0 €

Le Festival Bruxellons! n'aura pas de contrat programme.

Il y a trois ans, le Ministère de la Culture de notre Fédération Wallonie-Bruxelles avait décidé de lancer l'opération Bouger les lignes ayant pour ambition de remettre à plat tout le subventioonnement de notre secteur culturel francophone et de tracer nos politiques culturelles pour le XXIe siècle.

Fin novembre 2017, la Ministre Alda Greoli a choisi de répartir les 93 millions d'euros annuels de subventions disponibles entre 236 opérateurs culturels. Le Festival Bruxellons! n'aura rien. Cela pourrait être un légitime choix politique. Mais nous ne comprenons pas les arguments qui ont influencé la minitre dans son choix.

Certains critères qui ont amené la Ministre a faire son choix nous semblent étonnants:

  • la faiblesse de l'exigence artistique
  • le manque d'attention portée à nos artistes de la Communauté française
  • l'absence quasi complète de liens avec les artistes issus de la diversité
  • cette structure est composée pouir l'essentiel d'une équipe de bénévoles
  • Vous trouverez ici, en toute transparence, le courrier expicatif de la Ministre et notre réponse.

    AVIS DE LA MINISTRE

    NOTRE REPONSE A LA MINISTRE

     

    NOTRE REPONSE A LA MINISTRE ALDA GREOLI:

    Madame la Ministre,

    En ces derniers jours de novembre, vous avez remis votre avis concernant la restructuration du secteur culturel de notre Fédération Wallonie-Bruxelles. Il s’agit de la dernière étape de l’opération « Bouger les lignes », initiée il y a plus de trois ans.

    De nombreuses institutions et de nombreuses compagnies vous ont rentré des dossiers de demandes de contrats-programmes. Certains étaient depuis très longtemps subventionnées et d’autres ne l’avaient jamais été, comme le Festival Bruxellons!.

    Pour une fois dans la Fédération – et c’est formidable – tout a été remis à plat. Tous les contrats-programmes allaient débuter en même temps permettant de réattribuer les subventions suivant des critères objectifs et non plus par renouvellement virtuellement automatique de choix ponctuels du passé. Magnifique initiative. Car cela permet de redonner une cohérence à la politique culturelle.

    Des instances d’avis ont travaillé. Ces instances vous ont remis des conclusions. Vos équipes et vous-même avez analysé les dossiers et les avis de ces instances d’avis. Et en connaissance de cause, vous avez tranché parmi les demandes des différents acteurs du secteur.

    Vous avez annoncé publiquement vos décisions et avez envoyé à chaque demandeur un courrier lui expliquant le niveau financier de votre décision et les arguments qui vous ont amenée à cette décision. Ici encore, nous voulons souligner que, rarement, un processus aussi démocratique avait été mis en place dans notre Fédération pour répartir les subventions et créer en toute objectivité un secteur culturel équilibré.

    Nous pourrions totalement accepter votre décision de ne pas donner de subvention récurrente au Festival Bruxellons!. Mais ce qui rend l’acceptation de votre décision impossible, c’est la lecture des critères qui vous ont amenée à cette décision. Car les affirmations reprises dans votre rapport, et ce pour la plupart des critères, sont toutes fausses.

    Dans les lignes qui suivent, les passages en bleu proviennent de votre courrier, nos commentaires sont repris en noir (ndlr en version web: en blanc).

    1. La qualité artistique et culturelle du projet (article 65, alinéa 2, 1°)

    Considérant :

    • que la programmation apparaît disparate sans ligne artistique forte à l'exception de la comédie musicale autoproduite ;
    • la faiblesse de l'exigence artistique ;
    • que s'il y a des créations, celles-ci n'ont pas vocation à être diffusées étant donné l'infrastructure de création peu transposable
    • l'absence quasi complète de liens de la programmation avec l'environnement local

    Le Conseil estime que ce critère n'est pas rencontré.

