Notre version sous les étoiles

«Après l'incarnation théâtrale très exubérante de Belmondo et surtout la prestation inoubliable de Depardieu au cinéma, quel comédien, Belge de surcroît, allait oser se risquer à mesurer sa verve et son talent, à des géants de la scène et de l'écran qui ont imprégné Cyrano de Bergerac, si récemment, de leur empreinte et de leur prestance. Philippe Résimont a relevé le défi soutenu en cela par ces aventuriers de Bulles Production Théâtre toujours en quête de ce théâtre «populaire» au sens où l'entendait Jean Vilar.» La Libre Belgique


Des Cyrano


En examinant la vie du «vrai Cyrano», on se rend compte immédiatement que la principale qualité de la pièce de Rostand n’est pas d’être historiquement conforme à la vérité : Cyrano n’est pas gascon, il n’a pas un nez démesuré, il n’est pas amoureux de sa cousine Madeleine Robin dite Roxane, il ne connaît pas particulièrement Christian, …

Alors, le Cyrano de Rostand, une imposture?
Rostand brode au départ de personnages réels: Cyrano, Madeleine Robin, Christophe (et pas Christian) de Neuvillette, De Guiche mais aussi Lebret, Ragueneau, Montfleury, Carbon de Castel-Jaloux, Lignières, Cuigny, Mère Marguerite de Jésus, …

Savinien de Cyrano

Rostand brode au départ de faits réels : dispute avec Montfleury, combat de la porte de Nesle, Ragueneau qui nourrit les poètes, Madeleine Robin qui fréquente les salons des Précieuses, le siège d’Arras, la mort de Christian-Christophe de Neuvillette à Arras, la mort de Cyrano suite à un coup sur la tête, …

Cet écart par rapport à la réalité historique a dérangé, très vite certains intellectuels. Le plus virulent fut Emile Magne, jeune historien, spécialiste de la période de Louis XIII – et donc celle de Cyrano. Il publia, dès 1898, un pamphlet : Les Erreurs de documentation de «Cyrano de Bergerac. Rostand s'efforçât tant bien que mal de prouver l'exactitude historique de sa pièce.

Rostand prétend que Cyrano avait joint à son nom celui de Bergerac, parce que son père possédait, dans la vallée de Chevreuse, un très modeste fief qui s'appelait ainsi. Il dit s'être documenté dans la biographie de Henri Le Bret.
D’ailleurs, Rostand n’est pas le seul à faire cette hypothèse, Théophile Gautier et le bibliophile Jacob feront de Cyrano un Gascon. Par contre et pour être honnête, il paraît peu probable que Rostand n'ait pas lu la thèse de doctorat de Pierre Brun datée de1893, dans laquelle Cyrano naît à Paris.

Cyrano (P. Résimont)
Christian (L. Renard)

Plus grave : les personnages de Roxane et de Christian sont aussi loin de la vérité. Madeleine Robin – qui s’appelle en réalité Madeleine Robineau – a vécu avec Neuvillette six années d'un parfait bonheur conjugal, ce qui nous change de dix secondes de baiser volé avant le départ pour Arras. Elle ait eu neuf années de plus que Cyrano qui n'en fut jamais amoureux. Enfin, en revenant du siège d'Arras, son mari Christophe (et non Christian) de Neuvillette, surpris dans une embuscade, était mort sans recevoir l'absolution d'un prêtre. Craignant pour l'âme de Christophe la damnation éternelle, elle voulut sacrifier à Dieu son propre salut pour celui de son mari.

