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My Fair Lady

Les sources prestigieuses de ce 'musical': «Pygmalion», le film

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Pygmalion, le film (1938)

Pygmalion est un film britannique de 1938 avec en tête d'affiche Leslie Howard et Wendy Hiller. Le film a été un succès financier et critique et a remporté un Oscar du meilleur scénario (George Bernard Shaw, Cecil Lewis, Ian Dalrymple et W.P. Lipscomb) et trois autres nominations: pour le meilleur film, le meilleur acteur (Howard) et la meilleure actrice (Hiller). La réaction de Shaw n'a pas été tendre, et avouons-le, un peu prétentieuse envers les Américains: "C'est une insulte que de me proposer une distinction honorifique, comme si ils n'avaient jamais entendu parler de moi auparavant - et il est très probable que c'est le cas. Ils pourraient aussi envoyer une récompense à George pour être roi de Angleterre."

Le producteur hongrois Gabriel Pascal souhaitait créer un ensemble de films basés sur les œuvres de Shaw, en commençant par Pygmalion, et est allé voir Shaw en personne pour obtenir l'autorisation de le faire. Comme nous l'avons vu, Shaw hésitait à autoriser une adaptation cinématographique de Pygmalion en raison de la qualité médiocre des précédentes adaptations cinématographiques de ses œuvres, mais Pascal réussit à le convaincre (à la condition que Shaw conserve une supervision personnelle constante de l'adaptation) et poursuivit plus tard, adaptant Major Barbara, César et Cléopâtre et Androclès et le lion.

Mais intéressons-nous à ce qui a fait que Shaw a fait confiance à cet homme si différent de lui...

Un producteur: Gabriel Pascal

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Gabriel Pascal est né à Arad (alors en Autriche-Hongrie, actuellement en Roumanie) le 4 juin 1894 et est décédé à New York le 6 juillet 1954, 2 ans avant la création du musical My Fair Lady... Nous y reviendrons.

Mais intéressons-nous à ce qui a fait que Shaw fasse confiance à cet homme si différent de lui... Pour comprendre le gaillard – ce qui est fondamental – nous nous sommes plongés dans le livre The Disciple and His Devil.

Jeune homme, Gabriel Pascal a trouvé un travail de gardien de chevaux en Hongrie. Dans cette fonction, il conduisait chaque jour les chevaux à travers la forêt jusqu'à un ruisseau. Petite particularité: il avait pris l’habitude de monter nu dans la campagne hongroise. Et c'est ainsi qu'un jour, il s'est accidentellement retrouvé nu dans le décor extérieur d'un film muet en production et a été "découvert". Le réalisateur du film lui a demandé de rejouer la scène pour les caméras et il a été engagé comme acteur dans le film. Il ne faudra que peu de temps avant qu'il ne tourne ses propres films. C'est ce qui s'appelle un signe du destin, non?

Gabriel Pascal tourne deux films muets allemands en 1922. Il a enchaîné avec des films en Italie, en France. Mais sa carrière ne décolle pas vraiment. C'est là qu'arrive un second signe du destin... au milieu des années '20, à Antibes.

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Durant l’été de 1925, Gabriel Pascal était au Cap d’Antibes sur le Riviera française. Il s’est levé un matin à l’aube pour se baigner nu dans la mer. Alors qu’il barbottait dans les eaux claires de la Méditerranée, il a rencontré un autre nageur nu, à la grande barbe blanche, George Bernard Shaw. Après s’être présentés l’un à l’autre dans cette situation peu courante, Pascal a dit à Shaw qu’il était réalisateur de cinéma et, très intelligemment, a montré à Shaw combien il connaissait et appréciait son œuvre. Il lui a aussi avoué son rêve de les adapter à l’écran. Mais rappelons que nous somme encore à l’époque du muet, ce qui n’encourageait pas cette enthousiaste des mots qu’était Shaw à donner son accord… A la fin de la baignade, Shaw a dit à Gabriel Pascal que si ce dernier un jour était dans de grave difficultés financières – ce que Shaw estimait fortement probable - il pouvait venir frapper à sa porte. Comme beaucoup d’histoires de Pascal, on ne sait pas si elle est totalement vraie, mais Shaw ne l’a jamais démentie. Quoi qu'il en soit les deux hommes n'allaient plus se voir pendant près de dix ans...

