Pie Tshibanda

Mise en scène: Pie Tshibanda
Une production La Charge du Rhinocéros
1 représentation ▪ 10 septembre 2010
Reprise: 1 représentation ▪ 23 juillet 2011

Un Fou Noir au Pays des Blancs
ou comment survivre dans la jungle européenne

Réfugié congolais en Belgique, Pie Tshibanda a exercé précédemment le métier de psychologue. Son livre "Un Fou Noir au Pays des Blancs" s'est vendu à plus de dix mille exemplaires et en est à sa 1500ème représentation théâtrale. Dans cette pièce pleine d'humour, il retrace les sentiments qui habitent tous les réfugiés: l'angoisse du refoulement, les premières difficultés d'adaptation, la nostalgie du pays, de la famille où les enfants grandissent sans leur père et se demandent les raisons de cet abandon. Mais, surtout, l'écrivain congolais scrute d'un œil aigu la société qui l'accueille. Il décrit les cercles qui peu à peu s'agrandissent pour lui faire place, depuis ce jour où le fou venu d'Afrique, fou de solitude, assoiffé de contacts, prend l'initiative d'aller frapper aux portes de ses voisins belges pour se présenter à eux, les saluer comme les nouveaux venus le font dans son pays. Jusqu'au jour où le curé du village l'invite à venir parler de lui, donner les raisons de son exil, évoquer sa famille lointaine. Pie Tshibanda découvre alors que la solitude n'est pas inéluctable, que la bulle de ses voisins peut aussi cacher des trésors de gentillesse.

Humaines et nuancées, les paroles de Pie Tshibanda nous touchent au plus profond de nous-mêmes. Elles mettent en évidence avec un humour acerbe et une intelligence raffinée le regard que nous portons parfois sur ceux que nous ne connaissons pas.

Pie Tshibanda est né en 1951 dans la région du Katanga en République Démocratique du Congo. En 1995, une épuration éthnique éclate. Psychologue, écrivain, auteur d'une dizaine de livres, Pie Tshibanda estime alors devoir dénoncer les massacres dont il est le témoin.

Il devient rapidement un "témoin gênant" et n'a finalement d'autre choix que de quitter son pays. Dès son arrivée en Europe, on le tutoie, on le fouille, on met en doute ses diplômes... Il comprend à cet instant, qu'en franchissant la frontière Belge, il n'est plus l'intellectuel estimé qu'il était auparavant. Il est désormais "un étranger" qui va devoir trouver sa place et faire ses preuves.

Résumé complet

 


CREATEURS
AuteurPie Tshibanda 
AVEC
ConteurPie Tshibanda 
Une production La Charge du Rhinocéros

L'Afrique est parfois envahissante, mais la Belgique est recluse. Il faudrait un juste milieu! Je crois que là où il y a des gens, il y a de la vie. J'étais devenu anonyme au milieu des gens. Pourquoi? Le Belge devrait être un peu plus chaleureux. La solidarité existe en Europe, mais il faut lui rendre un visage. Alors, que dois-je faire: perdre mes valeurs et prendre les vôtres?! Autant d'aiguillons qui visent juste et savent chatouiller le rire... A leur contact, on pense à Socrate…

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Socrate est noir et vous le prouve

L'exil est souvent une loupe pertinente. Venus de loin, on voit plus nettement ce que les autres ne voient plus depuis longtemps. Et inversément : à distance de son pays, on le toise avec une acuité nouvelle. Pie Tshibanda, originaire de Kolwezi, au Congo, est un exemple troublant de ce double regard; il souffre de ne plus être de nulle part tout en étant le seul à pouvoir prétendre être de partout... Riche d'humour et de malice, Pie Tshibanda s'apprête à grimper sur la scène du théâtre Varia, pour nous conter «Un fou noir au pays des Blancs».

Là d'où je viens, je suis le deuxième auteur le plus connu. J'ai écrit dix livres au Congo. Je suis psychologue de formation et j'ai travaillé comme chasseur de têtes pour une entreprise. Du jour au lendemain, il a fallu partir.

