Le Château du Karreveld
Notre lieu de spectacle molenbeekois
… sous les étoiles a une longue histoire
Historique de ce havre de verdure en plein Bruxelles de 1253 à aujourd’hui.
Si on raconte volontiers que le nom de Karreveld (en néerlandais Karel Veld ou «Champ de Charles») aurait été donné au domaine suite à une halte de l’empereur Charles Quint à cet endroit pour satisfaire un besoin urgent (ou, suivant les versions, pour y passer la nuit avant de rejoindre son palais du Coudenberg), ce récit « folklorique » ne résiste pas à l’analyse historique : des actes officiels mentionnent le nom de « Karreveld » bien avant la naissance du célèbre empereur.
Karreveld ou « Karreelvelt » peut aussi se traduire par « champ de terre à briques » et trouverait plus vraisemblablement son origine dans la présence de plusieurs briqueteries artisanales aux environs du domaine. Elles étaient encore en activité au début des années 1900.


En l’an 1253…
Si on raconte volontiers que le nom de Karreveld (en néerlandais Karel Veld ou «Champ de Charles») aurait été donné au domaine suite à une halte de l’empereur Charles Quint à cet endroit pour satisfaire un besoin urgent (ou, suivant les versions, pour y passer la nuit avant de rejoindre son palais du Coudenberg), ce récit « folklorique » ne résiste pas à l’analyse historique : des actes officiels mentionnent le nom de « Karreveld » bien avant la naissance du célèbre empereur.
Quatre siècles plus tard…
En 1656, après de multiples avatars et une succession de propriétaires différents, le château et son domaine deviennent la propriété d’un seigneur espagnol, Don Garcia Osario y Borgia.

Neuf ans avant la révolution française…
La famille de Villegas fait l’acquisition du Karreveld en 1780 et le conserve durant deux siècles et demi. D’origine espagnole, cette grande famille influente de la noblesse belge fut aussi propriétaire du superbe château de Rivieren situé sur la proche commune de Ganshoren (classé en 1983 comme seul et unique vestige d’origine médiévale et de style féodal en Région bruxelloise).
De 1900 à 1914
Dès avant la première guerre mondiale, le projet de prolonger les boulevards de ceinture vers Koekelberg menace le domaine de disparition. Complètement délaissé par ses propriétaires dans l’attente d’un avenir plus qu’incertain, il se transforme petit à petit en « parc d’attraction » avant la lettre. Servant de base d’envol pour les montgolfières, il accueille aussi un vélodrome en bois inauguré en mai 1908 (pour remplacer celui du Bois de la Cambre disparu la même année).

Quant au château, il héberge une « laiterie », taverne populaire et familiale de l’époque, et une « hostellerie ».


Quelques années plus tard (1912), le domaine du Karreveld devient même le lieu de naissance officiel du « Cinéma belge ». A la demande de Charles Pathé (Pathé Cinéma), le Belge Alfred Machin (ça ne s’invente pas…) y crée le premier studio de cinéma du pays, doublé d’un atelier pour la construction des décors et d’un mini jardin zoologique où l’on trouve des ours, des panthères, des chameaux et d’autres animaux exotiques… servant de « figurants » dans les films.
Les deux premiers longs métrages belges conservés à la cinémathèque y ont été tournés : La fille de Delft et le tristement prémonitoire Maudite soit la guerre.