La brillante précieuse, avide de succès mondains, vécut dans la mortification. Retirée au couvent elle s'employa à la conversion de son cousin, qui, lassé par la sollicitude des bigotes qui venaient à son chevet, alla mourir ailleurs. On peut relever également de nombreuses anachronismes : les Fourberies de Scapin de Molière ont été représentées quinze ans après la mort de Cyrano, l’altercation avec Montfleury et le combat de pont de Nesle sont postérieurs au siège d’Arras, …

Est-ce vraiment important? Disons que ce ne sont là que de bénignes entorses à la vérité. Emile Magne fait une critique plus grave: la pièce n'est rien d'autre que l'histoire d'une duperie. En effet, selon Magne, dans la pièce de Rostand, suite à la mystification de Cyrano, Roxane va épouser un simple d’esprit, Christian. Il est vrai que vu sous cet angle-là, Cyrano perd un peu de sa générosité désintéressée.
Rostand argumente très intelligemment et très concrètement cette fois : un simple d’esprit ne réagit pas en s’effaçant comme à Arras quand il apprend qu’en fait Roxane aime des qualités qui ne sont pas siennes mais celles d’un autre, de Cyrano. Il ne manque ni de finesse ni d'intelligence ni de grandeur d'âme.

Pour finir, Rostand concluait avec une remarque très simple et finalement la meilleure des justifications : «Soyez convain-cu, monsieur qu'il n'y a pas (dans Cyrano) un anachronisme que je ne connaisse parfaitement […]. Un poète ne met jamais rien au hasard et n'est inexact que lorsqu'il veut.»

Roxane (Marie-Hélène Remacle)

Il est clair que l'histoire est respectée, que Rostand n'a pas trahi le XVIIème siècle. L’auteur, qui possédait une solide culture classique, a réalisé un très sérieux travail de documentation sur le siècle et sur l’œuvre littéraire du vrai Cyrano.
Il s’est simplement autorisé à inventer l'intrigue amoureuse.

C’est là aussi qu’il faut puiser la réponse aux critiques qui ont dénié à Rostand la qualité de poète. Un exemple : André-Ferdinand Hérold: «Monsieur Rostand versifie aussi mal qu'il écrit. Parce que de nobles poètes ont libéré l'alexandrin des règles anciennes et démontré, par de belles œuvres, que son harmonie ne dépend pas de la place rigoureuse des césures, M. Rostand s'imagine que, pour faire des vers, il suffit de mettre une rime toutes les douze syllabes.»

Si les vers de mirliton de Rostand ne peuvent être considérés comme de la poésie, ni même de la littérature, que dire alors des poèmes de Béranger, de Prévert, des comédies de Feydeau, des drames bourgeois de Bernstein, de Bataille? Cette question en entraîne immédiatement d’autres: l'art de la scène relève-t-il de la littérature? Car quid du jeu des acteurs, de la scénographie, des lumières, du décor sonore, … ? Les arts de la scène sont sans doute autre chose que de la littérature. La preuve en est que chaque metteur en scène d'une même pièce nous en donne presque une version différente.

Les vers de Rostand, qu'ils soient ou non d'un poète, passent adorablement la rampe car ils ont l'apparence du naturel.
On ne pourrait faire le même éloge des alexandrins de Victor Hugo. Et ce que d’aucuns décrient tant comme leurs défauts sont les défauts des poètes de l'époque des précieux et de l'écrivain burlesque Cyrano du XVIIème.

C’est cette argumentation que reprend, contre l’œuvre de Rostand, la «jeune critique». Léon Daudet, par exemple, voyait dans Cyrano «le chef-d’œuvre de l'enfantillage et de la convention». Thierry Maulnier, écrivit, lors de la reprise de 1939: «Rostand n'a ni une place majeure, ni une place mineure, ni une grande place, ni une petite place, ni une place incontestée, ni une place contestée dans l'histoire des lettres françaises. Il n'y a aucune place. Son nom n'a pas à y être prononcé.»

Le Siège d'Arras Bruxellons! 2001

Il ironise sur la définition du baiser que donne Cyrano, sous le balcon de Roxane: «Un point rose qu'on met sur l'i du verbe aimer», et y découvre le comble du mauvais goût. C’est là que se trouve l’erreur littéraire car c’est bien méconnaître la Préciosité.

Rappelons-nous l’épisode du sonnet d'Oronte dans Le Misanthrope de Molière; on y trouve une idée gracieuse :
«Phylis on désespère
Alors qu'on espère toujours»

Alceste se ridiculise en lui préférant un sonnet infiniment banal : «J'aime mieux ma mie, au gué! J'aime mieux ma mie». Ce point rose qu'on met sur l'i du verbe aimer, serait ridicule dans une pièce contemporaine, mais est indispensable quand un sujet de Louis XIII s'adresse à une précieuse assidue des salons.