Né au Katanga en 1951 mais considéré comme Kasaïen, Pie dut fuir son pays en 1995. Il laisse sa femme et leur six enfants pour rejoindre la Belgique. J'y avais déjà une certaine assise, explique le conteur. Au Congo, j'étais chargé de faire connaître la littérature belge. J'avais fait publier chez nous «La femme de Gilles», de Madeleine Bourdouxhe. Et la Belgique est un pays francophone: on va là où on pense pouvoir être accueilli.

Quand Pie Tshibanda, auteur respecté, débarque à Bruxelles-National, tout bascule. Je me suis retrouvé seul. Il séjourne d'abord dans une maison d'accueil, à Braine-le-Comte. Il obtient ses papiers et cherche un lieu où habiter. J'ai regardé dans le «Vlan»: les propriétaires, en voyant que j'étais noir, ont refusé de me louer leur bien. On m'a dit: Va à Liège ou à Bruxelles, tu trouveras. Mais je ne voulais pas aller dans des ghettos... Je me suis inscrit à l'Université de Louvain-la-Neuve, même si j'étais déjà diplômé, et j'ai trouvé une maison à Court-Saint-Etienne. En 1999, Pie obtient sa licence en sexologie et sciences des familles avec grande distinction. Ce ne sera pas son plus grand succès.

Sa joie majeure et sa douleur, il les contera dans «Un fou noir au pays des Blancs», un livre paru en 1999 aux éditions Gilson. L'histoire du désarroi face au pays perduet à la froideur du pays d'accueil.

Un jour, au téléphone , mon fils m'a demandé: Papa, comment peux-tu dire que tu es seul? N'y a-t-il personne dans le village où tu habites? La question m'a frappé. Evidemment, je n'étais pas seul: je connaissais la solitude dans la foule. Que lui répondre? Il y a des gens, mais ce sont des Blancs ou ils nous voient différemment? Ç'aurait été une belle leçon!

Pie décidera d'aller frapper aux portes et de se présenter, comme on fait dans son village. J'avais l'air d'un fou, dit-il. Le curé de Tangissart lui permettra de se dévoiler, pendant la messe. Effet boule de neige. Sa piquante douceur fait l'unanimité. Pie est invité à parler dans les foyers, dans les écoles, à l'université. En 1998, sa famille le rejoint et peut enfin entendre des gens lui dire: Merci de nous avoir rappelé que tu étais là.

L'Afrique est parfois envahissante, mais la Belgique est recluse. Il faudrait un juste milieu! Je crois que là où il y a des gens, il y a de la vie. J'étais devenu anonyme au milieu des gens. Pourquoi? Le Belge devrait être un peu plus chaleureux. La solidarité existe en Europe, mais il faut lui rendre un visage. Alors, que dois-je faire: perdre mes valeurs et prendre les vôtres?! Autant d'aiguillons qui visent juste et savent chatouiller le rire… A leur contact, on pense à Socrate…

Le Soir - 2/5/2000 - Laurent Ancion

Le Soir - 2/5/2000 - Laurent Ancion

Implantée depuis deux ans et demi dans les Marolles, la Maison internationale - Internationaal huis se faisait un plaisir d'accueillir, entre autres, des voisins du quartier. C'est que le succès de ce `Fou noir au pays des Blancs´ ne se dément pas, de ville en ville, de salle en salle! Découverte au Théâtre Varia, cette parole tourne depuis près de trois ans.

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Conte en couleurs

Avec Pie Tshibanda, de belles histoires à (re)découvrir et une question: pourquoi créer `des autres´? Hommage à la richesse des différences et à l'art d'exister

Ils étaient nombreux à avoir répondu à l'invitation de la Minth pour venir écouter Pie Tshibanda.

Implantée depuis deux ans et demi dans les Marolles, la Maison internationale - Internationaal huis se faisait un plaisir d'accueillir, entre autres, des voisins du quartier. C'est que le succès de ce `Fou noir au pays des Blancs´ ne se dément pas, de ville en ville, de salle en salle! Découverte au Théâtre Varia, cette parole tourne depuis près de trois ans.

