Note de l'auteur … Stéphanie Blanchoud

D'abord il y a eu l'envie de parler de la boxe. Il y a eu l’envie de parler de cette discipline que je pratique depuis quelques années. Comment ? Par quel angle l'aborder ?

Que raconter ?

Il y a eu ensuite des heures d'atelier commun avec Daphné, des heures à laisser nos imaginaires voguer au travers des envies, des discussions, des témoignages et des films visionnés. Il y a eu des tentatives et des essais plateau, des bribes de récit qui peu à peu au fil des mois sont apparues.

J'ai décidé de partir de mon histoire et de m'en éloigner pas à pas sans tout à fait la perdre mais pour la rendre plus universelle : une jeune femme décide un jour d'ouvrir la porte d'une petite salle de boxe située à l'arrière d'un petit immeuble, dans une cour, en plein coeur de Bruxelles. Elle décide d'y entrer, de regarder. Elle décide de revenir. Elle décide d'apprendre, guidée par une envie, plutôt par un besoin un peu inexplicable. Elle décide d'apprendre à boxer, d'apprendre à ne pas baisser les yeux, d'apprendre à recevoir des coups, d'apprendre à les rendre, d’apprendre à esquiver, d'apprendre à passer au-dessus de la douleur. Elle décide qu'à partir là, rien ne sera plus tout à fait pareil.

Le point de départ : Une séparation. C'est le choc. Frontal. Il n'y a pas d’autre choix que de « rentrer » en boxe. Nettoyer. Oublier. Oublier cet «autre» avec lequel elle faisait deux et qui prendra la place de « l'absent». Nettoyer la trace de sa peau, la trace de son corps, la trace de ses mains, renaître à travers l'épuisement au fil du temps qui passe, au fil de la rigueur et de la difficulté engendrée par ce sport, retrouver peu un rythme de croisière, se « ressentir » en vie.

Choisir l'endroit de l'effort physique comme métaphore à la séparation, choisir de raconter sur scène à la fois un partage de meubles ou un état des lieux en même temps qu'un entraînement de boxe dans ce qu'il a de plus contraignant, choisir de mettre en parallèle ces deux lignes narratives est soudain apparue comme une évidence.

On assistera d'abord au début de la pièce au « choc » du corps, à la rupture d'un couple et peu à peu on assistera à l'épuisement de ce même corps, aux exercices physiques, aux «rounds» progressant, au corps s'essoufflant, à la douleur se transformant. Il s'agira de « rester » debout dans tous les sens du terme, il s'agira de tendre vers « la beauté du geste ».

Il est très important pour le lecteur de tenir compte de tous les impératifs physiques qui auront lieu au cours de la parole de la protagoniste. Cela aura en effet une incidence immédiate sur le rythme verbal. Les séquences sont construites comme des « rounds », avec des accélérations, des ruptures. Le texte est musical au même titre que la boxe c'est de la danse. Car « boxer » c'est « danser ». C'est ce que son coach lui rappelle chaque fois et c'est ce vers quoi elle tend.

À la fin du récit, la jeune femme sera capable en effet de faire ce qu'on appelle un « shadow boxing » sans le moindre mot - car tout aura été dit - et sans la moindre difficulté, car elle aura appris à travailler ses coups, à « toucher » de manière juste, à ne pas précipiter ses pas. La boxe deviendra légère. L'absence aussi.

«Je suis un poids plume» c'est un spectacle sur le corps. C'est un spectacle sur les mots en trop, ceux qu'on dit parce qu'on aimerait dire autre chose, ceux qu'on évacue peu à peu en transpirant et ceux qu'on dit parce ce qu'on ne sait pas quoi dire.

« Je suis un poids plume » c’est un spectacle sur la vie. Parce que la boxe de manière tout à fait personnelle a sans aucun doute changé la mienne. Parce que se retrouver sur un ring à devoir esquiver, progresser, respecter, rendre des coups et se relever toujours est la preuve évidente que la vie est en nous.

« Je suis un poids plume », c'est enfin ma façon de rendre hommage à la boxe, dans ce qu'elle a de plus intime, de plus profond et de plus élégant.

STEPHANIE BLANCHOUD