En 1931 et 1932, Gabriel Pascal produit deux films allemands.En 1934, lors d'un voyage à Hollywood, la princesse Norina Matchabelli contacte Pascal au sujet d'un projet de film basé sur les enseignements de Meher Baba, un maître spirituel indien. Pascal s’intéressa beaucoup à ce projet et partit pour l'Inde. Mais dès son arrivée, le projet lui fut présenté comme nettement moins urgent. Meher Baba a préféré inviter Pascal à voyager avec lui en Inde, pour découvrir la réalité des choses. La plupart des hommes ordinaires auraient été découragés, mais Pascal s'est lancé énergiquement dans la vie austère d'un ascète oriental, allant même jusqu'à se vêtir de son costume occidental. Il a pris découvert Meher Baba et entretiendra une correspondance avec lui pour le reste de sa vie. La chose était réciproque car Meher Baba a surnommé Pascal son "Phoenix". Mais Pascal est ruiné. Son désir de cinéma revient...

Sans le sou, mais plein de courage, il embarque comme passager clandestin dans un bateau d'Inde vers l’Amérique. Il débarque à San Francisco où il passe du temps à décider que faire. Puis il s’est rappelé une la promesse que Shaw lui avait fait dans les eaux d'Antibes, près de dix ans auparavant: «Si un jour, tu es sans le sou, viens.»

Il décide d’aller chez Shaw, qui habite à Ayot St Lawrence à une heure de route au nord de Londres. Pascal fait San Francisco New York, en train, caché dans les toilettes, puis persuade un capitaine de marine de l’emmener gratuitement en Angleterre. Pascal prend alors un taxi pour le minuscule village de Ayot St. Lawrence. Quand la voiture s’arrête devant la maison de Shaw, Gabriel demande au chauffeur de l’attendre le temps qu’il sonne à la porte. Le grand écrivain ouvre sa porte et se retrouve face à Gabriel Pascal, au charme intact, qui lui annonce, sans gêne aucune, la raison de sa visite.

« Vous êtes donc riche à présent? » s’exclama Bernard Shaw.

« Plus un centime, Sir! Au fait, pourriez-vous régler ma course au taxi qui est en train de poireauter devant votre maison ? »

Shaw était séduit par Gabriel, autant par son talent que son naturel: un bol d’air pur comparé à de nombreux producteurs qui l’approchaient en gonflant leurs carrières et leurs situations financières dans l’espoir de lui en mettre plein la vue. A la fin de l’après-midi, Gabriel Pascal détenait les droits d’adaptation de presque toutes les pièces de Shaw, y compris Pygmalion.

Shaw et Pascal travaillent ensemble...

Comme nous l'avons dit, la seule condition que Shaw a posée pour que son oeuvre puisse être adaptée au cinéma par Gabriel Pascal, est qu'il conserve une supervision personnelle constante de l'adaptation; Cela va être - presque - respecté. Quoi qu'il en soit, Shaw a l'enthousiasme d'une enfant en replongeant, près de 25 ans plus tard, dans l'une de ses oeuvres majeures. Ensemble, ils vont changer beaucoup de choses. Shaw écrit des scènes en plus, fait des adaptations. Quelques exemples:

Les cours d'élocution d'Eliza

Dans la pièce de Shaw, a aucun moment, on n'assiste aux cours d'élocution que Higgins donne à Eliza. Cela apparait dans le film de 1938. Et donc les célèbres paroles «The Rain in Spain» ne proviennent pas du Pygmalion de Shaw, mais bien du film de Gabriel Pascal. Et même, selon The Disciple and His Devil, c'est bien Gabriel Pascal qui a proposé les fameux exercices phonétiques «The rain in Spain stays mainly in the plain» et «In Hertford, Hereford, and Hampshire, hurricanes hardly ever happen» dans le scénario du film, avant de les retrouver dans My Fair Lady.