    Nous nous inscrivons en faux total contre ce jugement :

    La ligne artistique forte du Festival est la DIVERSITE de programmation. Ayant pour vocation de présenter la richesse et la diversité du talent de nos artistes belges, il nous semble fondamental de faire cohabiter les formes contemporaines et classiques, l’humour et le drame, les larges distributions et les seuls en scène, les jeunes talents et les grandes références… Un exemple typique de maison prônant une telle ligne artistique est le National Theatre de Londres (nous prenons à dessein un exemple étranger pour ne stigmatiser aucune institution belge), dont personne n’oserait dire que sa programmation est disparate. Dans sa programmation actuelle, Shakespeare côtoie la création contemporaine, la comédie musicale côtoie le théâtre…

    Sur le même modèle, dans notre programmation, nous proposons des spectacles touchant des univers différents, comme la comédie musicale La Mélodie du Bonheur ou L’initiatrice parlant de l’excision. Comment faire que le grand public fréquente ces deux « types de spectacles » ? Grâce aux abonnements. Cette théorie n’est pas de nous. Non, elle nous vient de Jacques Huisman, le créateur du Théâtre National de Belgique. Au Festival Bruxellons! acheter quatre places coûte aussi cher qu’un abonnement de 10 spectacles. Au Festival Bruxellons! plus de 40% des places vendues le sont via des abonnements. La diversité de notre programmation est une ligne artistique qui nous permet de décloisonner les publics. Et l’un de nos combats est de décloisonner les publics.

    La faiblesse de l’exigence artistique ! Que voulez-vous dire ?

    • Nous accueillons des spectacles issus du Théâtre National, du Rideau de Bruxelles, du Théâtre le Public, du Théâtre des Galeries, du Théâtre des Martyrs, des Tanneurs, de la Cie Claude Volter, des Riches-Claires, du TTO, de La Charge du Rhinocéros, de la Maison Ephémère, d’Alter Ego, de La Vénerie, du Théâtre du Sygne, du Festival de Liège, du Théâtre de l’Ancre, du Théâtre de l’Eveil… La plupart d’entre eux sont des théâtres bénéficiant de Contrats-Programmes (renouvelés pour 2018-2022). Comment dans ce cas, les spectacles présentés provenant de maisons ayant une grande exigence artistique, peuvent-ils chez nous avoir perdu leur exigence artistique

    • Nous proposons des créations

      • En 2015, nous avons produit La Mélodie du Bonheur. Ce fut un triomphe auprès du public. Ce spectacle a été accueilli par une presse belge francophone, belge néerlandophone et internationale dithyrambiques.

      • En 2016, nous avons produit la création mondiale en français d’Evita. Au triomphe du public et à la presse dithyrambique, se rajoute cette fois l’intérêt de nombreux agents artistiques qui soulignent à quel point nous n’avons fait aucun compromis dans la présentation de cette œuvre qui prend toute sa dimension politique. Cela nous a permis d’obtenir des droits pour des œuvres qui nous avaient été jusqu’alors refusées, n’ayant pas encore fait nos preuves :

        • L’Opéra de Vienne nous a dès lors autorisé à présenter la création mondiale en français d’Elisabeth en 2019 ou 2020. Croyez-vous qu’ils auraient fait ce choix suite à la faiblesse de notre exigence artistique ?

        • Really Useful Group, détenteur des droits d’Andrew Lloyd Webber (Cats, Jesus Christ Superstar, Phantom of the Opera, Evita…) nous a accordé la priorité sur la création mondiale en français de leurs œuvres. Ce que nous ferons en 2018 avec Sunset Boulevard. Croyez-vous que l’un des cinq plus grands compositeurs de musicals de ces 50 dernières années nous auraient fait cet honneur suite à la faiblesse de notre exigence artistique ?

      • Rappelons aussi que, au début des années 2000, le Festival Bruxellons! a été nominé au Prix Océ pour l’ensemble du travail accompli.