Laissons la conclusion – une conclusion « oui, mais» – à François Mauriac : «A vingt ans, sur la foi d'André Gide, et de Copeau, et de Claudel, je croyais que ce théâtre-là était méprisable. Il n'empêche qu'avec Jean de La Ville de Mirmont nous étions allés nous mêler à la foule des badauds pour assister à la sortie des spectateurs, le soir de la première de Chantecler. Rostand comptait pour nous plus que nous n'osions en convenir. Nous n'étions pas si intelligents qu'on l'est aujourd'hui. On ne pouvait être moins philosophe; nous nous servions du langage sans nous interroger à son propos. Nous avions encore cette idée naïve qu'à la scène ou dans un roman un auteur doit s'efforcer de plaire au public et d'être entendu de lui. Il nous a fallu beaucoup de temps pour revenir de notre erreur, et j'aurais eu honte d'être vu par nos cadets à Cyrano de Bergerac, un soir qui n'était pas un soir de gala et où j'étais sans excuse de me trouver, puisque je n'y pouvais être que pour mon plaisir et que ce plaisir avait été jusqu'aux larmes…»

Le premier Cyrano : Coquelin
Coquelin

Le rôle fut créé en 1897 par Constant Coquelin (1841-1909); l'auteur et son futur interprète s'étaient connus à la Renaissance lors de la lecture de la Princesse lointaine.

Sarah Bernhardt, qui jouait alors Alcmène d'Amphitryon avec Coquelin, dans Sosie, avait invité à cette lecture son pensionnaire qui demanda à Rostand de lui écrire une pièce; le poète songea aussitôt à Cyrano.

Rencontre si heureuse qu'elle justifia la dédicace célèbre de la pièce : "C'est à l'âme de Cyrano que je voulais dédier ce poème. Mais puisque qu'il a passé en vous, Coquelin, c'est à vous que je la dédie".

Outre son tempérament dynamique, sa fameuse voix claironnante, Coquelin apporta beaucoup de travail à sa composition; ainsi essaya-t-il plus de cinquante possibilités de ce nez légendaire qu'il légua en modèle à ses successeurs. Mais il faut souligner que, parce qu'il avait alors cinquante-six ans (soit une bonne vingtaine d'années de plus que Cyrano lorsqu'il mourut), Coquelin accentua la différence d'âge entre Cyrano, Roxane et Christian. Ainsi s'ajouta au personnage un trait qui n'est pas dans le texte : il devint un peu ce que l'époque classique appelait un "barbon" accentuant ainsi le drame sentimental entre Roxane et lui, justifiant sur un point l'heureuse rivalité de Christian, introduisant une nuance d'Arnolphe, que rien n'indiquait.

On suivit cette tradition et, à de rares exceptions près, le rôle fut ensuite distribué à des comédiens chevronnés (ce qui peut s'expliquer au surplus par ce qu'il exige de métier et même de maîtrise : il est un des plus lourds du répertoire). Mais Rostand avait donné au personnage une jeunesse de cœur qui était la sienne propre : le poète avait vingt-neuf ans. Sauf pour les tournées (qui furent nombreuses dès la révélation triomphale de la pièce), Coquelin garda le rôle sans partage jusqu'à sa mort (1909). Créations et reprises, il le joua neuf cent cinquante fois.

Les Cyrano du Xxème siècle
Puis la pièce fut complètement remontée pour un nouveau départ et une nouvelle carrière le 15 mars 1913. Rostand, lui-même, avait choisi Charles Le Bargy (1858-1936) pour reprendre le rôle. A l'apogée de sa réputation, cet acteur venait de quitter la Comédie-Française et s'était rué en essayant ce rôle dans diverses tournées de province. Le succès fut encore considérable et Le Bargy eut donc l'honneur de la millième représentation, le 3 mai 1913.

