L'avenir dure longtemps


D'après "L'avenir dure longtemps" de Louis Althusser - Adaptation de Michel Bernard


Mise en scène de Michel Bernard - Une coproduction Unités/Nomade et Théâtre Poème 2, avec le soutien du Théâtre du Sygne et de la Cocof - 2 représentations ▪ 29 et 30 juillet 2018

Une performance follement habitée


Et c’est ainsi que nous embarquons, sur les épaules d’Angelo Bison, sur les traces d’une vie heurtée, amochée, celle d’un homme qui, par la parole, va tenter de retrouver son identité. Suivre l’époustouflant Angelo Bison dans ce parcours, c’est plonger dans la nuit noire, dans les ténèbres de l’âme humaine. C’est retenir son souffle et rester intensément au bord tandis que son personnage saute par-dessus le précipice, au cœur de sa propre folie.
Un homme indéchiffrable
Impossible de ne pas être troublé par cette performance follement habitée. Dès qu’Angelo Bison entre sur scène, qu’il se pose sur son tabouret et pose sur nous ses yeux insensés, bordés d’une inquiétante lueur, nous sommes happés par son récit. Sans ciller, le comédien commence par une description précise, presque clinique, du cou d’Hélène, son épouse, qu’il est en train d’étrangler. Il détaille pour nous ce meurtre tel qu’il l’a vécu, avant son internement à Sainte-Anne, pour confusion mentale et délire onirique. (…)
Adaptée et mise en scène avec brio par Michel Bernard, la pièce retrace les indices d’une catastrophe annoncée : la relation amour-répulsion avec Hélène, les séquelles laissées par une mère abusive, les provocations démentes envers son entourage, la dépression chronique. Précis, sans aucune complaisance, le texte se grave dans les gestes infimes, les expressions tourmentées d’un Angelo Bison époustouflant qui, sans jamais quitter son siège, nous fait passer par toutes les étapes de la folie meurtrière.
Animée de projections discrètes, une fenêtre illustre les humeurs du personnage par des ambiances hivernales ou des images plus abstraites. Décor aussi impénétrable que cet homme indéchiffrable, incapable d’aimer, comme empêtré dans tout ce que la vie comporte de nuit.

Le Soir – 17 janvier 2017 – Catherine Makereel

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