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L'événement culturel de l'été à Bruxelles!    

Monsieur chasse

de Georges Feydeau

Mise en scène de Bernard Lefrancq - Une production du Théâtre Royal des Galeries, dans le cadre de la Tournée des Châteaux - 3 représentations ▪ 2 août ▸ 24 août 2005

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La plus grande vitesse dans la plus grande complexité


Si Feydeau leur en laissait le temps, les personnages de Monsieur chasse! se rendraient immanquablement compte qu’il y a "anguille sous roche". Bien au contraire, les voici précipités au milieu d’une mer démontée où les quiproquos se bousculent selon une implacable mécanique de glissements de situations. C’est la fuite en avant permanente. Un voyage dans la tourmente et la jubilation ! C’est le monde de Feydeau, avec ses mensonges énormes et ses vérités irréelles.

Se plonger dans Feydeau est toujours différent d’une autre comédie. Raconter une histoire par le rire nécessite une telle virtuosité de la part des acteurs, et une telle pureté de mise en scène, qu’on a le sentiment d’avoir pour compagnes de travail les ressources les plus artisanales de l’art du théâtre.

Il faut laisser libre notre imaginaire de broder l’univers autour du texte. Il faut un espace presque vide, une feuille de papier où l’on puisse jeter les personnages à la manière d’un Pavlov étudiant attentivement le comportement des animaux dans son laboratoire.
Il faut diriger les acteurs dans ce qu’il y a de plus sincère, de plus subtil, de plus démuni dans leur compréhension des situations de la pièce, de façon à pouvoir donner libre envol à leur talent dans un des exercices les plus difficiles du répertoire théâtral : celui de la plus grande vitesse dans la plus grande complexité, comme l'exige Feydeau.
Car, qu’est-ce qui les fait courir, les personnages de notre Monsieur chasse ! ? Qu’est-ce qui les fait s’emberlificoter dans les quiproquos, les mensonges de plus en plus énormes, les complications de l’intrigue, les coups de théâtre, les poursuites échevelées dont le dénouement final laisse spectateurs et personnages abasourdis ?
"En arrangeant les folies qui déchaîneront l’hilarité du public, je n’en suis pas égayé, je garde le sérieux, le sang-froid du chimiste qui dose un médicament. J’introduis dans ma pilule un gramme d’imbroglio, un gramme de libertinage, un gramme d’observation. Je malaxe, du mieux qu’il m’est possible, ces éléments. Et je prévois presque à coup sûr l’effet qu’ils produiront" écrivait Georges Feydeau en 1901. Lui-même, tout comme ses créatures humaines, était dévoré par le désir, par l’utopie d’un ailleurs qui existerait en lieu et place de la platitude de la convention bourgeoise.
Il y a certaines choses dont on ne peut parler que par le rire. Le chimiste Feydeau réussit ce miracle de nous faire communier dans un immense éclat de rire, tout en sachant que nous rions de nous-mêmes et des aspects les plus bas et les plus beaux de notre humanité.

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