Studios de cinéma

Au rôle capital des ‘Lumière’ dans l’invention du cinéma correspond l’impulsion décisive que Charles Pathé donna à son industrialisation. L’Empire Pathé va ainsi dominer internationalement tout le cinéma précédant la Première Guerre mondiale.

Ne se contentant pas de ses usines de Vincennes et Joinville, la société Pathé Frères entreprend de créer à travers le monde une série de 14 succursales qui fourniront l’instrument de son leadership.

A côté de Berlin, Londres, Milan ou New York, Bruxelles accueille ainsi, en février 1908, une filiale importante, la Belge-Cinéma, qui se voit confier le monopole belge des appareils et produits Pathé. Avec beaucoup d’habilité commerciale, la Belge-Cinéma développe un vaste réseau d’exploitation, contrôlant directement ou indirectement une grande majorité des salles qui ouvrent dans notre pays.

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Le plus beau fleuron en est sans conteste le Pathé Palace, construit en 1913 sur des plans de l’architecte Paul Hamesse, au boulevard du Nord (aujourd’hui boulevard Anspach, n° 85), combinant brasserie-concert et cinéma avec une salle de 2.500 places et une façade Belle Époque, heureusement bien conservée, couronnée par le fier emblème du coq Pathé (pas wallon), dressé sur une luxuriante corbeille de fruits.

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Mais Pathé vise davantage. Contrairement à son rival Gaumont qui se limite à une politique de diffusion de ses produits, Pathé met en œuvre une stratégie de décentralisation amenant à la création en 1912 d’une véritable unité de production bruxelloise. Du coup, la Belge-Cinéma est relayée par la Belge-Cinéma Film, laquelle installe le premier studio du pays au Karreveld.

Pathé en confie la direction artistique au Français Alfred Machin, un des opérateurs expérimentés du Pathé-Journal, dont l’œuvre va vite s’identifier à la production de la B.C.E.

Celle-ci tient dans une période brève (1912-1914) mais féconde, donnant lieu à 22 films, un corpus qui correspond à un champ très diversifié de préoccupations mais au sein duquel A. Machin, par le choix de thèmes comme d’interprètes locaux, se révèle remarquablement apte à exploiter des références faisant partie intégrante de la culture belge, se situant ainsi parfaitement dans la ligne voulue par son employeur.

Le fonctionnement de la Belge-Cinéma/Film aura de toute évidence constitué un laboratoire exemplaire de la stratégie internationale de Pathé.

Il en revint, en 1912, pour la Belge Cinéma Film et racheta le « théâtre de verdure », situé à côté du vélodrome du Karreveld, des hangars aux toits de verre qui s’étendaient sur une prairie allant de la chaussée de Gand au vélodrome. Il y fait construire un studio vitré, des ateliers, des loges et une ménagerie qui abrite notamment des ours, des chameaux et deux panthères.

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L’une de celles-ci sera l’héroïne de Saïda enlève Manneken-Pis (1913).

Ce hangar devint le studio Karreveld, le premier studio belge. Le bureau de la direction, les loges des artistes, la chambre noire, la cage de la panthère, l’atelier des décors étaient accolés au vélodrome sous les virages relevés de la piste. En 1912, Machin charge Jacquemin de faire divers travaux: vitrer totalement le studio, ainsi que des bureaux, des loges, une habitation pour le concierge, un laboratoire, des ateliers, des remises pour décors sont construits en brique. Jusqu’en 1914, Machin tourna une vingtaine de films qui connurent une diffusion internationale grâce aux accords conclus avec Pathé.

En août 1914, les troupes allemandes envahirent la Belgique. La production cinématographique belge fut alors interrompue et le studio du Karreveld ferma ses portes.

Parmi les réalisations de la Belge Cinéma Film qui ont pu être retrouvées et sauvées, on trouve « La fille de Delft » et « Maudite soit la guerre », 2 oeuvres majeures, films qui ont été remis à la cinémathèque belge qui les a fait reconstituer car les pellicules se trouvaient, à ce moment-là, en morceaux détachés!

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