      Parler de faiblesse de l’exigence artistique frise l’insulte. Croyez-vous vraiment que Jacqueline Bir, Pierre Laroche, Suzy Falk, Janine Godinas, Alexandre von Sivers, Nicole Valberg, Guy Pion, Pietro Pizzuti, pour ne citer que quelques figures mythiques de nos plateaux, se seraient produits chez nous si nous n’avions pas d’exigence artistique ?

    Vous nous dites que nos créations n’ont pas pour vocation à être diffusées. Vous avez tort. La demande de diffuser nos productions est énorme. Dix centres culturels (et théâtres) nous ont demandé Evita. Dont plusieurs en France. Pourquoi croyez-vous, entre autres, que nous demandons un contrat-programme ? Le savez-vous ? Le décor d’un musical dans la cour du Château coûte 40.000€. Relancer le spectacle en diffusion nécessite de refaire un autre décor, soit à nouveau 40.000€. C’est aussi ce que permettrait un contrat-programme. Et de faire rayonner nos artistes en Belgique et à l’étranger. Tout le reste de la création est réutilisable (costumes, accessoires, microphonie spécifique…)

    Nous ne comprenons donc pas votre affirmation. A l’heure actuelle, nous avons la vocation mais pas les moyens. Nous refuser un contrat-programme, nous empêche de diffuser nos grands spectacles.

    Pour confirmer nos affirmations, précisons que la plupart des créations qui ont été proposées au Festival dans la Grange (Shirley Valentine, Artifices, Illusions, Amarante, La Revanche de Gaby Montbreuse, …) ont, elles, été largement diffusées (de 20 à 100 représentations). Ce n’est donc définitivement pas une ‘non vocation à la diffusion’ mais bien un manque de moyens pour les spectacles qui se jouent en extérieur.

    Vous nous parlez d’absence de lien avec l’environnement local. Nous vous répondrons plus en détail sur l’aspect artistique de ce point. Mais bornons-nous ici à ce qui pourrait sembler, à ce stade, une boutade. Ou plutôt deux.

    • L’impact premier de l’organisation d’un Festival accueillant 650 spectateurs par soir sur l’environnement local est de faire vivre tout un quartier.

      • Demandez aux restaurateurs du coin (restaurants, tavernes, bars, snacks) quel est l’impact de notre présence. Il est énorme. Notre buffet accueille maximum 90 spectateurs sur les 650 (le château est exigu). Près de 200 autres mangent chaque soir dans le quartier avant les spectacles.

      • Nous-même vendons au bar des tartes et des sandwiches achetés chez un pâtissier du quartier.

      • Le café vendu provient de chez Santos Palace, célèbre torréfacteur molenbeekois.

      Il s’agit d’un lien réel avec l’environnement local. Nos spectateurs participent à la vie molenbeekoise. Et je peux vous assurer que les commerçants du quartier fréquentent nos spectacles. Certains d’ailleurs, au bout de 20 ans, sont devenus des amis.

      On peut nous accuser de beaucoup de choses, mais certainement pas de manque de lien avec l’environnement local. C’est aberrant. Cela discrédite presque l’analyse faite. Et donc le jugement qui s’en est suivi.

    • Savez-vous à quel point l’« environnement local Molenbeekois » est heureux que nous ayons refusé, après les attentats, les offres – généreuses – de deux centres culturels du sud de Bruxelles de nous accueillir dans leurs communes moins décriées ? Parce que, ce que vous jugez comme un festival sans ancrage local, les molenbeekois, eux, le considèrent comme un festival molenbeekois. Et en plein Molenbeek-bashing de ces dernières années suites aux attentats, ils ont été très fiers que le premier Festival de Théâtre en nombre de spectateurs payant en Belgique francophone soit molenbeekois.

    Pour les molenbeekois, ce ne sont pas des boutades.

