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L'événement culturel de l'été à Bruxelles!    

Enfants du Soleil (Les)


Musique: Cyril Assous
Paroles: Didier Barbelivien
Livret: Didier Barbelivien

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Le pari était osé : évoquer une période de l’histoire, passée sous silence depuis tant d’années. On ne peut que saluer l’initiative de l’auteur de traiter sur scène cet épisode historique longtemps resté tabou. Les enfants du soleil est un spectacle engagé qui porte un réel message de fraternité, de réconciliation et de tolérance.

Quelle est la genèse de ce spectacle ?
Le spectacle est basé sur l’histoire des rapatriés d’Algérie. A travers l’exemple de trois familles, une juive, une pied-noire et une troisième musulmane, nous évoquons le passé, le présent et les aspirations de ces gens. La nostalgie de leurs vies d’avant, confrontées à celles d’aujourd’hui, bien plus dramatiques et l’espoir qu’ils ont d’une vie meilleure dans un pays, la France qu’ils ne connaissent pas encore, même s’ils sont français. Je porte ce projet depuis cinq ans. Nous avons dû suspendre le travail à plusieurs reprises, chacun ayant ses activités propres. D’autre part, les événements du 11 septembre ne nous ont pas aidés : personne ne voulait entendre parler d’une histoire entre des communautés juives et arabes, même si je ne voyais pas l’intrigue réduite à cela. L’édifice a pris beaucoup de temps avant d’aboutir, mais tout fut fait dans le plaisir. Cela nous a donné également du temps pour peaufiner les personnages, en ajouter, en retirer. Jamais nous ne nous sommes découragés.

Pourquoi avoir choisi ce sujet ?
C’est un sujet qui m’a toujours intéressé, à travers la lecture mais aussi par le fait que je sois rentré en France en juin 1962. Rien de comparable avec mes personnages, puisque je rentrais d’Afrique Noire où mes parents résidaient. Je n’ai pas vécu les mêmes choses. En revanche, j’ai été élevé au milieu des enfants juifs, pieds-noirs, j’ai ressenti les émotions de ces familles déracinées, j’ai partagé leurs joies et compris les injustices dont ils se sentaient victimes. Mais l’histoire que je raconte n’est en rien autobiographique, ce sujet me captive, c’est tout.
Vous êtes-vous nourri de vos souvenirs d’enfance ?
Pas vraiment. On retrouve le sentiment que j’ai de ces gens-là plutôt que des anecdotes. Les souvenirs que j’ai de cette époque sont banals, quotidiens. Je découvrais de la nourriture qui m’était alors inconnue comme le couscous, tout un folklore avec cette population originale et drôle, mais aussi marquée par l’abandon d’un pays. Le tout nimbé d’une certaine pudeur. Difficile de parler de ce déracinement, ou alors entre eux. Je considère qu’on parle trop rarement de cette partie de notre histoire. Alexandre Arcady l’a déjà fait dans ses films, il était donc tout désigné pour faire la mise en scène. D’autre part, je pense que ce sera étonnant de voir ce sujet sous forme de comédie musicale. Le spectacle intègre de la comédie et une part de tragédie. Disons que la tragédie est traitée sur le ton de la comédie. Une chanson fait passer parfois beaucoup plus d’émotion en 3 minutes qu’un long discours.

Parlez-nous d’Alexandre Arcady…
J’aime son univers, notre rencontre tient également du hasard. Il m’a vu dans une émission parler de mon projet et m’a appelé pour écouter les chansons dans lesquelles il a, d’après ce qu’il m’a dit, retrouvé sa vie. Il m’a donc proposé de travailler avec moi et de signer la mise en scène. Par ailleurs, je ne fais pas partie d’une communauté, mais j’avais consulté des oracles ! Ainsi, j’ai fait écouter à Roger Hanin les chansons liées aux pieds-noirs, d’autres personnes m’ont également donné leur avis. Le compositeur Cyril Assous est également passé par ces étapes.
Avez-vous choisi une forme de comédie musicale traditionnelle ou une succession de chansons ?
La mise en scène est celle d’un réalisateur de cinéma : Alexandre apporte un aspect cinématographique indéniable. Je lui disais que, pour moi, c’est la première fois que l’on réunit sur une scène de théâtre la chanson, le jeu et le cinéma. L’histoire étant originale, elle me permet d’être véritablement dans une comédie musicale « récitative ». Je fais en cela référence à la voix d’Isabelle Adjani qui ponctuera le spectacle de six interventions qui permettent de lier les chansons.

C’est une forme novatrice ?
Je ne veux pas m’envoyer des fleurs avant la moisson, mais j’ai tout fait pour. A mes yeux, ce sera la première comédie musicale française, pas adaptée d’un livre ou d’un roman. Une création comme on en fait à Londres ou Broadway.