Alfred Machin
1930…
Une fois le tracé d’extension des grands boulevards officialisé en 1930, la commune de Molenbeek-St-Jean rachète les 16 hectares du domaine à la famille de Villegas. A cette époque, les murs du château sont encore recouverts d’un enduit de chaux blanche qui cache la belle brique espagnole. Fraîchement élu en 1939, même s’il ne sait pas encore qu’il régnera sur sa commune durant près de 40 ans (Jusqu’à son décès en 1978), le bourgmestre socialiste Edmond Machtens a déjà de grandes ambitions.
Si une partie du domaine est sacrifié au profit des boulevards de ceinture et des nouvelles voieries annexes, il veut profiter des vastes terrains restants pour faire construire du logement résidentiel et attirer une population plus bourgeoise sur le territoire de la populaire commune de Molenbeek-St-Jean.
Trop longtemps laissé à l’abandon, le Château du Karreveld est dans un état lamentable et menace de s’effondrer… Conscient de l’atout qu’il peut représenter, il charge l’architecte communal, Pierre De Bruyne, d’étudier les premiers travaux de consolidation indispensables et sa possible rénovation complète afin de lui redonner tout son lustre dans l’écrin d’un parc qui serait le point d’orgue du nouveau quartier.
Les tourments de la deuxième guerre mondiale mettent ces beaux projets au frigo pour une bonne décennie.
Tergiversations et valses hésitations
Les travaux prioritaires de reconstruction de l’après-guerre se terminent au début des années 50. Il est grand temps de repenser au Karreveld mais des divergences de vue apparaissent au sein du collège des échevins et du conseil communal.
Côté cœur, le désir de conserver et de revaloriser ce patrimoine exceptionnel est toujours bien présent.
Côté raison, on se dit qu’une démolition au profit d’un projet immobilier de standing éviterait à la commune de s’engager dans l’aventure d’une lourde et longue rénovation aux implications financières hasardeuses.
Les deux camps s’opposent et la survie du Karreveld ne tient plus qu’à un fil.
La mise en route de la procédure de classement du château et du parc qui l’entoure par la Commission des Monuments et Sites change la donne et convainc définitivement la commune de débloquer les budgets nécessaires à sa restauration. La protection définitive du site est accordée le 10/11/1955.

De 1952 à 1958 – Mazette, ce ne fut pas une mince affaire…
Les bâtiments reposant, à même le sol, sur un terrain marécageux, de nouvelles fondations doivent être mise en place pour assurer leur stabilité.
En six ans de travaux, le château est ensuite partiellement rebâti selon le plan classique du manoir, à mi-chemin entre la ferme et le château seigneurial, et les anciennes douves sont reconverties en étang.
On s’attaque d’abord à la vaste grange, située à l’Est de la cour centrale, qui est entièrement démontée et reconstruite. Les beaux bâtiments situés côtés Ouest et Nord bénéficient ensuite du même traitement de fond tandis que le corps principal de la ferme-château ainsi que l’ancienne chapelle sont restaurés en profondeur.
Les aménagements intérieurs sont réalisés avec le même soin et le souci de respecter un éclectisme de styles reflétant les apports successifs de ses habitants au fil de son histoire.
Quant au parc qui entoure le château, il est réimplanté en fonction de ses particularités historiques: jardin « à la française » recréé à l’arrière du bâtiment bordé par une large frondaison arborée protégeant le parc de la circulation intense du tout proche boulevard Mettewie, sous-bois, haies, vaste pelouse plantée de nombreux arbres (dont certains se font assez rare à Bruxelles comme l’Araucaria et le Genévrier) et pas moins de huit espèces différentes de conifères présentes sur le site.
Au bout des deux chemins pavés qui traversent le parc et conduisent à la ferme-château, des bancs placés dans des alcôves invitent à un moment de rêverie romantique face à l’étang.
1958
Cette incontestable réussite aurait-elle été encore possible dans les années 1960 à 1980, dominées par l’appétit vorace des promoteurs immobiliers ? On la doit, notamment, à la clairvoyance et à l’obstination du bourgmestre Edmond Machtens.
Pour faire passer la pilule de ces dépenses publiques importantes auprès de ses concitoyens, il avait habilement surfé sur la vague d’enthousiasme générée par la future première grande exposition universelle de l’après-guerre.
Ce n’est pas par hasard si la restauration de ce fleuron du patrimoine bruxellois est fêtée en grande pompe par une inauguration au mois d’août de l’année 1958, coïncidant avec l’Expo 58 qui est alors en pleine effervescence et attire des visiteurs du monde entier.
Depuis cette date, les autorités molenbeekoises se félicitent de pouvoir disposer de ce lieu d’exception… au point de l’avoir adopté pour tenir le conseil communal. Entre mariages, manifestations culturelles de prestige, événements, animations et fêtes populaires, la Ferme-Château du Karreveld a retrouvé une seconde jeunesse au rythme de la vie bruxelloise d’aujourd’hui.