    2. L'attention portée aux créateurs, auteurs, compositeurs, et interprètes de la Communauté française et l'utilisation de formes ou expressions les plus singulières dans le domaine concerné (article 65, alinéa 2, 2°)

    Considérant :

    • que si ce festival s'ouvre à la comédie musicale, au théâtre jeune public et au théâtre amateur, mettant en avant chaque année plus de 40 comédiens, musiciens, chanteurs et danseurs et veut rencontrer un très large public il valorise peu les formes ou expressions les plus singulières ;
    • l'absence quasi complète de liens de la programmation avec les créateurs, auteurs, artistes et structures de l'environnement proche issus de la diversité

    Le Conseil estime que ce critère n'est pas rencontré.

    Nous nous inscrivons en faux contre ce jugement :

    L’attention portée aux artistes (et techniciens) de notre Communauté française est TOTALE. En effet, rappelons-le, les spectacles accueillis proviennent exclusivement des théâtres de notre communauté française : Théâtre National, Rideau de Bruxelles, Théâtre le Public, Théâtre des Galeries, Théâtre des Martyrs, Les Tanneurs, Cie Claude Volter, Les Riches-Claires, TTO, Cie de Bruxelles, La Charge du Rhinocéros, Maison Ephémère, Les Gens de Bonne Compagnie, Alter Ego, Cie Les Abîmés, La Vénerie, Théâtre du Sygne, Festival de Liège, Théâtre de l’Ancre, Cie Peg Logos, Théâtre de l’Eveil, Cie Dézir, Cie Ah Mon Amour…

    Comment porter une meilleure attention à nos artistes que de leur réserver nos scènes ? Nous pourrions, comme beaucoup, présenter aussi quelques grandes stars internationales dans des opérations de prestige fort rentables… Nous nous y sommes toujours refusé.

    Et nous prenons des risques. Un seul exemple – mais nous sommes prêts à vous en donner des dizaines d’autres. En 2018, nous présenterons la création mondiale en français du musical Sunset Boulevard (25 acteurs et 18 musiciens en live). La mise en scène sera assurée par un duo de metteurs en scène (comme nos deux autres musicals présentés en 2015 et 2016). L’un d’eux sera Simon Paco, jeune metteur en scène de 25 ans. N’est-ce pas un exemple d’attention portée aux créateurs de notre FWB ? N’est-ce pas participer à la naissance de nouveaux talents ?

    Nous valorisons peu les formes d’expressions les plus singulières, affirmez-vous ! Dans le cadre du contrat-programme sollicité, nous proposons de continuer notre démarche afin de créer à Bruxelles des comédies musicales de niveau international (comme c’est le cas dans toutes les grandes capitales européennes, sans oublier Anvers et Gand en Belgique). Il s’agit d’une forme éminemment singulière en FWB. Dans les quinze dernières années, à Bruxelles et dans le Brabant Wallon, dans le cadre de formes jouées par des artistes et musiciens professionnels, on se souvient de Jesus Christ Superstar à Villers-la-Ville en 2004 et de Cabaret (coproduction du Théâtre Le Public-Théâtre National-Théâtre de Liège-Théâtre de l’Eveil). N’est-ce pas là une forme singulière ?

    Bruxelles, et dans son ensemble la Belgique francophone, ne mérite-t-elle pas que l’on essaie de manière récurrente de présenter ce type de forme artistique, où des artistes s’expriment à la fois par le texte, le chant, la danse et la musique ?

    On nous reproche une absence d’artistes issus de la diversité ? Qu’est-ce que cela signifie ?

    Nous ne sommes pas certains de bien comprendre cette remarque, car la manière dont nous la comprenons nous semble intrinsèquement raciste. Selon nous, un artiste doit être choisi UNIQUEMENT pour son talent. Par exemple :

    • Quand Hamadi vient jouer Maman au Festival Bruxellons! en 2017 - parlant d’une mère issue de l’immigration désirant retourner mourir dans son pays natal – c’est uniquement parce que le texte qu’il a écrit et son interprétation sont époustouflantes. Pas parce que certains trouvent qu’il est issu de la diversité. Hamadi est un magnifique artiste belge. De même par ailleurs pour sa présence en 2016 ET en 2011 avec « Sans Ailes et sans racines » accompagné de Soufian El Boubsi.