Pour cette soirée, Rostand avait intercalé dans la présentation des cadets un sonnet d'hommage à Coquelin qui s'achevait ainsi : «Elargissez, vous tous, le grand salut qu'adresse au premier Cyrano le second Cyrano.»

Roxane (M-H Remacle)
Cyrano (Philppe Résimont)

L' interprétation conservait la même ligne du personnage, mais avec la diffé-rence de tempé-rament des deux acteurs : le Bargy moins truculent, plus racé. Il disait, d'ailleurs : «Coquelin est un acteur comique qui possédait des dons dramatiques. Je suis un acteur dramatique qui jouerait avec des côtés comiques.»

Valvert (Nicolas Dubois)

Parmi les titulaires suivants du rôle, aux nombreuses reprises, on trouve Jean Daragon (jan-vier 1917), romantique et sincère; Pierre Magnier (jan-vier 1919, peu après la mort de Rostand) qui en fut le titulaire pour les reprises de plusieurs années, avec pres-tance et distinction; Jacques Grétillat (décembre 1923), puissant et véhément.

En décembre 1925, Victor Francen montra un person-nage fort différent du Cadet de Gascogne haut en couleur: sortant le rôle d'une sorte de routine où l'avaient installé et maintenu des interprètes consciencieux mais sans le génie de Coquelin ou la race de Le Bargy, il fit un Cyrano neuf, moins truculent, mais ayant plus de style, avec une réelle ardeur lyrique, gouai-lleur plus par volonté sarcas-tique et vengeresse que par tempérament; avec lui un peu d' Alceste entra dans le cœur de don Quichotte cadet de Gascogne.

L'autre apport important vint de Pierre Fresnay qui, en 1928, prit le rôle au Théâtre Sarah-Bernhardt. Pour la première fois, Cyrano était jeune (Fresnay avait alors trente ans; il avait quitté la Comédie Française depuis quelques mois) ; il avait un âge en accord avec celui de Roxane.
Le côté "appel du pied", l'aspect picaresque du rôle, ne convenaient peut-être pas exactement à son art subtil, mesuré, discret.

Mais sa jeune maîtrise l'installa très à l'aise; à partir du IIIème acte, son lyrisme contenu, sa sensibilité, firent merveille: Cyrano devenait cette fois un frère des héros de Musset; et le dernier acte fut enrichi d'accents douloureux tels qu'Antoine trouva qu'à ce moment Fresnay avait dépassé Coquelin ou Le Bargy. Il renonça au grotesque nez coquelinesque pour s'inspirer des portraits de Cyrano (une "oblongue capsule" dit d'ailleurs le texte).

Il faut encore citer parmi les interprètes du rôle: Romuald Joubé, plus gascon, très ferrailleur; Signoret, minutieux, maître du maquillage, mais moins à l'aise dans la prose et les costumes des pièces modernes : Maxime Lery, bien disant; Charpin, d'origine marseillaise, et donc, par sa nature, très méridional; Philippe Damorès, solide et traditionnel; Saint Martin ainsi que Jean Dulac dans les mêmes tournées.

Ragueneau (M. Hinderickx)

En janvier 1939, Cyrano, entra enfin au répertoire de la Comédie Française. Il eut d'abord pour titulaire, André Brunot, le nouveau doyen, qui le jouait en tournées et dans des galas de province depuis 1924. Sa maîtrise technique, son art de dire les vers y firent merveille. Il intériorisa son personnage, et ainsi l'humanisa, le dépouilla de sa grandiloquence et l'embourgeoisa un peu. Cela ne l'empêcha pas de remporter un vif succès ainsi que Marie Bell dans le rôle de Roxane.

Puis on y entendit Pierre Dux (qui avait réalisé la mise en scène) Jean Martinelli (qui en 1939 avait été Christian), Denis d'Inès qui, sans avoir l'ampleur et la truculence du personnage, le burina dans le masque et le fignola dans la diction. Quand la Comédie Française laissa la pièce partir de son répertoire, elle reparut au Théâtre Sarah-Bernhardt dans une mise en scène très originale et d'ailleurs discutée en même temps qu'admirée de Raymond Rouleau (25 janvier 1956). Ce fut Pierre Dux qui incarna alors Cyrano. Cyrano est vraiment, avec sa renommée théâtrale légendaire jamais démentie, le type du personnage, transposé librement de l'histoire par le poète et à quoi chaque grande interprétation apporta une couleur nouvelle.