Lorsqu'on le voit s'avancer ici, micro en main, discret, on l'imagine d'abord conférencier, puis très vite conteur capteur de sens, la flamme au fond des yeux, le débit rythmé et le soleil dans la voix, accapareur d'attention de bout en bout.

L'histoire qu'il vient nous raconter, c'est la sienne. Précédée et clôturée de petits récits, tel celui d'un Noir au Paradis, du bébé dans un arbre, de l'os à partager...

Et c'est avec la même simplicité, un humour intact et empli de générosité, qu'il racontera les causes qui l'ont amené à quitter sa terre natale, l'histoire de son pays jadis découpé comme un morceau de tarte attribué, les souvenirs qui l'habitent, la grisaille de l'exil, les larmes de la solitude... Mais surtout le respect retrouvé, la saveur de la rencontre, le cloisonnement vaincu, la glace brisée... On reçoit toute la chaleur de l'Afrique irradiant de son sourire.

Au terme du spectacle, la Minth a prévu un débat. Un jeune homme d'origine maghrébine en profite pour rapporter ceci: `Il y a deux jours, je me suis fait contrôler. Ils étaient deux, et l'un a dit à son collègue en regardant mes papiers: T'as vu? Ils sont tous belges maintenant! On a tous notre place sur la terre, nous lui appartenons. Ce n'est pas elle qui nous appartient...´

Disons que ce spectacle constitue une médication douce à prescrire contre l'intolérance et l'étroitesse. Effets secondaires possibles - mais vivement désirés: éruption d'une ouverture de l'esprit et d'une profonde envie de partager. Enfin: à conserver à portée des enfants.

La Libre Belgique - 7/2/2002- Sarah Colasse

La Libre Belgique - 7/2/2002- Sarah Colasse

Ayant fait de sa vie sa matière, Pie Tshibanda n'a pas grand-chose non plus du conteur traditionnel. Depuis huit ans, cet auteur congolais raconte sa vie et son exil en 1995. En Belgique où il vit, Un fou noir au pays des blancs a atteint les mille représentations. Avec la suite, Je ne suis pas sorcier, il poursuit son exploration «ethnologique» des Européens, le bon sens façon Pie Tshibanda porte juste.

Libération - 21/7/2007 - Frédérique Roussel

C’est souvent drôle, fort, très éclairant : on y apprend, comme c’est étonnant, que nous autres Occidentaux, question hospitalité, avons besoin de quelques cours
de perfectionnement. (Le Canard Enchaîné)

Le public, blanc et noir, rit de se voir si justement croqué en son miroir (Le Monde)

Pie arrive, mieux que quiconque, à initier, auprès de nous qui l'écoutons, une réflexion critique sur notre sens de l'hospitalité et de la tolérance (Ligue des droits de l'Homme)


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Pie Tshibanda, marié et père de six enfants, est originaire de Kolwezi, une ville située au sud du Congo, dans la région du Katanga. Ses ancêtres, originaires du Kasaï, avaient émigré au Katanga, après que l'on avait découvert l'existence, dans cette région, de richesses minières.

Les autorités congolaises avaient fait venir des travailleurs du centre du pays et même des pays voisins pour travailler dans les mines. Petit à petit, les familles immigrées du Kasaï prirent leur place au Katanga. On constata même qu'en un demi-siècle à peine, la descendance kasaïenne avait accédé aux professions les plus prestigieuses et les plus prisées du Katanga. C'est un jeu de haine et de jalousie qui suscite alors, en 1995, une épuration ethnique dont furent victimes les zaïrois originaires du Kasaï.

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On pourrait effectivement facilement détecter les grands événements de l'Histoire en observant les déplacements des populations qui demandent l'asile : ici des protestants français fuyant suite à la révocation de l'Edit de Nantes, là l'arrivée massive d'Irlandais en Amérique suite à la maladie de la pomme de terre, …

Les réfugiés ont effectivement existé à toutes les époques et constituent un phénomène universel.

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