Quel regard portez-vous sur les spectacles anglo-saxons ?
Sans dire que je regarde ça de loin, je ne fais pas partie des gens qui veulent absolument tout voir de ce qui se fait en comédie musicale. En revanche, lorsque je voyage et si j’en ai le temps, je vais volontiers voir les spectacles musicaux. J’aime bien l’idée des spectacles que l’on crée. Comme ce fut le cas pour Cats par exemple. Je suis plus sensible à la création qu’à l’adaptation. Je serais ravi que Les enfants du soleil stimulent la création en France. En tant que producteur, je recevais des propositions de spectacles musicaux uniquement autour d’adaptations. Cela peut donner des choses intéressantes, mais les projets de créations pures retiennent davantage mon attention. J’aime bien l’idée du spectateur qui va au théâtre sans savoir ce qu’il va voir. Si on vous dit : « c’est Cyrano de Bergerac« , la surprise est moindre.
J’ai toujours été fasciné par les Américains. Par exemple, ce que j’aime dans West Side Story, c’est l’essence quotidienne qui nourrit l’intrigue. Elle s’appuie sur le social tout en étant une romance en référence à Roméo et Juliette. C’est la même chose pour Hair : j’aime les spectacles qui sont le reflet de leur époque. J’ai adoré Les Demoiselles de Rochefort, le film de Jacques Demy très ancré dans les années 60. A l’instar de West Side Story, cette oeuvre tend à l’inaltérable. Je n’ai pas aimé l’adaptation théâtrale qui en a été faite la saison passée. Inutile de tenter de la « moderniser ».

Parlez-nous du casting ?
Il s’est fait comme toujours au hasard, sauf pour Shirel. Son personnage est l’héroïne de l’histoire. La comédienne chanteuse s’est imposée à nous au fur et à mesure de l’écriture. Pour les autres personnages, nous avons fait des auditions traditionnelles. Ce fut compliqué car souvent les gens viennent avec l’idée préconçue d’un personnage à incarner. Comme il s’agit d’une oeuvre originale, ils ne pouvaient s’appuyer sur rien. Pour nous, la difficulté était de trouver des personnes capables de chanter, de jouer et d’avoir le physique adéquat. Nous avons auditionné 900 personnes pour en garder 11, en procédant par élimination : certains avaient le physique, mais pas la voix, ou l’inverse. Alexandre a insisté pour qu’ils aient tous quelque chose dans leur physique qui permette de les identifier immédiatement, de manière à donner une crédibilité directe. C’est une grande aventure !

Vous avez donc sollicité Isabelle Adjani.
Isabelle Adjani a accepté d’enregistrer la voix de la récitante, ce sont de longs et très beaux passages. C’est une amie dans la vie courante, mais elle a mis de côté notre amitié : si elle a accepté de prêter sa voix, je pense que c’est parce qu’elle a été émue et touchée par ce qu’elle a entendu.

Y aura-t-il des musiciens ?
Non. Honnêtement, l’idée des musiciens sur scène n’est plus adaptée à ce genre de spectacle. C’est parfait pour les tours de chant, mais pas pour les comédies musicales où nous amenons trop de choses orchestralement. Il faudrait mélanger toute une rythmique, une double rythmique, un symphonique : c’est compliqué. J’ai entendu beaucoup de critiques autour de cela, mais cela peut aboutir à une cacophonie sonore. Même les Anglais reconnaissent que ce n’est plus d’actualité.

Dans quel état êtes-vous à quelques jours de la première ?
Je suis à la fois très heureux de ce que je vois tous les jours et dans le même temps très impatient. C’est un peu comme lorsque, enfant, je jouais au mécano. J’avais tous les éléments pour faire la pièce et constatais qu’il fallait encore attendre et tout assembler pour aboutir au résultat. J’ai le sentiment d’avoir un spectacle magique. Je tais mon impatience car je sais qu’une comédie musicale doit fonctionner comme une horloge, et pour cela il faut du temps pour que tout se mette en place. Même si je ne découvre pas ce milieu, je m’avoue très surpris par le travail d’Alexandre tout comme celui du décorateur. Les costumes sont magnifiques. Le costumier a recréé les vêtements de l’époque avec une telle finesse que j’avais le sentiment de revoir ma mère en regardant les comédiennes. C’est émouvant et formidable. Ils ont tous très bien travaillé. Nous jouons cinq semaines à Marseille et partons ensuite en tournée.

Au vu de la situation politique actuelle, votre spectacle est d’actualité.
En effet. C’est dire si, depuis les années 60, on a peu évolué… Dans le spectacle, le dialogue entre ces communautés ne fait que commencer. Ils tentent de se comprendre, ce qui n’est pas évident, surtout sur un bateau, cet espace clos. La solidarité commande à tout le monde : si une rivalité se fait jour, cela peut très vite mal tourner. Même s’ils sont loin d’être tous d’accord, ils dialoguent, et c’est pour moi un élément primordial.



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