    • Quand Babetida Sadjo est venue jouer L’initiatrice au Festival Bruxellons! en 2015 – un spectacle sur l’excision - c’est uniquement parce qu’elle était magnifique. Pas parce que certains trouvent qu’elle est issue de la diversité. Babetida Sadjo est une magnifique artiste belge. C’est la seule raison de sa présence au Festival Bruxelleons!

    • Quand Hervé Guerrisi est venu jouer Cincali au Festival en 2014 et 2015 - qui avait pour sous-titre « N’oublie jamais que tu es un petit-fils de mineur italien » - c’est uniquement parce que son interprétation faisait prendre conscience au public de ce que fut l’immigration italienne. Pas parce que certains trouvent qu’il est issu de la diversité. Simplement pour son incarnation inoubliable de son personnage.

    On pourrait continuer comme cela longtemps. Mais je voudrais encore citer deux exemples fondamentaux :

    • Commençons par une question. Parlons de Jasmina Douieb dont vous reconnaissez le talent, Madame La Ministre, puisque vous lui avez accordé un contrat-programme. Quand et où a-t-elle effectué sa première mise en scène professionnelle ? Au Festival Bruxellons! En 2001. Elle avait 28 ans et était sortie depuis un an du Conservatoire. Lui avons-nous proposé de mettre en scène un petit spectacle ? Non. Nous lui avons proposé de mettre en scène Cyrano de Bergerac avec 27 comédiens, pour 25 représentations. Elle fut par ailleurs la première femme en Belgique à mettre en scène Cyrano de Bergerac. Ce fut en un succès public et critique. Pourquoi avons-nous choisi Jasmina ? Pour son talent ! Seulement pour son talent. Pas parce que son papa était marocain et sa maman belge, et donc issue de la diversité. Elle parlera d’ailleurs de cela dans Moutoufs, spectacle présenté dans quelques semaines au Théâtre Le Public.

    • Rejoignons les deux dernières semaines du Festival, consacrées au Festival de théâtre amateur. Le spectacle qui a gagné le Tournoi 2016 est Sucre, Venin et Fleur d'Oranger. (Direction artistique : Ben Hamidou - Mise en scène de Gennaro Pitsci. Avec : Khadija Belkaid, Souad Khelifa, Fatima, Fadila Mezraui, Khadija Chourouhou, Warda Mabrouki, Najet Bouali et Oumayma Bougdim, Ben Hammou Ismaël). Ce spectacle a gagné le tournoi uniquement parce qu’il était le meilleur. Pas parce que ses artistes étaient majoritairement issus de la diversité. Ce serait insulter leur talent que de l’affirmer. Quand une autre compagnie participant au tournoi nous a affirmé dans un mail que c’était un choix pour favoriser des autochtones de Molenbeek, nous avons envisagé de porter plainte pour propos racistes.

    Définitivement, nous ne comprenons pas ce concept de programmation devant tenir compte d’artistes issus de la diversité.

    3. La capacité de médiation culturelle (article 65, alinéa 2, 3°)

    Considérant :

    • l'absence de collaboration avec le tissu associatif et socioculturel local ;

    Le Conseil estime que ce critère n'est pas rencontré.

    Nous nous inscrivons en faux total contre ce jugement. Qu’est-ce qui vous permet d’affirmer cela ? Rien, absolument rien ! L’un des trois co-directeurs est issu de l’ULB, ce qui en soit n’est pas important. Mais on lui a enseigné une valeur de base, au travers du Libre Examen, qu’est le « rejet d’argument d’autorité ». Votre affirmation est un argument d’autorité, indémontrable car faux.