Jean Vilar et son TNP rêvaient de monter Cyrano, mais les droits étaient trop chers, et il durent renoncer à l’entreprise. On rêvera longtemps à ce qu’aurait pu donner Gérard Philippe affublé du nez de Cyrano sous les étoiles d’Avignon.

Jean Piat




On retrouve Cyrano à la Comédie Française en 1964, montée par Jacques Charron avec Jean Piat dans le rôle titre. Succès considérable, à nouveau. La pièce y sera jouée tous les ans jusqu’en 1972, avec des représentations de gala en 1976!

Cyrano (Jacques Weber)

On constate alors une petite pause … jusqu’en 1983, date d’entrée de l’œuvre de Rostand dans le domaine Public.

On note la magnifique mise en scène de Jérôme Savary au théâtre Mogador, avec Jacques Weber, qui composa un Cyrano exceptionnel de sensibilité, en permanence à fleur de peau.

Dans le programme de cette représentation, Jacques Crépineau estimait alors à 14.000 le nombre de repré-sentations de Cyrano.

La même année la pièce est donnée au Nouveau Théâtre de Besançon, par Denis Llorca, et au Grenier de Toulouse par Maurice Sarrazin, avec Denis Manuel.


En 1985, Jean-Claude Drouot joue et met en scène Cyrano à Reims. Son spectacle d’«adieu» avant de devenir le directeur du Théâtre National de Belgique.

Cyrano (Jean-Claude Drouot)
Roxane (Sophie Barjac)


En 1990, deux énormes stars du Cyrano vont interpréter Cyrano: Jean-Paul Belmondo au Théâtre Marigny dans une mise en scène de Robert Hossein et Gérard Depardieu dans le film de Jean-Paul Rappeneau.

1997 est l’année du centième anniversaire. Paris va accueillir pas moins de trois Cyrano de Bergerac en même temps. Si ce n’est pas cela le vrai succès!

Le premier des théâtres à afficher Cyrano est le théâtre du Ranelagh, tout en bois, tout intime, tout poétique, qui se prête à merveille à un Cyrano traditionnel bien qu'épuré de toutes les fioritures.

Henri Laarini, le metteur en scène, a voulu «débarrasser le texte de ses ornements, de ses chamarrures (et) supprimer la plupart des personnages secondaires (afin) de braquer les projecteurs sur les quatre héros principaux: Cyrano, Roxane, Christian et de Guiche. Le résultat de cette recherche est merveilleux et correspond à une «vision contemporaine des choses de l'amour». L'acteur choisi par Lazarini est plus célèbre dans le registre comique que tragique : Patrick Préjean campe un merveilleux mais très modeste Cyrano, romantique, profondément humain, pathétique. La troupe est très jeune. Le décor tient en une rampe de lampes d'époque, éclairant un immense album ancien dont les pages sont tournées au fur et à mesure du déroulement de l'action, situant tour à tour l'Hôtel de Bourgogne, la Carte du Tendre, les scènes de bataille et le couvent. Cette trouvaille apporte la dimension épique à la pièce et lui confère son atmosphère intimiste.

Le deuxième en date des Cyrano parisiens d’anniversaire est joué au Théatre Dejazet par Pierre Santini qui livre un Cyrano très original puisque la mise en scène s'appuie sur la tradition de la comedia dell'arte où le verbe est haut et un peu forcé et où l'imaginaire du spectateur est mis à contribution…. La lune est omniprésente dans la nuit sombre… Peu de décors, ceux-ci descendent du ciel… un bac, une table, un balcon, la lune… tout est suggéré de la grouillante et vivante boutique de Ragueneau à la calme retraite de Roxane.