Le test final d'Eliza: le bal

Dans la pièce originale de Shaw, le test d'Eliza, une réception en plein air chez l’ambassadeur, n’apparaît pas sur scène et est racontée au début de l’acte IV. Dans le film par contre, Shaw et ses co-scénaristes ont choisi de transformer cet examen en un bal chez l’ambassadeur et cette scène apparaît vraiment dans le film. On voit réellement le personnage Nepomuck, le maître chanteur dont il est fait mention dans la pièce, mais son nom a été changé pour Aristid Karpathy (ainsi nommé par Pascal, qui était d'origine hongroise comme il a également veillé à ce que Karpathy confonde Eliza avec une princesse hongroise). Dans My Fair Lady, il deviendra Zoltan Karpathy.

Le retour d'Eliza à Covent Garden

Une autre scène apparait dans le film et elle fondamentale en ce sens qu'elle donne une lecture définitive à la transformation d'Eliza. Dans le film - et donc dans My Fair Lady - l'Eliza devenue lady décide de retourner à Covent Garden pour rencontrer ses anciens compagnons de mendicité, là où elle vendait des fleurs six mois auparavant. A sa plus grande surprise, personne ne la reconnait. Elle est vraiment devenue une lady: elle peut briller au bal de l'ambassadeur dans la haute société mais elle découvre qu'elle est désormais considérée de la même manière auprès du monde du peuple dont elle est issue. Grâce à cette scène éclate dans la plus grande simplicité une question essentielle : "Qui suis-je vraiment aujourd'hui?" Et son corrolaire: "Que serai-je demain?"

Shaw a participé à toutes ces adaptations. Et les a largement approuvées. Il en a même intégré certaines dans une nouelle version de sa pièce en 1941. Mais, il va y avoir un gag…

La fin de la pièce... Encore et toujours!

Nous savons à quel point Shaw est attaché à la manière dont sa pièce se termine comme le démontre le "Sequel" qu'il a publié en 1916 et dont nous avons largement paarlé ci-avant (plus d'info). Dans son esprit, Eliza se mariera avec Freddy... Et certainement pas avec Higgins. Et c'est là que Gabriel Pascal va être rusé ... ou fourbe suivant la manière dont on analyse la chose.

En fait, Gabriel Pascal a fait tourner une fin ouvertement romantique, avec plusieurs rebondissements. Eliza part avec Freddy. Les choses paraissent claires. Higgins part lui de son côté vers son bureau, où il décide d'écouter les vieux enregistrements de la voix d'Eliza. Et là ... Eliza entre dans son bureau. Les choses sont claires même si les choses restent officiellement très ouvertes. Mais pas un spectateur du film ne peut douter du fait qu'il va se passer quelque chose entre eux. Et c'est aussi ici qu'apparait la fameuse réplique finale énigmatique, qui sera aussi celle de My Fair Lady: "Où sont mes pantoufles, Eliza?"

Pourquoi avons-nous parlé de fourberie. Parce que Shaw a découvert cette fin en live à la première. Gabriel Pascal était persuadé qu'il la refuserait. Mais Shaw n’a rien osé dire vu le triomphe dans la salle...

Mais au stade où nous en sommes et malgré le succès du film, Shaw refuse toujours toute adaptation en comédie musicale de son oeuvre. Par conséquent, il va falloir attendre. Longtemps. Jusqu'au 2 novembre 1950, le jour où George Bernard Shaw a poussé son dernier soupir à l'âge de 94 ans. Ce jour-là tout redevenait possible...

Poursuivons vers la création de My Fair Lady: suite >>>

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