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L'événement culturel de l'été à Bruxelles!    

Oscar et la Dame Rose

d'Eric-Emmanuel Schmitt

Mise en scène: Danièla BISCONTI - Une production de l'ADAC - 4 représentations en 2007 et 2 représentations en 2008

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Presse - Article complet


Oser dire oui à la mort


Dommage qu'au théâtre, les sièges soient comptés. On souhaiterait à tout le monde, adultes, adolescents, enfants, grands-parents, de pouvoir s'asseoir et écouter « Oscar et la dame rose », d'Eric-Emmanuel Schmitt, tel qu'il résonne dans la voix et dans le corps de la comédienne Jacqueline Bir. Ce spectacle, propulsé par l'Adac en Wallonie et à Bruxelles, est de ceux qui ne s'oublient jamais, parce qu'on en sort bouleversé, réjoui, ému, enrichi - en un mot : plus sage, peut-être.
Il fallait de l'audace pour porter à la scène ce roman épistolaire. Jacqueline Bir elle-même en tremblait : J'ai une trouille bleue, ce livre est tellement important pour les gens !, confiait-elle lors des répétitions (le « MAD » du 6 octobre). Enorme succès en librairie, trésor pour la plupart de ses lecteurs, « Oscar et la dame rose » est en effet une sorte de viatique que l'on se prête précieusement, l'espoir au coeur.

Dans la salle du Théâtre de Namur, que l'on ait lu le livre ou non, l'attente paraît énorme. La foule aussi : rarement le théâtre a-t-il été aussi plein. Il y a toujours une part de spectateurs qui réservent, puis ne viennent pas, nous avait-on avoué à la billetterie. Cette fois-ci, même eux sont là ! Le talent de Jacqueline Bir sera de leur répondre avec tout ce qui constitue une actrice : ses forces, ses faiblesses, sa sensibilité.

L'ouvrage semble taillé pour le théâtre. Une douzaine de lettres, adressées à Dieu par un enfant de dix ans atteint de leucémie, repoussent le cadre du temps. Selon la suggestion de Mamie Rose, une de ces vieilles dames qui entourent bénévolement les patients à l'hôpital, le petit Oscar, dit « crâne d'oeuf », vivra une décennie par jour : dix ans le matin, vingt le soir. Il mourra à 110 ans, dix jours plus tard. En chemin, c'est toute une vie qu'il aura vécue, en accéléré, et une mort qu'il aura acceptée, grâce à l'« Etrangleuse du Languedoc » - Mamie-Rose se dit en outre catcheuse !

On l'a deviné : « Oscar et la dame rose » n'est pas un spectacle tape-à-l'oeil, mais tape-au-coeur. La mise en scène de Daniela Bisconti ne cherche ni le pathos ni le rire forcé, malgré l'humour du texte. Elle laisse la place à des sentiments plus subtils que le jeu magistral de Jacqueline Bir décuple.

On pourrait parler de mise en scène serrée - comme notre gorge. La scénographie de Vincent Lemaire bâtit un petit plateau incliné, avec un gros fauteuil, loin de toute illustration d'un hôpital. Abstrait ? Oui, comme les douces lumières de Nathalie Borlée, qui créent de vibrants contre-jours ou une aurore violette.

Mais de cette abstraction naît le jeu concret de Jacqueline Bir. La comédienne s'enfonce dans le fauteuil trop grand et, jambes courtes, devient Oscar. L'instant d'après, elle s'assied avec élégance sur l'accoudoir, et la voilà Mamie Rose. Sa voix suit : ses inflexions sont incroyables, ses métamorphoses soufflantes. Elle a dix, vingt, trente ans... Et quand Oscar meurt, on a tous 120 ans et des rides en moins. Juste des larmes en plus, au coin des yeux.

Laurent ANCION - Le Soir, 15/10/2004

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