    La médiation culturelle est une stratégie qui soutient l’égalité, la liberté, la solidarité et la justice sociale à partir de la mise en œuvre du droit - de tous - de prendre part à la vie culturelle.

    • Au Festival Bruxellons!, tous les habitants de Molenbeek disposent de tarifs excessivement préférentiels.

    • Au Festival Bruxellons!, l’entièreté du personnel communal de Molenbeek est invité aux représentations de la création extérieure.

    • Nous collaborons activement avec « La Maison des Cultures » de Molenbeek en développant des synergies vers leurs publics cibles. Par ailleurs, en dehors du Festival, durant l’hiver, ils utilisent une partie de notre matériel technique dans la Grange du Karreveld. N’est-ce pas une belle collaboration ?

    Si le terme « local » ne se limite pas à « Molenbeek » il doit peut être être compris au sens de « Bruxelles » :

    • Plus de 800 spectateurs Article 27 assistent chaque année à notre Festival. Sans vouloir dénoncer qui que ce soit, Article 27 est loin d’être accepté par tous les opérateurs présentant des spectacles d’été.

      Si cela ne fait pas preuve de médiation culturelle…

    • Nous soutenons l’asbl Audioscenic en leur offrant des invitations pour tous les spectateurs aveugles et malvoyants voulant assister à des représentations audiodécrites.

      Si cela ne fait pas preuve de médiation culturelle…

    On pourrait continuer plus avant, mais cela démontre – ce qui nous attriste au plus haut point – la méconnaissance de nos dirigeants culturels de l’institution qui, depuis 20 ans, réunit plus de 27.000 spectateurs très diversifiés l’été à Molenbeek-Saint-Jean devant des spectacles issus de notre Communauté.

     

    4. L'inscription dans le paysage artistique et culturel de la Communauté française, et le cas échéant les capacités de rayonnement à l'échelle nationale et internationale (article 65, alinéa 2, 4 )

    Considérant :

    • l'absence quasi complète de liens de la programmation avec les créateurs, auteurs, artistes et structures de l'environnement proche issus de la diversité ;
    • l'absence de diffusion de l'activité de création générée par l'opérateur ;
    • la faible synergie avec d'autres opérateurs du même type sur les plans nationaux et internationaux ;
    • l'absence de collaboration avec le tissu associatif et socioculturel local ;

    Le Conseil estime que ce critère n'est pas rencontré.

    Nous nous inscrivons en faux total contre ce jugement. Nous ne reviendrons pas ici sur vos affirmations quant à la diversité, ni celles concernant la diffusion, ni celles concernant le tissu associatif et social. Nous en avons largement parlé ci-dessus.

    Passons donc à « la faible synergie avec d’autres opérateurs du même type ». Ici encore, rien de plus faux. Excusez-nous mais nous ne pouvons l’exprimer autrement. Quelle est la plus grande difficulté de programmation des différents Festival Belges (Spa, Théâtre au Vert, Bruxellons, Silly…) ? D’obtenir qu’un artiste vienne jouer une ou deux représentations d’un spectacle dans son festival. Surtout pour les spectacles un peu lourds. Cela implique pour les artistes de rerépéter, de relancer les équipes techniques…

    Souvent, les équipes des différents Festivals s’appellent en période de programmation – sans flagornerie, nous nous estimons et nous apprécions - afin de permettre que certains spectacles soient joués dans deux ou trois lieux ce qui permet aux artistes d’avoir au total 6 à 9 représentations et leur permet donc de « redémarrer ».

