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L'événement culturel de l'été à Bruxelles!    

Le Bourgeois gentilhomme

de Molière

Mise en scène de Daniel Hanssens - Une production du Festival Bruxellons! - 18 représentations ▪ 16 juillet ▸ 31 août 2002

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Une Turquerie


Au mois de novembre 1669, Louis XIV avait reçu en grande pompe, à Saint-Germain, un envoyé du sultan. Mais le personnage avait manifesté une indifférence si complète pour la magnificence de la réception qu'on garda rancune à ce dédaigneux et qu'on ne manqua pas l'occasion de se moquer de lui et de la civilisation étrange qu'il représentait.

A vrai dire, depuis longtemps déjà, les turqueries étaient à la mode.

Dès 1641, Scudéry et sa sœur avaient fait paraître un long roman à succès : Ibrahim ou l'illustre Bassa, qui révélait une Turquie de fantaisie.

En 1645 Rotrou avait, dans sa comédie la Sœur, fait parler le turc à l'un de ses personnages.

Lulli, en 1660, avait offert à la cour un Récit turquesque de sa façon qui avait ravi Louis XIV.

En 1672, Racine devait tirer d'une intrigue de cour à Constantinople, sa tragédie de Bajazet.

Puisque les Turcs avaient du succès, on décida de prendre pour thème du «divertissement royal» une cérémonie turque, et M. le chevalier d'Arvieux, qui revenait d'un long séjour en Orient, fournit aux collaborateurs les éléments authentiques sur lesquels ils pouvaient travailler. Au cours des réunions dans la maison de Molière à Auteuil, on arrêta les grandes lignes de l'intrigue. Molière, qui avait déjà raillé les manies et les vices de son temps dans ses grandes comédies, utilisa ses notes, feuilleta ses modèles favoris, reprit dans ses inventions précédentes quelques tirades et quelques jeux de scène qui avaient été bien accueillis, accepta les conseils de Lulli, mit en œuvre les qualités physiques de ses comédiens; et il imagina l'aventure de M. Jourdain, le bourgeois riche qui «donne dans la noblesse».

En raillant la manie d'un parvenu il trouve moyen d'atteindre à la satire sociale, comme La Bruyère, comme les sermonnaires de son temps, comme Dancourt, Lesage, Beaumarchais plus tard devaient le faire après lui.

Comme dans la plupart des comédies de Molière, il s'agit d'un mariage dont l'arrangement est troublé par la manie d'un proche parent de la jeune fille, ici, de M. Jourdain, père de Lucile.

Mais c'est surtout l'actualité du sujet qui prouve l'originalité de Molière. La pièce constitue un document curieux de l'époque où tout financier enrichi achète une charge qui lui confère la noblesse, où tout bourgeois à l'aise achète un domaine de grand seigneur ruiné, dont il prend le nom. Des vérifications des titres avaient eu lieu plusieurs fois depuis 166o et avaient abrogé maintes lettres de noblesse suspectes.

La pièce de Molière est donc bien une comédie d'actualité et une satire contre un snobisme contemporain.

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