Et enfin, pour cet anniversaire, c’est Francis Huster qui chausse le fameux nez. Jérôme Savary, metteur en scène ne dédaignant pas de revenir sur ses brisées, l'aborde pour la troisième fois en quinze ans. Le premier essai qui fut un coup de maître, d'un Jacques Weber puissant et inspiré. Les Allemands, quant à eux, ont vu la deuxième version, plus dépouillée, en 1993, dans les ruines d'une église bombardée. Et en fin Huster qui avoue courir après Cyrano pour ne pas manquer Bergerac. «Jouer Cyrano en 1997, c'est jouer ''contre". Contre tous ceux d'avant. Et pour Bergerac. Reste à savoir si ce n'est pas Cyrano seul qui peut mener à Bergerac? Qu'il s'agisse du rôle de Rostand ou du vrai Cyrano.» Francis Huster, est un Cyrano plutôt cassé, mi-Gainsbourg, mi Dustin Hoffman. Ce qu'Huster nomme «un Cyrano audacieux, certes, mais qui se départ enfin de la confiance en lui légendaire et de la flamboyante bonne santé qu'on lui prête depuis un siècle».

Parmi les très nombreux interprètes des traductions étrangères, on citera Diaz de Mendoz en Espagne, Alfredo de Sanctis en Italie, Lettinger en Allemagne et Robert Lorain en Angleterre. Allemane, Espagne, Italie, Angleterre; Pologne, dans toute l'Europe, Cyrano a enthousiasmé son public. Le 14 mars 1931, la comédie de Rostand fut même joué à Tokyo, au Théâtre impérial, en japonais.

Le personnage a été dansé par Roland Petit dans sa version chorégraphique, ballet réglé sur une partition de Marius Constant (Alhambra, puis Théâtre des Champs-Elysées, 1959). Deux comédies musicales ont été créées à Broadway, avant d’entamer des tournées mondiales. A l'écran, le rôle de Cyrano fut interprété par Claude Dauphin dans le film de Fernand Rivers (1946), puis par José Ferrer dans une adaptation américaine réalisée par Michael Gordon (1951), par Gérard Depardieu dans une réalisation de J. P Rappeneau (1990). Sans oublier la magnifique version filmée pour la télévision de Claude Barma en 1960, avec un génial Daniel Sorano dans le rôle titre.

Cyrano à Villers-la-Ville
Production Del Diffusion
Gérald Marti (Cyrano)

Et chez nous? La pièce a été beaucoup jouée ces dernières années. Toujours avec un grand succès.

Claude Volter a endossé le costume du gascon a trois reprises : en 1975 au Centre Culturel d’Uccle, en 1986 au Passage 44 et enfin, dans une version adaptée («Cyra-no m’était conté») en 2000.

En 1990, Villers-la-Ville a accueilli la mise en scène de Daniel Scahaise avec Gérald Marti dans le rôle titre.

Enfin, nombreux sont ceux qui gardent en mémoire la très intelligente et très originale version de Bernard de Coster au Théâtre National en 1981 (suivie de deux reprises et de nombreuses tournées). Jean-Claude Frison fut ce Cyrano éclairé, jouant un gascon aux mille facettes dans une scénographie très poétique.

Les Cyrano du XXIème siècle

Tout reste à faire! Gageons que la pièce restera un succès jamais démenti.

En Belgique, le premier Cyrano … cela aura été Philippe Résimont au Château du Karreveld. Nous avons tout fait pour que cela reste un mémorable souvenir.

Et, sans fausse modestie, nous croyons y être parvenus.
Sophie Creuz n'a-t-elle pas parlé du…

…"Le plus beau Cyrano
qu'il ait été donné de voir"


Depuis le nôtre, quatre Cyrano ont déjà suivi à Bruxelles… Au Théâtre Royal du Parc avec le retour de Jean-Claude Frison et au Théâtre Royal des Galeries avec Pascal Racan (spectacle choisi pour fêter les 50 ans de la Cie de Galeries). Et durant la saison 2011-2012, le Théâtre des Martyrs et le Théâtre Le Public présentent chacun leur version.

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