    Et ici encore, le contrat-programme nous permettrait de développer à moyen terme les synergies, avec par exemple la présence (même avec un décalage d’un an) de notre création dans de grands festivals internationaux (Angleterre, Allemagne, Hollande, France…). D’autant plus facilement qu’à Bruxelles notre création est surtitrée en néerlandais et en anglais. Ceci est impossible sans contrat-programme. En effet, un contrat-programme, au-delà de l’aide financière ponctuelle – première lecture de l’utilité d’un contrat-programme, donne aussi une stabilité financière sur cinq ans. Auprès des banques par exemple. Je vous rappelle que des synergies avec d’autres lieux impliquent des démarches à moyen terme, ce qui, en bon père de famille, est impossible sans contrat-programme. Surtout pour des comédies musicales dont la création s’étend sur plus d’une saison.

     

    5. L'adéquation entre le projet artistique et les modalités, notamment budgétaires, de mise en œuvre de celui-ci (article 65, alinéa 2, 5°)

    Considérant :

    • l'absence d'informations détaillées sur l'affectation de la subvention sollicitée ;
    • l'inadéquation entre les modalités budgétaires et le projet artistique ;

    Le Conseil estime que ce critère n'est pas rencontré.

    Nous n’avons sans doute pas été assez clairs dans nos explications. Comme, en dehors des artistes et des techniciens, l’entièreté des équipes est bénévole, la totalité du contrat-programme aurait été affectée à de l’emploi artistique et technique :

    • Plutôt que de faire l’accueil d’un seul en scène, nous pourrions faire l’accueil d’un spectacle avec de nombreux artistes sur le plateau.

    • Nous pourrions – tout en conservant notre diversité de programmation que nous considérons comme notre ligne artistique – ajouter un ou deux spectacles « plus risqués ». Pour le moment avec 80% de recette propre, notre Festival reste fragile quant à sa nécessité de salles pleines.

    • Envisager ce qu’il faut pour que nos grandes créations jouées à l’extérieur aient une vie après Bruxellons!.

     

    6. La plus-value du soutien structurel, en particulier en matière d'emploi artistique (article 65, alinéa 2, 6 0 )

    Considérant :

    • que cette structure est composée pour l'essentiel d'une équipe de bénévoles de 80 personnes ;
    • que la rémunération des artistes se fait au cachet ;
    • que les conditions de travail ne relèvent pas des normes sociales applicables ;

    Le Conseil estime que ce critère n'est pas rencontré.

    Sur ce point, nous ne nous inscrivons pas en faux quant à votre première affirmation. Oui, notre structure est composée pour l'essentiel d'une équipe de bénévoles de 80 personnes. Je le rappelle, en dehors des artistes et des techniciens, tout le monde est bénévole au Festival Bruxellons!, y compris ses trois co-directeurs. Où est le problème ? Vous savez, Madame La Ministre, le bénévolat n’est pas signe d’incompétence ou d’amateurisme. Prenons un seul exemple. Dans la plupart des grands événements culturels, la présence d’équipes de bénévoles est obligatoire : celles de la Croix-Rouge. Je présume que vous savez que la Croix-Rouge de Belgique est composée de 500 salariés et de 9.200 volontaires (soit 95% de volontaires). Et pourtant la Croix-Rouge de Belgique est largement subventionnée par les entités fédérales et fédérées. Comme à ces volontaires-là nous confions parfois notre survie, avouez que le bénévolat ne peut être balayé d’un revers de main.

    Un autre exemple. Le célèbre théâtre du Globe à Londres emploie 600 bénévoles. Oui 600. Etes-vous déjà allée au Théâtre du Globe ? C’est tout sauf désorganisé.

    Et je peux vous assurer que nos bénévoles ont toutes les compétences pour les tâches qu’ils assument. Croyez-vous que nous accueillerions 27.000 spectateurs chaque été si nos bénévoles étaient fantoches ? Alors pourquoi la volonté de recourir à des équipes de bénévoles (non artistiques et techniques) est-il rédhibitoire quant à l’obtention d’un contrat-programme ? C’est une question dont nous ne pouvons imaginer le moindre embryon de réponse. Mais vous en avez certainement une.

    Pour terminer sur ce point, tous nos bénévoles travaillent ou sont pensionnés. Il ne s’agit pas de chômeurs, pour lesquels un travail bénévole peut-être équivoque. Qu’est-ce qui les motive ? Ils trouvent passionnant par leur travail de rendre le Festival Bruxellons! possible. L’ancienneté moyenne des bénévoles dépasse les 7 saisons.

    Par contre, nous nous inscrivons en faux total contre les deux jugements suivants :

    • La rémunération des artistes se fait au cachet. D’où vient cette affirmation ? La grande majorité des contrats sont des contrats classiques (salariés) de travail d’artistes et de techniciens. Pour certains accueils, nous faisons des contrats d’un jour ou des contrats au cachet (on connait le lien entre cachet et obtention du statut d’artiste). Pour d’autres accueils nous payons une facture globale à la compagnie qui nous vend le spectacle. Enfin, certains rares artistes sont indépendants et nous payons leurs factures. Nous ne comprenons donc pas la remarque.

    • Les conditions de travail ne relèvent pas des normes sociales applicables. Alors là… Que demander d’autre que : «Que voulez-vous dire?».

      • Les niveaux salariaux de la CP304 sont respectés

      • Les costumes des comédiens sont nettoyés, ils ne doivent pas le faire eux-mêmes

      • Ils disposent de deux boissons gratuites tous les soirs

      • En cas de pluie les représentations s’arrêtent

      • Nous intervenons pour les frais de transports pour les non bruxellois

      • Ils disposent tous d’un certain nombre d’invitations

      • Ils ont une Pause entre les services de répétitions

      • Ils mangent, avec nous, gratuitement en fin de représentations les restes du buffet

      • Les artistes ne sont pas forcés de participer à des animations, des interviews…

      • Les artistes ne participent pas aux montages des décors

      Que faisons-nous qui soit hors des normes sociales applicables ?

      Alors, bien sûr, un contrat-programme nous permettrait d’augmenter le nombre d’artistes et techniciens tout en payant aussi mieux chaque artiste et chaque technicien. Mais nous sommes à l’heure actuelle dans les normes sociales de la CP304. Il est d’ailleurs impossible de trouver un secrétariat social qui encode un contrat qui ne soit pas dans les normes légales.

     

    En conclusion, le Conseil remet un avis majoritairement négatif.

     

    Voilà, Madame la Ministre, ce que nous voulions vous écrire.

    Comme nous l’avons dit en début de ce courrier, nous avons lu dans les journaux vos déclarations affirmant que vous aviez reçu des conseils des instances d’avis, que vous les aviez analysés puis que vous aviez pris votre décision personnelle. Cette démarche, si vous la validez, fait vôtre les avis que nous avons commentés ci-dessus.

    Nous ne sommes pas naïfs. Nous n’avons jamais obtenu aucune subvention récurrente. Même si, d’après les chiffres que nous possédons, nous sommes le huitième opérateur belge francophone en nombre de spectateurs payants, nous savons que nous passons pour une « petite structure ». Rappelons, qui plus est, que ces 27.000 spectateurs sont accueillis dans notre festival en moins de 3 mois de représentations, classiquement du 11 juillet (fête de la Communauté flamande) au 27 septembre (fête de la Communauté française).

    Mais comme vous avez toujours affirmé être une femme de dialogue, nous vous demandons un rendez-vous pour comprendre concrètement les motivations de votre décision. Et aussi pour évaluer ensemble quel appui la FWB pourrait nous apporter.

    Nous aimerions également vous accueillir au Festival Bruxellons! afin que vous puissiez concrètement appréhender ce qu’est cette institution qui fêtera cette année ses 20 ans d’existence à Molenbeek.

    Dans l’attente de vous rencontrer, veuillez agréer, Madame la Ministre, l’expression de nos sentiments les meilleurs.

     

    Olivier Moerens
    Co-directeur
    Alain Verburgh
    Co-directeur
    Daniel Hanssens
    Co-directeur